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22/04/2014

VLADIMIR FEDOROVSKI.

vladimir fédorovski, le roman de la russie insolite

 

Vladimir Fédorovski est né à Moscou le 27 avril 1950. D’origine ukrainienne, il est aujourd’hui Français. Il est l’écrivain russe le plus édité en France.

Elève à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou, il y apprend l’anglais, le français et l’arabe.

En 1972, il sert d’interprète à Léopold Brejnev dans ses rencontres avec les dirigeants arabes. En 1977, il est nommé attaché culturel à Paris et y passe un doctorat en histoire.

Revenu à Moscou, il est considéré comme l’inspirateur de la perestroïka  en 1983 puis, lassé par les incohérences de Gorbatchev, il quitte la carrière diplomatique en 1990.

Il crée alors le premier parti démocratique russe qui s’oppose à la ligne dure du parti communiste de l’Union soviétique et du KGB.

Son œuvre est nombreuse : « Le Roman de Saint-Pétersbourg » « Le Roman du Kremlin » « Le Roman de la Russie insolite » « Le Roman de Tolstoï » « Le Roman des Tsars ».

LE ROMAN DE LA RUSSIE INSOLITE.

L’auteur dans sa préface nous dit vouloir revenir dans la Russie authentique. Nous allons croiser des personnalités diverses : Gogol, Dostoïevski, Tolstoï, Lénine et son égérie Inès, la tsarine Alexandra Fédorovna et le tsar Nicolas II, Raspoutine, Staline.

En même temps, l’auteur nous fait visiter plusieurs lieux célèbres notamment dans une annexe qu’il intitule « Les lieux et les gens ».

Nous parcourons ainsi l’histoire de la Russie qu’il qualifie « d’insolite » parce que différente de l’image que nous en avons. Son objectif est de nous faire comprendre « l’âme slave ».

« En Russie, les monarques peuvent devenir ermites, les fols en Christ gravir les marches conduisant au trône et les écrivains prétendre au rôle de prophètes. Si les frontières demeurent floues entre la religion, la littérature, la politique et l’érotisme, cette étonnante symbiose fut souvent éclairée à travers les siècles par la quête incessante de la spiritualité ».

C’est le cas des trois génies de la littérature russe : Gogol, Dostoïevski et Tolstoï voulant exprimer toutes les angoisses de la civilisation russe.

Nicolas Gogol (1809-1852) est un enfant de la campagne ukrainienne. « Taras Boulba » décrit la lutte héroïque des Cosaques contre les Polonais, au XVIIe siècle. Sa grande œuvre est « Les âmes mortes » dont l’auteur nous apprend que l’écriture de ce livre fut pour Gogol un véritable cauchemar. « J’aime le Bien, je le cherche (…) J’ai désiré servir mon pays… Et je me suis réconcilié avec mon travail d’écrivain après avoir senti que je pouvais le servir de cette manière »

Gogol se posera éternellement la question du Bien et du Mal. Un poète devenant prophète. Il brûlera la dernière version des « Ames mortes ».

Fédor Dostoïevski (1821-1871) estné à Moscou. Il est très vite confronté à la pauvreté. Il est admis à l’Ecole des ingénieurs militaires de Saint-Pétersbourg mais n’y reste qu’un an.

Fréquentant des cercles d’étudiants, il va être accusé, à tort, de trahison, arrêté, jugé, condamné à mort. Sa peine est réduite à quatre ans de travaux forcés, suivis de l’inscription au service comme simple soldat, avec perte de la noblesse et des droits civils. Il passera quatre ans en Sibérie se rapprochant de la religion car il n’avait qu’un seul livre en sa possession : les Evangiles.

Angoissé, malade, rongé par la passion du jeu, il deviendra de plus en plus sensible au mysticisme et aux traditions russes.

Dans son œuvre, il offre un tableau de la société russe, au lendemain des réformes de 1830, à une époque où les mœurs se corrompent. Pour lui, la beauté et la vérité ne peuvent se réaliser que dans la liberté spirituelle avec le Christ.

Léon Tolstoï (1828-1910)est un aristocrate. Il combat au Caucase et en Crimée et en rapporte une aversion pour la guerre et un intérêt profond pour la nature humaine. Installé dans la grande propriété familiale de Iasnaïa Poliana, il fonde une école villageoise pour améliorer le sort des paysans.

Tolstoï fut hanté toute sa vie par son goût de la luxure, s’interrogeant sur le péché de chair, culpabilisé, ne sachant résister malgré ses prières.

