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24/03/2014

EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE.

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Publié comme un roman, le livre est signé d’Edouard Louis. Un jeune auteur de 21 ans dont c’est le premier roman.

J’avais commencé la lecture en pensant qu’il s’agissait d’une fiction. Très vite, j’ai pu me rendre compte que le livre était une autobiographie. Eddy Bellegueule est bien l’auteur du livre. Il a obtenu de changer d’état civil d’où la signature.

Le titre est révélateur de l’objectif de l’auteur, raconter sa jeunesse pour l’oublier, quitter cette vie pour en commencer une autre.

La première ligne donne le ton : « De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux. » Il a dix ans et est nouveau dans le collège. Tout de suite, il est attaqué violemment par deux garçons, un grand aux cheveux roux et un petit au dos voùté. Crachats, coups, il supporte tout sans montrer sa peur. Une scène d’une violence inouïe qui se reproduira plusieurs fois, à l’abri des regards, dans la bibliothèque où il se réfugie.

Pourquoi cette violence ? Il est pédé. Les injures se succèdent : pédale, pédé, tantouse, enculé, tarlouze, pédale douce, tapette etc. Très vite, sur son passage, il entendra : « Regarde, c’est Belle-gueule, la pédale. »

Les titres du chapitre forment un résumé du livre. Je citerai : Mon père, Les manières, La douleur,Le rôle d’homme, Portrait de ma mère, La bonne éducation, Laura, Le dégoût, L’échec et la fuite.

Eddy s’est étonné d’avoir des goûts de fille, d’aimer s’habiller en fille, de vouloir faire de la danse comme sa sœur, d’avoir une voix trop aiguë, de marcher comme une fille.

Il vit dans un milieu pauvre, au nord de la France, en Picardie, dans un village où peu à peu il est impossible de trouver du travail.

Son père est ouvrier mais perdra son travail. Sa mère devra travailler ce qu’elle supportera mal.

Eddy va essayer de ressembler à ce que son père veut qu’il soit « un dur ». La virilité est le credo de son père. Eddy va essayer de répondre à son désir, il fera du football mais très vite abandonnera car c’est au-dessus de ses forces. Il va grossir pour perdre son allure féminine. Il essaie de se faire des copains, essaie d’aimer les filles. En vain !

Son père est violent mais affirme qu’il ne frappera jamais ses enfants car il a détesté son père qui, lui, battait sa mère. Quand il est en colère, il frappe sur les murs.

Sa mère a un double discours. Elle dit regretter d’avoir quitté l’école trop tôt mais cela sonne faux car elle étale sa fierté d’être une mère au foyer.

On ne se parle pas dans cette famille. Seules des allusions au regret d’avoir un fils différent des autres, différent du crédo du père, la virilité doit être la seule valeur. La télévision est allumée toute la journée…

La famille est pauvre comme tout le village. Plus ou moins pourtant bien accepté. On va aux restos du cœur, mais il ne faut pas le dire, on mange le poisson pêché par le père quand on n’a plus d’argent.

Eddy vit mal cette situation. Il est écoeuré de manger du poisson plusieurs jours d’affilée. Il le sera encore quand il sera parti et constatera que le poisson est valorisé dans d’autres milieux.

Il rêve d’une autre vie et c’est le théâtre qui le sauvera. Il écrit des pièces, joue et remporte un grand succès. Enfin, il est valorisé !

Mais cela ne suffit pas. Il en est persuadé, il doit s’enfuir, quitter sa famille, son milieu, refaire une autre vie. Il y réussit puisqu’il accède à l’Ecole Normale Supérieure.

Eddy parle bien sûr de son homosexualité. Il décrit des scènes plutôt hard comme on dit maintenant. Son homosexualité est vécue dans la douleur et avec l’obsession qu’il ne pourra être lui-même quand quittant son milieu.

J’ai fort hésité avant d’écrire un billet sur ce livre. Que tout ce qu’il décrit est sa réalité m’a bouleversée mais avec une question : Comment est-ce possible ?

Bien sûr, je connais le harcèlement dont certains sont victimes dans les écoles. Le rejet de la différence, aussi, mais à un tel point, à notre époque ! Il est vrai, que ce matin encore les médias relataient l’agression d’un homosexuel. Dans notre pays où les homos peuvent se marier, où le Premier Ministre lui-même en est un !

Je ne sais pas, je n’arrive pas à croire que tous les garçons ont vécu leur homosexualité comme Eddy mais je n’en sais rien.

Le livre est écrit en deux langues. Celle impeccable de l’auteur, et les citations, mises en italique qui sont les phrases prononcées par ses parents. Dans leur langage. Je n’ai pas voulu les citer car je trouve que c’est un peu un viol qu’il fait en citant ce que ses parents ont dit dans leur intimité et qui n’était pas censé être publié.

Dès sa parution, le livre a été un grand succès littéraire. Depuis, les critiques sont apparues. La famille a réagi et je la comprends.

Moi, je vois le livre comme une thérapie. A-t-il songé aux dégâts qu’il pouvait occasionner ? Sûrement pas. Ne sommes-nous pas dans un monde où on peut tout dire ?

J’ai aussi été étonnée qu’il ne parle pas ou peu de son entourage autre que familial. Quelques réflexions des gens qui le trouvent bien élevé, rien sur les professeurs sauf celui qui lui permettra de faire du théâtre. Il est vraiment enfermé dans sa douleur.

Louis Marcel a dit qu’il avait écrit le livre pour essayer de comprendre. Je crois plutôt qu’il a écrit pour se délivrer et pouvoir tourner la page sur un parcours douloureux.

C’est son choix. Je le respecte.

 

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