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08/05/2014

DEBOUT L'EUROPE !

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Le livre est écrit par Guy Verhofstadt, président du groupe de l’ADLE au Parlement européen et ancien Premier ministre belge et Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne.

Leur objectif est d’appeler à voter pour les élections européennes. Ce qu’ils souhaitent, c’est une autre Europe.

D’emblée, ils soulignent combien de citoyens n’ont plus confiance en l’Union européenne qui subit une crise grave. Mais, ils l’expliquent clairement, nous avons besoin de l’Europe. Il ne faut pas « moins d’Europe mais plus d’Europe » Mais «  une Europe unie plutôt qu’une union divisée et anachronique d’Etats-nations ». Autrement dit, une Europe fédérale.

Un constat sévère : « Les Etats membres portent l’entière responsabilité de la débâcle. » Que ce soit la crise de l’euro, la récession, l’accroissement des inégalités entre les riches et les pauvres.

Un argument majeur est que nous avons besoin de l’Europe face à une démographie croissante et la puissance des pays émergents. Que représenteront encore demain les pays européens comme par exemple l’Allemagne ou la France qui se croient toujours de grandes puissances ?

« Nous avons besoin d’une véritable révolution. De créer une grande Union fédérale avec des institutions européennes supranationales. D’institutions communautaires habilitées à définir la politique économique, budgétaire et fiscale pour l’ensemble de la zone euro. D’institutions dotées des outils permettant d’imposer des règles du jeu, sans que les Etats membres ne puissent paralyser le processus. Concrètement, cela implique que nous transformions le plus rapidement possible la Commission européenne en un véritable gouvernement européen avec des ministres européens que nous appelons aujourd’hui commissaires. Ils seraient contrôlés par un Parlement européen aux compétences renforcées, dont le droit d’initiative législative. »

Les auteurs soulignent, à juste titre selon moi, que les députés européens sont plus préoccupés par la défense des intérêts de leur pays que par le bien commun.

Le livre est très argumenté, tous les sujets sont abordés. La paix dont nous jouissons en Europe est-elle acquise pour toujours ? Que penser du multiculturalisme tant décrié, alors qu’il devrait être une chance et est de toute façon inévitable. Ne rien faire et accepter que les droits de l’homme, dont l’Europe était la championne, soient bafoués ? « L’excision féminine, la xénophobie, la lapidation des femmes infidèles, l’esclavage, la traite des êtres humains, l’homophobie, le trafic d’organes, l’apologie de la discrimination des genres par les intégrismes religieux…autant de violences qui prouvent que la bataille pour le respect des droits de l’homme est loin d’être gagnée pour nos sociétés multiculturelles. »

Autre sujet délicat, l’immigration. « C’est grâce à elle que l’Europe pourra maintenir sa prospérité » On ne peut nier que l’Europe connaît un vieillissement rapide au contraire des pays arabes où les jeunes aspirent, comme chez nous, à accéder à une vie active, pacifique et juste.

Le nationalisme ? Les auteurs rappellent qu’il a plongé plusieurs fois l’Europe dans la guerre. L’identité nationale en est le nouveau visage. Faut-il rappeler que c’est au nom de l’identité que les Allemands ont pu protéger les nazis ? Chaque identité est pourtant plurielle comme le rappelait très bien Amin Maalouf. C’est pourquoi les auteurs plaident pour qu’on puisse, si on le désire, garder plusieurs nationalités et qu’on y ajoute un passeport européen. Pensons à ce qui se passe en Hongrie où la démocratie est en danger au nom des droits de la « sainte nation hongroise ».

Les auteurs savent très bien que leurs idées ne plairont pas aux politiques qui tiennent à « leur pouvoir ». Peut-être même pas aux citoyens manipulés souvent par un discours contre l’Europe. C’est tellement facile d’accuser l’Europe quand elle prend des décisions impopulaires ou réclame de réduire les déficits budgétaires pourtant indispensables pour l’avenir.

Une phrase forte : « La démocratie, c’est aussi précéder l’opinion publique et non la suivre aveuglément pour des raisons électoralistes ou politiques. La démocratie, c’est s’adresser à l’intelligence des individus, non à leurs instincts, en les associant à un projet émancipateur. »

Et encore : « de nombreux Etats-Nations, dont la France, ont tenté de réduire l’Europe à une simple organisation intergouvernementale dirigée par les chefs d’Etat et de gouvernement. (…) Le résultat de ce processus est évident : un directoire européen. Quelques Etats membres puissants déterminent ce qui est bon ou mauvais pour l’Europe »

 « Le Conseil européen n’est que le syndicat des intérêts nationaux. « « Le fait que dans ce monde la décision politique appartienne encore aux Etats nationaux est un paradoxe insupportable, puisque ni l’économie, ni le monde financier ne respectent plus les frontières nationales. »

 « Les anciens Etats-nations sont totalement incapables de protéger les acquis sociaux dans le mode globalisé de demain…Seule une Europe forte et unie s’attaquant à armes légales à la concurrence mondiale pourra garantir le bien-être de ses citoyens tout en sauvegardant notre patrimoine démocratique, social et culturel. »

Ce livre, 67 pages, se veut un cri d’alarme mais aussi un appel à une autre Europe. La suite du manifeste est consacrée à un entretien entre les deux auteurs et le journaliste Jean Quatremer. Cela permet de préciser certaines déclarations.

Bien sûr il faudra du temps mais c’est important de rappeler l’importance des élections européennes. Ne votons pas pour n’importe qui…

Je regrette qu’en Belgique on ait décidé de coupler les élections fédérales, régionales et européennes. Le prétexte ? Eviter que les partis soient constamment en campagne ! Ne le sont-ils pas toujours même quand ils gouvernent ?

On ne pouvait pas le prévoir mais le survol de Bruxelles a complètement pollué la campagne électorale. Il est devenu plus urgent de parler avions que chômage ou emplois ! C’est surréaliste !

 

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