Inès (1874-1920) n’a que cinq ans quand, après la mort de son père, elle suit sa tante en Russie. Elle épousera un riche industriel, Alexandre Armand, mais s’ennuiera dans ce milieu. Elle fonde une école pour l’amélioration de de la femme et devient une figure phare du mouvement féministe.

En 1910, elle rejoint Bruxelles où elle fait des études d’économie politique à l’ULB. Elle s’installe à Paris. Elle va y rencontrer Lénine qui se fait appeler ainsi en souvenir de son exil sur les rives du fleuve Léna et pour qui elle avait déjà fait des traductions.

Ils ouvrent une école destinée aux responsables du Parti bolchevique. Lénine donne des cours de politique générale, Inès, des cours d’économie.

Ils sont très proches, peut-être amants. Inès devient une véritable militante révolutionnaire clandestine. En avril 1917, elle revient en Russie avec Lénine.

Après la révolution russe, elle s’engage en faveur des revendications féminines.

L’Eglise orthodoxe va renaître après les années communistes même si la spiritualité n’a jamais vraiment disparu. Dans la Russie d’aujourd’hui comme dans celle d’hier, il n’y a pas vraiment de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Poutine va régulièrement à la messe, fait pieusement ses Pâques sous les projecteurs de la télévision…

 

16/04/2014

DAVID FOENKINOS.

david foenkinos, la tête de l'emploi, une vie actuelle, la crise, humour

 

David Foenkinos est né à Paris le 28 octobre 1974. Il étudie les lettres à la Sorbonne tout en se formant au jazz. Il devient professeur de guitare. Son premier roman « Inversion de l’idiotie : de l’influence de deux Polonais » est publié chez Gallimard, en 2001 et reçoit le Prix François Mauriac.

Son œuvre est nombreuse : « Le Potentiel érotique de ma femme » « En cas de bonheur » « Les cœurs autonomes » « Nos séparations » « Le Petit Garçon qui disait toujours non » « Les Souvenirs » « Je vais mieux ».

Il a réalisé une adaptation cinématographique de son roman « La délicatesse », avec Audrey Tautou et François Damien.

Ses romans ont été largement récompensés.

LA TETE DE L’EMPLOI.

Le héros, qui aborde la cinquantaine, raconte sa vie. Il s’appelle Bernard et n’aime pas son prénom. Il est enfant unique ce qui l’intrigue. Ses parents étaient-ils comblés par ce seul enfant ou, au contraire, dégoûtés ?

Son père Raymond, veilleur de nuit dans un hôtel est marié à Martine. Ils ont quatre-vingts ans. Ils vivent leur vie paisiblement. « Le secret de la longévité, c’est sûrement ça : ne pas faire de bruit. Et, il ne faut pas hésiter à utiliser des patins. ».

Lui est marié à Nathalie, psychologue, dont il est toujours très amoureux. Ils ont une fille, Alice.

Après des études de commerce, il entre dans une banque. « Dans les années 80, banquier c’était vraiment une belle profession. Cela imposait le respect, on voyait en vous l’éclat de la réussite. »

Il gravit rapidement les échelons et devient conseiller financier. Il a été embauché parce qu’il avait « la tête de l’emploi », « une bonne tête ».

 Après l’âge d’or de la banque, arrive la crise partie des Etats-Unis avec les subprimes. Tout s’effondre.  Sa banque doit faire des économies et licencie. Il n’est pas viré mais son patron lui demande d’être au guichet une vingtaine d’heures par semaine.

Même s’il conserve son bureau et ses clients, c’est la déchéance. Il est abasourdi, dévasté  mais accepte.

Sa vie va devenir un enfer. Son patron augmente ses heures de guichet, ses clients, qui le voient à cette place, ne lui font plus confiance.

Il n’a rien dit à sa femme mais leurs rapports se détériorent jusqu’à ce qu’elle arrive à lui dire : « C’est cassé entre nous » « Depuis longtemps, ce n’est plus pareil. » Elle parvient à lui faire accepter une séparation temporaire et il s’installe à l’hôtel.

Une nuit, il décide de parler à Nathalie et il constate qu’elle est avec un autre homme. « On venait de me voler ma vie. Je n’avais plus rien. Et ce n’était que le début. »

Le lendemain, il arrête un de ses clients, qui refuse de traiter avec lui puisqu’il est au guichet. Et c’est le drame : « Pinaud m’a fixé un instant, avant de faire demi-tour en silence, et de se diriger vers le bureau du directeur. Que faire ? J’ai essayé de le retenir par son manteau. Il a dérapé, s’est retrouvé par terre. Quand j’ai tenté de le relever, il semblait comme fou. » Une heure plus tard, il est licencié pour faute grave.

