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14/02/2014

AMIN MAALOUF.

amin maalouf, les échelles du levant

 

Amin Maalouf est né à Beyrouth en 1946. Son père était journaliste, poète et peintre, de confession protestante. Sa mère catholique et francophone était issue d’une famille vivant à Istanbul. Lorsque la guerre éclate, au Liban, en 1976, Amin Maalouf s’installe en France avec toute sa famille. Il se consacre à l’écriture. Il a été reçu à l’Académie française en 2011.

Œuvre : « Léon l’Africain » « Les jardins de Lumière » « Le rocher de Tanios » « Les identités meurtrières » « Les croisades vues par les Arabes »

(Billets du 10 septembre 2008 – 24 février 2012 – 10 septembre 2008)

LES ECHELLES DU LEVANT.

Le narrateur rencontre à Paris en 1976 un homme dont il reconnaît avoir vu la photo dans un livre d’histoire. Il l’aborde et passe trois jours avec lui pour lui faire raconter son histoire.

Osseyane est le descendant d’une famille régnante d’Orient. Sa grand-mère Iffef est devenue folle après avoir découvert son père, déchu de son trône, morte dans sa chambre. La folie ne la quittera plus même lorsqu’elle épouse son médecin, Ketdabar et qu’ils ont un fils, le père d’Osseyane. « Elle n’a jamais été guérie mais elle a su être pour son fils une mère aimante. Quand elle a vécu avec nous, plus tard, dans la même maison, nous n’avons jamais ressenti sa présence comme un fardeau. »

Son père était élevé par des précepteurs : un iman défroqué, un juif d’Alep chassé de sa famille, un polonais. On n’y parlait pas politique. A seize ans, son père avait créé un cercle baptisé « Cercle Photographique ». Turc, il était lié par une amitié fraternelle avec un Arménien, Noubar, ce qui était rare à l’époque. Après une émeute qui avait saccagé le quartier arménien, Noubar décide de quitter Adana pour le Liban et son ami l’accompagne. Son père épouse en 1914, la fille de Noubar, Cécile.

Osseyane fut élevé comme son père par des précepteurs avant d’intégrer l’école les deux dernières années de sa scolarité.  Mais il ne supportait le vie bruyante qui régnait à la maison et surtout les ambitions de son père qui voulait faire de lui un révolutionnaire. Dès qu’il le put, il partit pour la France pour faire des études de médecine.

La seconde guerre mondiale éclata pendant son séjour d’étudiants. Un peu par hasard et malgré lui, il est intégré dans un réseau de résistants et abandonne ses études. Son nom de guerre est Bakou et il participe au journal créé par les résistants « Liberté ».

« Il ne faut pas croire que nous ne savions pas, à l’époque, pour les camps. Notre journal dénonçait sans arrêt les rafles, les massacres. Nous savions beaucoup de choses. J’ai presque envie de dire que nous savions tout. Tout sauf l’essentiel. Tout sauf cette chose insaisissable vers laquelle tout convergeait, cette chose que nous ne soupçonnions, parce qu’elle paraissait trop monstrueuse, même de la part des nazis : la volonté d’extermination totale. »

Il rencontre Clara, une jeune juive expatriée, cachée par une amie qui avait réussi à la faire passer en Suisse, mais revenue à Lyon parce qu’elle désirait se battre. Il ne passera avec elle qu’une seule soirée. Et pourtant…

Rentré au Liban, il est accueilli en héros par son père et la population locale. Il apprend que Noubar est parti en Amérique avec sa grand-mère et son oncle Aram. Un grand malheur s’est abattu sur la famille. Son frère Salem a fait de leur maison un dépôt de contrebandiers sans que son père ne s’en aperçoive.

Lors d’un accrochage où un douanier était mort, Salem est dénoncé par deux trafiquants comme le cerveau du gang. Toute la famille se retrouve en prison. Ils seront relâchés sauf Salem qui écopera de quinze ans de prison. Une grave humiliation pour la famille.

Sa grand-mère meurt et son père lui organise des funérailles grandioses. C’est alors qu’il revoit Clara. Il lui demande de l’épouser et elle accepte. « Je t’aimerai jusqu’à mon dernier souffle. »

Ossyane et Clara s’installent à Beyrouth. Clara est enceinte. Le sort s’acharne sur eux. Ossyane reçoit un télégramme qui lui annonce que son père est mourant. Il part, sans Clara. Son père meurt. Après l’enterrement, il est malade. Peu à peu, il sombre dans la folie.

Clara ne veut pas le rejoindre tout de suite, elle attend qu’il aille mieux. « Je me sentais trahi. J’avais l’impression qu’elle me lâchait la main au moment même où je me débattais pour garder la tête hors de l’eau. Ce à quoi j’ai réagi de la pire manière : au lieu de glisser lentement vers l’abîme, je m’y suis précipité. »

Il décide de rejoindre Clara à Haïfa mais son frère le trahit, il se retrouve interné. Il a vingt-neuf ans.

Son séjour – si je puis dire – à l’asile est la partie la plus émouvante du livre. Il décrit longuement sa vie. Abruti par les médicaments, « j’étais aussi paisible qu’un cadavre. »

Il va essayer de réagir, de ne pas prendre ses médicaments, d’exercer sa mémoire mais il doit ruser car il ne faut pas que quelqu’un remarque son amélioration !

C’est sa fille Nadia qui le sortira de cet enfer. Le livre s’achève sur le retour de Clara.

Inutile je crois de dire à quel point Amin Maalouf sait rendre un livre captivant. Certes, il parle longuement des événements mais ce qui arrive à Ossyane passe presque au premier plan.

J’ai beaucoup aimé le livre. J’aurais pu parler plus longuement des tragédies qui déchirent encore le Proche-Orient. J’ai préféré le lire en suivant le tragique destin d’Ossyane.

Nous sommes bien peu de choses au regard de l’histoire mais nous existons.

 

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