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04/04/2014

JEAN TEULE.

jean teulé, fleur de tonnerre, légendes bretonnes, l'ankou

 

Jean Teulé est né le 26 février 1953 à Saint-Lô. Après des études de dessin, il devient auteur de bandes dessinées pendant une dizaine d’années.

Il arrête la bande dessinée pour faire de la télévision : « L’assiette anglaise » puis rejoint l’équipe de l’émission « Nulle part ailleurs » sur Canal+.

Il se lance ensuite dans l’écriture : « Darling » « Je,François Villon » « Le Magasins des Suicidés » « Le Montespan » « Charly 9 »

(Billets du 29 août 2013 – 8 octobre 2013)

FLEUR DE TONNERRE.

Jean Teulé a relaté dans un roman un fait divers breton du X1Xe siècle. L’auteur raconte l’histoire d’ Hélène Jégado, empoisonneuse en série, guillotinée le 26 février 1852 à Rennes.

D’après une légende, une femme était devenue venimeuse, sa langue s’était fendue après avoir composé un bouquet de fleurs de tonnerre. Comme Hélène a cueilli une de ces fleurs, sa mère lui donne ce surnom.

Hélène est élevée au sein d’une famille de nobles déchus. Au fil des veillées, elle entend les légendes racontées par les adultes. Ainsi, celle de l’Ankou, ce terrible personnage qui collecte dans une charrette grinçante les âmes des défunts. D’après la légende, celui qui entend le bruit de la charrette meurt.

Hélène va aller voir, dans une chapelle, la statue de l’Ankou. Si elle pouvait lire, elle comprendrait ce qui est gravé sous la statue :

« Je ne ferai grâce à personne. Ni pape, ni cardinal je n’épargnerai. Pas un roi, pas une reine. Ni leurs princes ou princesses. Je n’épargnerai ni prêtres, bourgeois, juges, médecins ou marchands, ni pareillement les mendiants. »

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Hélène contemple la statue et l’ombre de la statue se fond sur elle. Elle sera l’Ankou.

L’auteur va raconter comment de village en village, Hélène va devenir une empoisonneuse. Elle se fait embaucher comme cuisinière, dans un presbytère, puis chez des notables bretons. Elle se procure de l’arsenic sous prétexte de tuer les rats. Elle mélange l’arsenic, la poudre blanche qui ressemble à de la farine et empoisonne sa mère, ses tantes, sa marraine puis tous ceux chez qui elle est travaille. Trente-sept morts !

Les médecins n’y comprennent rien mais constatant la mort, il pense au choléra car les symptômes sont les mêmes que ceux d’un empoisonnement.

Son forfait accompli, elle s’en va.

Un jour en quittant le presbytère, elle arrive sur le marché où les gens s’écrient : « Oh, regardez ! C’est celle qui n’a pas clamé chez l’abbé. Elle est encore en vie !... – Pourquoi t’as pas canné, toi ? ! – Dieu l’a sauvée, c’est une sainte ! beugle quelqu’un. »

Elle passe donc pour un être extraordinaire mais l’opinion va changer. Après deux autres morts, quand la jolie cuisinière arrive, tout le monde l’accuse : « C’est de ta faute ce qui s’est passé, mauvais œil !... Déjà, quand tu avais treize ans, ici, ta marraine… Tu es la miraculée qui porte malheur. (…) Quand tu arrives quelque part, la mort te suit. Quand tu t’en vas, le mal s’arrête ! – Ankou ! Ankou ! »

Mais, cela n’impressionne pas Hélène. Sur la route, qui la mène à un village, elle entend le bruit de la carriole qui la suit « Wik… Wik… »

Elle trouve facilement une place de cuisinière car, pensent les gens, les bonnes cuisinières sont rares de nos jours. Elle vante les recettes qu’elle a inventées, sa soupe aux herbes et ses gâteaux.

Une seule fois, elle l’épargnera quelqu’un, un garçon dont elle est tombée amoureuse. Elle le quitte ayant peur de l’empoisonner lui-aussi.

Elle sera finalement arrêtée. Son avocat la défendra : « Avez-vous entendu ? reprend l’avocat : « Inhumaine !... Voilà ce que crie l’opinion publique ainsi que la défense en cette fin d’après-midi. Et oui, ma cliente est inhumaine et ne pourra donc être condamnée comme le seraient des humains. »

Les juges ne le suivront pas… Elle sera exécutée, à l’aube, place du Champ de Mars.

Quand j’ai commencé la lecture du livre, je pensais qu’Hélène Jegado était un personnage inventé. Hélas ! elle a bien existé. Il faut un talent exceptionnel pour que le lecteur soit fasciné par ce récit.

Et comment comprendre qu’une légende puisse arriver à faire d’une enfant adorable une empoisonneuse, la plus meurtrière de tous les temps ?

 

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