Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

01/04/2014

BERNARD PIVOT.

bernard pivot, oui, mais quelle est la question ?

 

Bernard Pivot est né le 5 mai 1935 à Lyon. Journaliste, animateur d’émissions culturelles à la télévision, c’est une célébrité.

Une longue carrière. Début au Figaro littéraire en 1958, créateur du magazine Lire, et surtout animateur à la télévision :

1973 -1975 : Ouvrez les guillemets
1975 -1990 : Apostrophes
1991 - 2001 : Bouillon de culture
2002 - 2005 : Double Je

Il a aussi présenté les Championnats de France d’Orthographe.

Comme livres, je retiendrai «  Remontrances à la ménagère de moins de 50 ans » un coup de colère contre l’audimat à la télévision et une autobiographie « Les mots de ma vie ».

Il préside l’Académie Goncourt depuis le 7 janvier 2014.

OUI, MAIS QUELLE EST LA QUESTION ?

Un petit livre très amusant. Roman ou autobiographie ? Autobiographie puisque le héros Adam Hirsh est un journaliste comme lui, qui anime aussi une émission télévisée mais dans laquelle il reçoit beaucoup de monde et pas seulement des écrivains comme le faisait Bernard Pivot.

Son héros avoue qu’il est un interrogateur professionnel, compulsif, atteint d’une maladie chronique qu’il appelle « la questionnite » qui va lui compliquer la vie et même souvent la rendre infernale.

Toutes les femmes qu’il rencontre sont victimes de sa manie de les harceler de questions, sans aucun tact, sans aucune retenue. Il veut tout savoir et quand pour leur malheur, ses victimes essaient honnêtement de répondre, il continue jusqu’à ce qu’elles soient exaspérées. Cela donne des scènes très amusantes. Questions indiscrètes sur leur vie sexuelle  mais aussi questions banales sur la vie quotidienne par exemple l’achat d’une machine à café !

Là, on est vraiment dans le roman. Bernard Pivot n’est pas l’exécrable Adam Hirsh mais celui-ci est plus amusant que lui.

Pourtant on reconnaît Bernard Pivot dans ces dialogues par exemple dans l’énumération de synonymes dans la même phrase et une manière bien à lui de jongler avec les mots.

Le livre commence par une confession que doit faire Adam pour sa confirmation. Le prêtre pose les questions habituelles mais Adam va renverser les rôles et devenir l’interrogateur.

« Ainsi ai-je découvert, peut-être avec l’aide du Seigneur qui aime se montrer facétieux envers ses serviteurs, que, le pouvoir étant dans les questions et la sujétion dans les réponses, il est très jouissif d’intervertir les positions. Pendant quelques secondes, de faible j’étais devenu fort. Je ne l’oublierai pas. »

De drôle, le livre va peu à peu, laisser percer une certaine mélancolie. Est-ce Adam ou Bernard qui s’interroge sur sa vie ? Bernard, sûrement : « Es-tu heureux ? » « Ne pas s’aimer, c’est refuser le bonheur ; trop s’aimer c’est refuser les autres. Ne bascules-tu pas sans cesse de cette position à celle-là sans jamais t’en tenir à un amour de toi qui serait médian et juste ? »

« Plus on vieillit, plus notre inventaire se produit. Plus les années passent, plus ces questions deviennent embarrassantes, et plus il est difficile d’y répondre. La sincérité fait mal. L’autocritique sape le moral. »

« Quand devient-on vieux ? Quand on n’a que des réponses et plus de questions. Certains posent encore des questions pendant leurs derniers jours. Ils meurent jeunes. Peut-être ne serais-je jamais vieux ? C’est plus un souhait qu’une question. »

Un chapitre est consacré à son fils Julien où il essaie de lui montrer les dangers de la drogue, même de la cigarette. Et on revient au début du livre :

« C’est en cet instant que j’eus conscience que, non seulement je ne posais plus de questions à Julien, mais que c’était moi qui répondais aux siennes. Comme je l’avais fait, à treize ans avec mon confesseur, il avait échangé les rôles. Il s’était emparé de mon pouvoir. Mais sa performance était bien plus remarquable que la mienne. Je n’avais affaire qu’à un prêtre fatigué alors que lui avait mis dans sa poche un intervieweur considéré comme l’un des meilleurs de la télévision. Je ne savais pas si je devais l’admirer ou lui en vouloir. »

Comme vous le constaterez, le livre est plus complexe qu’il n’y paraît.

De la même manière, Bernard Pivot, insère des questions qu’il pose au Seigneur. Et ce n’est pas anodin car sous une apparence frivole elles démontrent que nous ne savons rien et surtout sur ce qu’est vraiment la vie.

« Seigneur, les Gaulois avaient inventé le tonneau, comment se fait-il que Diogène, dit le cynique, qui vivait à Athènes plus de trois siècles avant Jésus-Christ ait élu domicile dans un tonneau ? »

Confirmation dans la dernière question : « Seigneur, le monde a-t-il eu un commencement et sera-t-il sans fin ? »

Bernard Pivot a voulu terminer son livre en laissant la parole à son personnage : « A quoi penses-tu Alain ?- A rien. – Mais si, tu pensais bien à quelque chose ? – Non, non, je t’assure.- Ton regard était fixe, lointain, tu avais l’air très concentré, comme replié sur toi… - Non, je te promets, je ne pensais à rien. – Tu m’aimes ? – Oui, bien sûr. – Vraiment ?- Je ne me pose même pas la question. » L’intervieweur est de venu l’interviewé ! Jolie pirouette !

J’ai beaucoup aimé le livre. Bernard Pivot m’avait donné beaucoup de plaisirs avec ses émissions culturelles. Il m’en a donné autant avec son livre.

 

Commentaires

On a beaucoup moins parlé de "Double je", j'en ai gardé de bons souvenirs. L'attitude enjouée de Pivot transparaît dans ce livre, dont la lecture fait du bien, semble-t-il.

Écrit par : Tania | 04/04/2014

C'est vrai. Double Je était moins connu et pourtant, comme toi, je le trouvais intéressant.

Écrit par : mado | 04/04/2014

Les commentaires sont fermés.