Plusieurs semaines passent et il doit bien admettre qu’il ne peut plus payer l’hôtel. Il cherche de l’aide chez des amis mais ceux-ci le remballent.

Une seule solution : retourner chez ses parents. Il retrouve sa chambre où rien n’a été changé : « Je venais de pénétrer dans le mausolée de mon enfance. »

Tout se passe mal. Il n’arrive pas à trouver du travail. Ses parents le traitent comme s’il était un enfant : « Bernard tu n’oublies pas de te brosser les dents ? »

Il déprime et surtout a honte de se retrouver chez ses parents à son âge. Il se rend compte aussi qu’ils ne sont guère enchantés de l’avoir chez eux. Il dérange leur tranquillité.

Il apprend que sa fille, partie à l’étranger, revient et qu’elle a l’intention de venir voir ses grands-parents. Dans sa folie, il décide de lui cacher qu’il a perdu sa situation et invente qu’il se trouve à Poitiers.

Alice vient et, malgré la forte envie qu’il a de la serrer dans ses bras, il reste dans sa chambre.

Son subterfuge va être découvert car parlant à Alice sur Skype, elle se rend compte qu’il est dans sa chambre où un poster est encore accroché. Elle accourt et il lui avoue tout.

Elle va l’aider à refaire son CV mais rien à faire, il ne trouve toujours pas de travail.

Ses parents lui font rencontrer Sylvie, la fille d’un de leurs amis, séparée elle aussi et avec qui il pourrait « refaire sa vie ». « Ca voulait dire quoi refaire sa vie ? Ca voulait dire que la première avait été ratée, et qu’il fallait donc la refaire. »

Ils deviendront amants. Sylvie reprend la quincaillerie de ses parents et ensemble, ils décident d’en faire un coin sex-toys.

L’auteur a décidé de ne pas terminer son livre par un happy end comme on pouvait s’y attendre dans ce genre de livre. Sylvie retourne chez son mari et il se retrouve seul dans l’appartement qu’ils occupaient ensemble et… dans les clous. Pauvre Bernard !

C’est un roman facile, sans trop de mélo même si la vie de Bernard est tragique. Bien actuel, car beaucoup de gens ont tout perdu avec la crise.

Ce qui est difficile à rendre, c’est l’humour, très présent. J’ai beaucoup ri !  

 

15/04/2014

QUELQUES REACTIONS.

Que pensent les journalistes de l’élection d’Alain Finkielkraut ? Qu’en pense-t-il lui-même ?

Ce que j’ai lu…

ALAIN FINKIELKRAUT À L'ACADÉMIE FRANÇAISE : "UNE ÉLECTION MÉRITÉE", ESTIME ALAIN DUHAMEL

 C'est "l'un des stylistes les plus éclatants, la quintessence de la culture classique et une personnalité puissante", estime l'éditorialiste.

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, salue l'élection à l'Académie française du penseur et philosophe Alain Finkielkraut qui succède au siège de Félicien Marceau, décédé voici plus de deux ans. Les jurés ont distingué, avec Alain Finkielkraut, un intellectuel renommé, ayant le souci affirmé de pouvoir donner toute sa place au débat d'idées et à la pensée dans la sphère publique.

Ce matin, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, le philosophe a remis ça: «Il y a une grande offensive du politiquement correct pour annexer l'Académie française. Il semble qu'elle ait échoué, j'en suis heureux pour moi et pour l'Académie.»

Il a d'abord dit son bonheur et sa fierté: «J'ai envie, à travers cette élection, de rendre hommage à ceux dont je suis né. Après tout, c'est mon nom qui entre à l'Académie française et, à travers moi, les générations qui l'ont porté. (France Info)

Finkielkraut a, bien sûr, réagi aux polémiques que sa candidature avait suscitées. «Il est tout à fait normal d'avoir des opposants ; je regrette que cette opposition ait pris la forme d'une campagne politique, et qu'on m'ait traité de réactionnaire. Parce que je ne vois pas au nom de quel progressisme je pourrais être classé dans le camp de la réaction ; mais ça ne m'empêchera pas de continuer à être qui je suis, tout en prenant garde à ne pas transporter mes batailles à l'intérieur de l'Académie».

