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16/05/2014

PASCAL BRUCKNER.

pascal bruckner, un bon fils, autobiographie, amour/haine

 

Pascal Bruckner est né le 15 décembre 1948 à Paris. Atteint de primo-infection, il passe son enfance entre l’Autriche, la Suisse puis la France. Il étudie à Paris, au lycée Henri IV puis à l’Ecole pratique des hautes études. Sa thèse a été dirigée par Julia Kristeva.

Depuis 1986, il enseigne dans des universités américaines. Il a collaboré au Nouvel Observateur et au Monde.

Son roman « Les Voleurs de beauté » publié en 1997 a été récompensé par le prix Renaudot.

Ses essais sont nombreux : « Le Nouveau Désordre amoureux » en collaboration avec Alain Finkielkraut, « La tentation de l’innocence » « L’Euphorie perpétuelle. Essais sur le devoir de bonheur » « La tyrannie de la pénitence » « Le Paradoxe amoureux » « Le sanglot de l’homme blanc »

(Billets du 27 août 2009 - 28 octobre 2010 – 15 novembre 2011).

UN BON FILS.

Le livre est une autobiographie publiée deux ans après la mort de son père.

Le livre débute par un chapitre émouvant. Pascal a dix ans, est pieux. Il abjure Dieu de provoquer la mort de son père, si possible en voiture. « Mon Dieu, débarrassez-nous de lui, je vous en prie, je serai très sage. »

A dix ans, il haïssait déjà son père et la haine ne le quittera plus.

Tout le livre lui est consacré. René Bruckner, ingénieur de l’école des Mines de Paris est violent, colérique, trompe sa femme, la bat, l’humilie. Il bat aussi son fils, l’humilie, lui répète qu’il sera toujours un raté, un imbécile. « Les châtiments physiques, sauf s’ils virent à la torture n’ont guère d’importance. On s’endurcit, le cuir devient coriace. (…) Les vraies blessures sont verbales, les jugements négatifs, les vexations qui s’inscrivent en vous en lettres de feu. Mon père voulait absolument me persuader de mon infériorité : j’allais finir clochard, j’étais un cossard, une feignasse, un raté, inapte au travail. »

En plus d’être pervers et sadique, le père de Pascal est antisémite et raciste. « Il ne s’était jamais remis de la défaite de la Wehrmacht et vouait à de Gaulle, aux Anglais, aux Américains une haine éternelle. »

En 1942, devançant le STO de quelques mois, il avait travaillé à Berlin, puis à Vienne jusqu’au printemps 1945, chez Siemens, fournisseur de matériel militaire.

Sa haine des juifs était incommensurable : « Ils ont tout corrompu, tout sali, tout piétiné. Ils veulent dominer le monde, ils se moquent de nos valeurs les plus sacrées. Les seuls juifs que j’apprécie sont ceux qui vivent dans la honte d’être ce qu’ils sont. »

Pascal Bruckner parle aussi de sa mère, une chrétienne soumise, qui refuse de divorcer et accepte tout. Il la chérit mais ne comprend pas qu’elle se laisse ainsi humiliée. Elle accumule les maladies et finit démente après cinquante ans de mariage. « Elle va lui jouer le pire tour qui soit, elle va sombrer dans la démence, mourir en quelques mois, le priver de son souffre-douleur favori. »

Devenu adulte, Pascal décide de vivre de sa plume. Il survit en faisant de petits boulots. A vingt-six ans, il déniche un poste de rédacteur dans une compagnie d’assurances. « Le premier matin, alors que je me rendais au bureau, j’aperçus mon reflet dans une vitrine et ce que je vis m’épouvanta : un jeune gratte-papier, sa serviette à la main, bientôt pris dans la spirale métro-boulot-dodo comme on disait alors et je tournai casaque. Plutôt me serrer la ceinture que déchoir. »

Heureusement pour lui, ses livres remportent un grand succès ce qui lui permet de vivre comme il le souhaitait. De voyager, de donner des conférences. « Les livres m’ont sauvé. Du désespoir, de la bêtise, de l’ennui. » « J’exerce une profession proche de la réclusion volontaire. Ecrire, c’est s’enfermer. »

L’auteur parle longuement de ses rencontres, Barthes, Sartre et surtout, Alain Finkielkraut. « Avec le temps, tels ces jumeaux qui finissent par dissembler l’un de l’autre, nous avons quand même réussi à trouver une divergence et de taille : Alain est profondément pessimiste sur l’avenir du genre humain, je crois à l’inverse au pouvoir de la liberté de surmonter les problèmes qui se posent à elle. Il semble avoir désespéré de l’homme alors que je ne cesse de m’en émerveiller. Il vit dans la nostalgie du passé quand je suis tout entier dans l’appétit du présent. »

Les années passent. Il ne voit plus son père pendant longtemps « relégué au rang d’antiquité ». Celui-ci a connu des revers de fortune. L’âge venant, il développe un diabète. Il décline doucement. L’auteur s’efforce de l’appeler tous les jours pour prendre de ses nouvelles. René Bruckner occupe un petit appartement qui devient un véritable taudis.

Mais la haine de l’auteur pour son père est toujours aussi vivace. La manière dont il en parle fait froid dans le dos. « Il était comme ses cafards qui rôdent autour du malheur des autres pour s’en repaître, avec une mine gourmande. Il aurait voulu que je tombe malade pour se sentir moins seul. »

Un bon fils ? « Il était devenu un fardeau, suscitant rage et mauvaise conscience. Je décidais de jouer au bon fils, malgré tout. Si je l’avais abandonné, je n’aurais pu me regarder dans la glace. »

Son père est très malade. Le diabète ronge ses jambes, il tient bon, refuse d’aller dans une maison de retraite, ne renonce pas à ses idées ce que souhaiterait Pascal Bruckner. « M’aurait-il dit une seule fois qu’il avait commis des erreurs et maltraité ma mère, je l’aurais pris dans mes bras… » « Souvent, je craquais et un jour, devant mon fils choqué, j’explosai : - Putain, il va crever quand ce vieux con ? »

Pascal Bruckner apprendra la mort de son père par un sms laconique de son fils alors qu’il était en vacances.

Que puis-je dire du livre ? Sincèrement,  je regrette de l’avoir lu. J’ai essayé de comprendre l’auteur pour qui j’avais beaucoup d’admiration. La manière dont il parle de son père m’a choquée autant que les propos de celui-ci. Je dois cependant admettre qu'il ne pouvait pas faire autrement.

Pourquoi espérer que, vieux, son père renonce à dire ce qu’il a toujours pensé ? Pourquoi espérer des regrets ? C’est humain mais est-ce possible pour quelqu’un comme son père ?  

Le récit d’un amour impossible. D’un pardon impossible.

 

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