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05/05/2014

CATHERINE CLEMENT.

catherine clément, le voyage de Théo, histoire des religions, appel à la tolérance

 

Catherine Clément est née le 10 février 1939 dans une famille mi-catholique, mi-juive. Ses grands-parents installés à Paris ont été dénoncés, déportés et sont morts à Auschwitz. Elle a été élevée par sa grand-mère.

Agrégée de philosophie, elle devient l’assistante de Vladimir Jankélévitch, à la Sorbonne, poste qu’elle quittera après douze ans. Elle est engagée au quotidien « Matin de Paris » et est chargée de la rubrique culturelle. Elle réalise de nombreuses interviews notamment de Jean-Paul Sartre et de Claude Lévi-Strauss à qui elle consacrera son premier essai : « Lévi-Strauss ou la culture et le malheur ».

Elle suit le séminaire de Jacques Lacan mais ne sera jamais psychanalyste.

Nommée au ministère des Relations extérieures en 1982, elle est chargée de la diffusion de la culture française à l’étranger et effectuera de nombreux voyages. Elle séjournera cinq années en Inde, au côté de son second mari, l’ambassadeur André Lewin, cinq ans en Autriche, trois au Sénégal.

Elle a écrit une trentaine de romans et de nombreux essais. « La Sultane » « Pour l’amour de l’Inde » « La valse inachevée » « La Putain du diable » « Martin et Hannah » « Jésus au bûcher » (billet du 10 juillet 2009 – Catherine ClémentII)

LE VOYAGE DE THEO.

Théo est un garçon de quatorze ans qui vit une existence heureuse entre sa famille et son amie Fatou, une jeune sénégalaise. Subitement il est atteint d’une maladie incurable contre laquelle les spécialistes occidentaux ne trouvent aucun remède.

Sa Tante Marthe, infatigable voyageuse, propose de le soigner en le faisant voyager. Elle part à la rencontre de ses amis dispersés dans le monde.

Au cours de ses voyages, Théo fera l’apprentissage des plus grandes religions de Jérusalem à New York, en passant par Rome, Bénarès, Istanbul, Moscou et Jakarta.

C’est donc une histoire des religions que nous propose Catherine Clément. L’intérêt du livre c’est que ce sont « les sages » qui expliquent leur religion. La tante Marthe n’omettant cependant pas d’y mettre son grain de sel…

Théo pose des questions pertinentes qui laissent parfois ses interlocuteurs sans voix.

Catherine Clément a ajouté une forme de jeux. Théo doit déchiffrer des énigmes pour deviner la future destination et il fera souvent appel à Fatou.

A la demande des parents de Théo, Marthe respecte les consignes : prises de sang, médicaments mais Théo est soigné aussi par la médecine non traditionnelle. Il apprendra le yoga et d’autres disciplines qui l’étonneront.

En dehors du côté religieux, nous apprendrons beaucoup sur les pays et sur leurs traditions, très vivaces dans les pays visités.

Théo, par ses multiples entretiens avec les sages de tous les pays, avance dans la connaissance en même temps qu’il s’achemine vers un destin qui doit autant à la médecine, tibétaine notamment, qu’à l’amour, revisitant ainsi le lien essentiel entre les pouvoirs du corps et celui de l’esprit.

EXTRAITS.

« Parmi toutes les villes du monde, murmura Tante Marthe avec gravité, Jérusalem est la plus sainte. La plus magnifique, la plus émouvante et la plus déchirée. »

« Jérusalem était une ville bien compliquée, que se disputaient ceux qui croyaient au Dieu unique, ceux qui croyaient au prophète et ceux qui croyaient au Fils de Dieu. – A quoi penses-tu ? dit Tante Marthe en lui posant les mains sur les épaules – A ce Dieu qui n’est pas fichu de les réconcilier, dit Théo. »

« Théo s’accouda au bord de la terrasse et regarda Jérusalem où scintillaient les lumières. On ne voyait ni Dôme du Rocher, ni le Saint-Sépulcre, ni le mur des Lamentations, mais la muraille édifiée par les Turcs baignaient dans une lueur d’or. Deux mains légères s’appuyèrent sur les épaules de Théo. Comprends-tu maintenant pourquoi on s’est tant battu pour cette ville ? souffla une voix cassée à son oreille. Ne sois pas si sévère avec nous, Théo. Ici souffle l’esprit de Dieu, peu importe qu’il s’appelle Allah, Adonaï Elohim ou Jésus. »

« Un, le temple hindou. Doucement, Illa entreprit de guider Théo. D’abord se déchausser. Ensuite, faire sonner la cloche. Ensuite se prosterner devant chaque autel. (…) Les mains jointes devant les autels ils (les fidèles) priaient avec une intense ferveur, en silence. »

« Bon,murmura-t-il en sortant son carnet. Quand il faut y aller, faut y aller. A mesure qu’on voyageait, j’ai mis des trucs par écrit. Et puis des dessins, tu vois ? Le dernier, c’est juste un arbre. Je vais t’expliquer. Ecoute… Les religions, je les vois comme les branches d’un arbre. Un seul grand arbre avec des racines souterraines qui rampent sous la terre entière… Elles poussent toutes dans la même direction. Normal, c’est leur destin de racines. Ensuite, le tronc sort de terre, bien droit, bien propre. L’arbre est un baobab d’Afrique parce qu’on peut graver sur l’écorce ce qu’on veut. Lis toi-même : « Dieu est le bien de l’homme. »

Etrange, peut-être, que Catherine Clément, athée, écrive un livre sur les religions. Mais si elle parle longuement des trois religions monothéistes, elle s’intéresse surtout aux autres religions. Ne vient-elle pas de publier un « Dictionnaire amoureux des dieux et des déesses » ?

Très cultivée, Catherine Clément s’intéresse à tout. Elle lit toujours régulièrement les journaux, aussi bien les articles politiques ou culturels que les faits divers. 

« Le voyage de Théo » est un presqu’une encyclopédie. Tante Marthe est un personnage attachant qui ressemble fort à son auteur. Vive, ayant de l’humour, très sensible. Elle aura souvent peur de ce qu’elle a osé faire, emmener Théo, malade, dans un grand voyage.

Je peux dire aussi que le livre est un appel à la tolérance. Bien nécessaire dans le monde d’aujourd’hui mais tellement difficile.

 

 

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