Et lorsque France Info lui a rappelé que certains académiciens voyaient avec lui l'extrême droite entrer à l'Académie française, sa réaction a été plus virulente: «Ecoutez quand même c'est assez singulier, il y a cinquante ans, soixante ans peut-être, on se serait offusqué dans certains cercles de l'Académie contre un enfant de juif-polonais avec un nom à coucher dehors. Aujourd'hui on me reproche mon identité nationale. L'air du temps se modifie mais qu'est-ce que voulez la bêtise a plusieurs âges». (Le Figaro)

 

En temps ordinaires, l’élection d’Alain Finkielkraut à l’Académie française m’aurait fait lever un sourcil, mais pas deux. Cette institution, depuis belle lurette, ne confère plus à celui ou celle qu’elle admet le talent qui lui manque, pas plus d’ailleurs qu’elle n’abolit les qualités de ceux qui y siègent. En être ou ne pas en être est un choix personnel, et celui de Finkie est respectable. En revanche, voir défaite, et à plates coutures, la cabale qui avait été ourdie contre l’auteur de L’identité malheureuse est un plaisir rare. Imaginer le dépit des Aymeric Caron, Jean Birnbaum, Laurent Joffrin et autres pourfendeurs de moulins à vent néo-réacs est la source d’une jubilation à la mesure de l’irritation provoquée par leurs diatribes haineuses contre Alain Finkielkraut. Les méthodes de Dom Bazile utilisées pour lui barrer la route de la Coupole n’ont déshonoré que ceux (et celles) qui les ont employées. Des noms ? Ils circulent dans Paris, mais je suis loin de Paris, et les laisse volontiers à la chronique chuchoteuse. (Le Causeur)

 

11/04/2014

POLEMIQUE A L'ACADEMIE FRANCAISE.

alain finkielkraut, élection à l'académie francaise

 

Alain Finkielkraut vient d’être élu à l’Académie française ce 10 avril 2014.

Né le 30 juin 1949 à Paris dans une famille juive d’origine polonaise il est normalien, agrégé de lettres et professeur de philosophie, notamment à l’Ecole polytechnique jusqu’à l’an dernier.

Il s’est fait connaître par en 1977 par « Le Nouveau Désordre amoureux » coécrit avec son ami Pascal Bruckner. Ont suivi « Au nom de l’Autre » « Et si l’amour durait » « La défaite de la pensée » « L’identité malheureuse » « Un cœur intelligent ».

« L’identité malheureuse » avait suscité plusieurs polémiques. Il y écrit pourtant : « La France est une nation à laquelle on peut s’attacher par le cœur aussi fortement que par les racines. »

« Un cœur intelligent » est untrès beau livre dans lequel il témoigne de son amour de la littérature et d’une solide connaissance de celle-ci. Le livre a été couronné par le prix de l’essai de l’Académie française, en 2010.

(Billets du 1 décembre 2011 – 27 mars 2012 – 10 décembre 2013)

Il a donc été élu à l’Académie française, au premier tour, par 16 voix sur 28. Huit bulletins étaient barrés d’une croix rouge en signe de désaveu. Les débats, nous dit-on, ont été vifs mais courtois.

Il était défendu par Jean d’Ormesson, Pierre Nora, Max Gallo, Michel Déon, Hélène Carrière d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie.

On l’a accusé d’être un « fourrier du FN » ce qui est vraiment scandaleux quand on connaît son amour de la France et qu’on sait que son père, juif polonais, a été déporté à Auschwitz avant d’émigrer en France.

Certes, ses écrits dérangent mais on ne peut contester qu’il soit un grand écrivain.

Je le félicite chaleureusement. Je me réjouis que l’Académie française l’ait couronné et que plusieurs académiciens aient fermement condamné certains propos de leurs confrères.

 

08/04/2014

MICHEL SERRES.

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Le parcours de Michel Serres est atypique. Né à Agen le 1er septembre 1930, il entre à l’Ecole navale en 1949, puis à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm en 1952. De 1956 à 1958, il sert comme officier de marine sur divers vaisseaux de la Marine Nationale.

Auteur d’une trentaine de livres, il est élu à l’Académie française en 1991. Depuis 1982, il enseigne à l’université de Stanford.

Œuvre : « Le Tiers-instruit » « Le Trésor, dictionnaire des sciences » « Variations sur le corps » « A visage différent »

PETITE POUCETTE.

Pour l’auteur, un nouvel être humain est né qu’il baptise Petite Poucette pour sa capacité d’envoyer des SMS avec son pouce. C’est l’écolier, l’étudiant d’aujourd’hui qui vit dans un monde où tout change.

