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28/07/2014

LE BONHEUR EN PRIME.

emmanuelle de boysson, le bonheur en prime

 

Emmanuelle de Boysson (Emmanuelle Monnier) est née à Paris en 1955. Romancière, critique littéraire, essayiste, elle a obtenu une licence en lettres modernes. Mariée, elle a trois enfants.

Œuvre : « Les Grandes Bourgeoises » « Les secrets des couples qui durent » « La Beauté des femmes mûres » « Nous les bons vivants » « Le salon d’Emilie » « Oublier Marquise ».

LE BONHEUR EN PRIME.

Jules Berlingault, millionnaire, âgé de quatre-vingt-dix ans, habite dans un immeuble à appartements. Son majordome Gaspard lui est tout dévoué. Il s’occupe de tout : entretien de la maison et du jardin, courses et repas. Il conduit aussi la voiture. Il a soixante ans et est au service de Jules depuis trente ans.

Jules Berlingault est un tout petit monsieur, un mètre soixante-deux, talonnettes comprises,  très élégant. Il est versatile, sait être généreux ou pas, selon son humeur. Gaspard a répondu à une annonce d’embauche, plutôt amusante : « Cherche homme à tout faire. Se présenter en gants blancs. Appointements corrects. Sur rendez-vous » Gaspard a appris à servir « en gants blancs » !

Une anecdote : Jules lui dit d’emporter la commode, un meuble signé. Gaspard hésite, lui fait remarquer la valeur et Berlingault change d’avis. Il ne la lui donnera pas. Anecdote qui va rester sur le cœur de Gaspard !

Alors que son neveu menace de le mettre sous tutelle, Jules annonce à Gaspard qu’il va faire de lui son légataire universel. Gaspard va fantasmer, il s’imagine habiter une des maisons de son patron, après sa mort et en attendant, parle de tout comme lui appartenant.

Gaspard habite une chambre de bonne au sixième étage. Il rencontre sa voisine Luna qui vient d’être licenciée. Il parle d’elle à Jules et celui-ci décide qu’il veut la voir. Il paiera son loyer et s’occupera d’elle.

D’autres rencontres vont suivre : Antoine, un jeune qui écrit pour des écrivains et rêve d’écrire son propre livre, Les Courtin, Rose et son mari, ancien militaire. C’est au cours d’une bagarre que Jules décide d’intégrer Antoine. Quand il apprend que Rose, couturière, veut divorcer, il l’en dissuade et elle va, avec son mari, faire partie de ses nouveaux amis.

Jules décide d’emmener tout le monde dans ses propriétés de l’île de Ré, au grand étonnement de Gaspard. « Il faut ruser, Gaspard, il faut jouer dans la vie. Soyons fou. Hum ! Hum ! Je leur prépare une surprise digne d’un Marivaux ou plutôt des Tontons flingueurs » Comme Gaspard lui fait remarquer que tous ces gens-là se détestent : « Justement, c’est ce qui s’excite, s’exalte Jules balayant l’air de sa canne sous le lustre que j’ai tant bien que mal réussi à raccrocher. Nos voisins ne sont pas heureux ? Raison de plus pour les recevoir. Mon cher ami, je veux créer du bonheur autour de moi. Je me trompe peut-êre, mais le bonheur n’est-il pas illusions, fantasmes, châteaux en Espagne ? »

 Il leur propose un curieux marché : s’ils parviennent à être heureux, il leur lèguera tous ses biens. Gaspard n’en revient pas, il va perdre son futur héritage mais Jules le rassure, c’est un jeu.

Jules demande même à Gaspard de suivre les événements et de lui rapporter tout ce qui se passe. Gaspard surveille donc les nouveaux amis, leur tend des pièges, fait tout ce qu’il peut pour empêcher les nouveaux d’être heureux.

Ceux-ci jouent la comédie à Jules mais hésitent à s’en aller et perdre ainsi l’héritage. De plus, ils profitent largement de l’argent de Jules. Ils font tous des achats insensés. Ecoeuré de voir dilapider « son héritage » l’honnête Gaspard profite de la carte de crédit que Jules lui a donnée, pour se servir.

Jules va tout faire pour que ses amis deviennent ce qu’ils ne sont pas. Antoine écrira une nouvelle, Rose deviendra styliste, Luna, peintre comme elle en rêvait. Enfin, pas tout à fait. Car Jules fait jouer ses relations pour imposer ses amis dans une maison de couture et chez un propriétaire de galeries, chez un éditeur.

Alors que plusieurs fois, ils ont décidé de tout abandonner, la tâche étant trop lourde, Jules est tellement persuasif et flatteur qu’ils arrivent à croire qu’ils ont du talent.

Jules a bien atteint son objectif : rendre tout le monde heureux.

Gaspard ne décolère pas et décide, un beau jour, de dire la vérité à Jules. Ses amis le trompent et il déballe tout. Jules ne veut rien entendre et Gaspard lui laisse les preuves, ses carnets.

Le résultat n’est pas celui qu’il escomptait. Jules meurt mais lègue toute sa fortune à ses amis. Gaspard, le fidèle qui s’est toujours occupé de lui avec beaucoup d’affection, est déshérité. Il reçoit des boutons de manchette et un coupe-papier.

Les amis sont enchantés. Luna d’écrie : « Je n’arrive pas à le croire. Il nous a tout légué, le bonheur en prime ! »

C’est le premier roman que j’ai lu d’Emmanuelle de Boysson. Elle a un vrai talent pour décrire ses personnages. Le style est familier mais alerte. L’humour est présent, le rire garanti.

Que faut-il penser de l’histoire ? Jules dans son souci de vouloir tout le monde heureux est sympathique. Mais, au début surtout, il le fait pour s’amuser. De plus, il trahit son fidèle majordome. Le seul de l’aventure qui ne sera plus heureux est ce pauvre Gaspard !

Un excellent roman. J’ai éprouvé beaucoup d’amitié pour Gaspard, continuant à s’occuper de son patron, malgré ses rancoeurs.

Ce jugement bien sympa : « S’il se toque de changer le monde, je resterai ce que je suis, un honnête homme, sans prétention. »

 

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