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27/02/2014

PASCALE GAUTIER.

pascale gautier, les vieilles

 

Fille d’enseignants, Pascale Gautier a trouvé très jeune, dans la lecture, un dérivatif  à l’ennui. Tout en écrivant, elle a décidé de travailler dans l’édition. Elle est actuellement directrice littéraire pour les éditions Buchet-Chastel.

« Trois grains de beauté » a été récompensé par le grand prix de la littérature de la SGDL.

LES VIEILLES.

« Le Trou » est le nom, donné avec humour, par l’auteur, au village où il fait toujours beau. Une église, une boucherie, un coiffeur, un crématorium.

Les habitants sont de vieilles dames où la moyenne d’âge frise les quatre-vingts ans. Elles  s’ennuient sous ce ciel trop bleu où une d’elles dira qu’elle voudrait tellement voir un nuage.

Elles sont très différentes ces dames : Madame Chiffe, Madame Rousse, Madame Rouby, Madame Daspet, Madame Cointe…

Elles se téléphonent, se reçoivent, échangent leurs impressions sur le monde. Elles regardent la télévision et sont horrifiées des images qui défilent. Quel monde ! « Avant c’était mieux. » Elles en arrivent à préférer les publicités !

L’une prie, une autre récite des poèmes, une autre ne s’intéresse qu’à son chat, une autre encore se noie dans le porto. Certaines jouent au Scrabble.

Vu comme cela, le livre pourrait être bien ennuyeux mais il ne l’est pas. Je les trouve bien sympathiques ces dames qui pourraient paraître égoïstes mais les échanges qu’elles ont montrent qu’il n’en est rien. C’est un village où l’on se parle et ce n’est pas rien.

Elles sont parfois désabusées « Elle en a plus qu’assez de cuisiner. Elle l’a fait toute sa vie, pour son mari et son fils, puis pour son mari qui avait toujours besoin d’une entrée, un plat un fromage un dessert » Alors elle se contente de thé et de pain.

« Le thé chez Mme Rousse était infect, comme d’habitude. Aucune discussion intéressante, comme d’habitude. »

« Elle s’est cassée la figure dans l’escalier. Depuis tout est difficile. Se lever, s’asseoir, s’allonger, marcher. Elle a mal elle a mal elle a mal. Il paraît qu’elle n’a rien de cassé. Mais c’est une torture. Comme si on lui enfonçait des clous partout. »

« C’est drôle comme un jour on en a marre de sa progéniture. Les enfants sont plus enquiquinants que les étrangers parce qu’ils pensent avoir des droits sur vous. »

« Et les vieux ! Ils ont dit à la télé ce matin qu’il y en avait trop, qu’on ne savait plus quoi en faire et qu’ils vivaient trop longtemps - C’est pas faux… »

Paul, dans sa Peugeot 305, va chercher sa mère tous les dimanches et la ramène chez lui. Cela se passe mal. Mamoune n’aime pas sa belle-fille Françoise, ni les enfants qu’elle traite de « lapins » ! Pauvre Paul, il ne comprend pas que sa mère soit si désagréable. Il va s’ingénier à lui faire plaisir en lui installant des téléphones partout, de plus en plus gros et le dernier avec les photos pour qu’elle doive appuyer sur la photo pour appeler… C’est bien gentil mais elle n’aime pas. Difficile de faire plaisir.

« C’est plus fort qu’elle, elle met ses chaussures, enfile une veste et fonce vers le garage. La voiture est là. Une 106 verte constellée de bosses » Elle s’en va, conduit prudemment, admire les arbres, les fleurs. « La beauté du moment la remplit de joie » Tant pis si ce n’est pas prudent, tant pis si sa fille la menace d’enlever la voiture… Les courses faites, « elle laisse la voiture dans la cour (…) Il est neuf heures du matin. Elle n’a plus rien à faire » Emouvant, non ?

Il est temps que je m’intéresse aux autres habitants. Pierre Martin se promène en short bleu. Il veut participer au marathon à Londres, alors il court pour se tenir en forme « auréolé de gloire ».

Kevin, employé au crématorium, aime les veuves. Il les trouve gentilles puis il est content car avec tous les gens qui meurent il ne risque pas de se trouver au chômage !

Le curé, le père Catelan, n’aime pas ses paroissiennes. Il se déchaîne dans ses homélies et les accuse de trop regarder la télé. « Vous êtes l’esclave du diable ». Pas sympathique, le Père. Cela n’impressionne pas les dames. Ce dont elles sont toutes sûres, c’est d’avoir acquis la liberté de vivre comme elles l’ont décidé, même si ce n’est pas toujours très gai.

Ne pas décrocher le téléphone, rester près de la fenêtre à regarder les voitures, aller chez le coiffeur pour se teindre les cheveux, refuser d’être opérée de la cataracte…

Un événement va bouleverser le village. La télé a annoncé qu’un astéroïde, nommé Bonvent va s’écraser sur la terre.  Stupeur ! Panique ! Ces dames vont se jeter du haut d’une grande surface. Kevin a du boulot à ramasser tous ces cadavres.

Le livre se termine avant la chute de l’astéroïde et de jolie façon. La dame à la voiture verte sort sa voiture, installe son mari Gilbert mort mais pas pour elle et s’en va.

Le ciel est toujours bleu.

J’ai beaucoup aimé le livre. Le style familier convient bien aux conversations téléphoniques de ces dames et à leurs réflexions. On les entend parler.

Le sujet était délicat. Il faut du talent et de l’humour pour décrire ce village comme le fait l’auteur. Certains l’auraient qualifié de « mouroir » Elles sont vieilles, ces dames, mais bien vivantes. 

 

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