Nos sociétés occidentales ont vécu deux grandes révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. La troisième est le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies. Des révolutions accompagnées de mutations politiques et sociales mais aussi de périodes de crise.

La société est profondément bouleversée. L’espérance de vie va vers quatre-vingts ans. La paix en occident règne depuis soixante ans. Les divorces sont plus fréquents, les naissances programmées, la morale notamment issue des religions ne pèse plus autant.

L’auteur va plus loin. Pour lui, même la langue a changé. Il donne l’exemple des éditions du dictionnaire de l’Académie française : au siècle précédent 4.000 à 5.000 mots nouveaux ; entre la plus récente et la prochaine, elle sera de 30.000 mots ce qui fait dire à l’auteur que Petite Poucette ne parlera plus la même langue !

Accélération aussi des sciences. A la génération précédente, un professeur de sciences à la Sorbonne transmettait presque 70 % de ce qu’il avait appris vingt ou trente ans plus tôt. Aujourd’hui 80 % de ce qu’a appris ce professeur est obsolète. Mais l’auteur ne s’arrête pas à ce constat mais affirme que pour les 20 % qui restent, le professeur n’est plus indispensable, on peut tout savoir sans sortir de chez soi.

Michel Serres parle évidemment d’internet qui rend le savoir accessible à tous. C’est vrai mais il va beaucoup trop loin dans ses hypothèses.

Pour lui, l’école a comme seule mission d’être une transmission du savoir. Ce qui est évidemment faux. L’école non seulement a comme mission d’éduquer mais surtout « d’apprendre à apprendre ».

Il déforme le propos de Montaigne : «Mieux vaut mieux une tête bien faite, qu’une tête bien pleine » en affirmant que Petite Poucette, se fera « une tête bien faite » parce qu’elle a accès sur internet à un savoir illimité. Pour lui, ce n’est plus nécessaire d’apprendre ce qu’on peut si facilement trouver en tapant dans un moteur de recherche.

Il va même plus loin, en disant que si les jeunes n’ont plus d’esprit de synthèse , ce n’est pas grave. Normal aussi le bavardage pendant les cours…

Petite Poucette serait donc capable d’ordonner toutes les informations trouvées sur Internet ? D’en faire le tri et de ne rien retenir puisqu’il ne faut pas encombrer sa mémoire !

L’esprit critique ? Il n’en parle pas. La connaissance du passé qui, pour moi, est une condition essentielle pour construire l’avenir, non plus.

Et l’homme de sciences qu’il est, affirme que le cerveau de Petite Poucette sera différent du nôtre car il sera formaté par les médias et les publicités. Ce qui veut dire ?

Que Michel Serres soit ébloui par les nouvelles technologies, je le comprends, je le suis aussi. Que par un smartphone, Petite Poucette vit dans un monde plus large, oui, mais qu’en fera-t-elle ? Elle a des amis de toutes nationalités sur les réseaux sociaux, vrai, mais cela suffira-t-il à créer un monde où le « vivre ensemble » ne posera plus aucun problème. J’en doute.

Je pourrais aussi faire remarquer à l’auteur qu’en disant que Petit Poucette ne connaîtra plus la guerre, la faim, la souffrance, il s’avance beaucoup. Les progrès de la médecine ne réussiront jamais à enlever toutes les souffrances. On soigne mieux une angine ou un mal de dent mais la perte d’un être cher ? La douleur d’une séparation ?

Et que dire d’un aspect qu’il n’aborde pas du tout que sont la pauvreté et le chômage. Ce n’est pas son propos, c’est vrai. Mais je crois plus que la formation sera de plus en plus nécessaire. Que le monde restera dur, que les jeunes de demain auront des défis à relever au moins aussi importants que l’écologie comme l’affirme l’auteur.

Le livre a été un grand succès de librairie. L’optimisme dont fait preuve l’auteur devrait nous rassurer sur l’avenir de nos jeunes. Je crois pourtant qu’il peut être dangereux. Un rêve, une utopie… voilà comment je qualifierais cet opuscule.

Mon jugement est sans doute trop sévère. Mais bien moins que celui qu’il porte sur le monde d’aujourd’hui. Qu’un réel défit attende les jeunes, j’en suis persuadée. Que le monde doive être réinventé, oui encore. Mais comment ?

Les jeunes de demain seront-ils plus courageux, plus lucides, moins égoïstes que leurs aînés ? Espérons-le.