Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

04/02/2014

IRENE NEMIROVSKY.

irène némirovsky, deux, écrivain russe, début vingtiième-siiècle, mariage

.

Irène Némirovsky est née à Kiev le 24 février 1903. Fille d’un riche banquier, elle est élevée par deux gouvernantes, une française et une anglaise. La famille échappe aux pogroms contre les Juifs qui secouent la ville en 1905 et 1912.

En 1914, la famille s’installe à Saint-Pétersbourg mais en 1918 fuit la révolution russe et s’installe en Finlande. Séjour de courte durée puisque la famille quitte Stockholm pour la France en 1919. Irène y passe le bac et commence à écrire.

En 1924, elle épouse Michel Epstein, un ingénieur russe émigré devenu banquier. Mariage civil et religieux à la synagogue. Ils auront deux enfants, Denise et Elisabeth.

Irène devient célèbre après la publication de son roman « David Golder » qui sera adapté au cinéma. Un autre roman « Le Bal » sera lui aussi adapté au cinéma révélant Danielle Darieux.

Bien qu’elle soit un écrivain francophone reconnu, intégré dans la société française, le gouvernement français lui refuse la naturalisation.

Elle se convertit au catholicisme en 1939, sans doute pour échapper aux persécutions des Juifs. Mais en 1940, sous le gouvernement de Vichy, son mari ne peut plus travailler à la banque et elle est interdite de publication. Elle porte l’étoile jaune.

En 1942, elle est arrêtée par la gendarmerie française puis envoyée à Auschwitz. Son mari sera arrêté plus tard et gazé dès son arrivée à Auschwitz. Irène décèdera à Auschwitz, à l’âge de 39 ans, laissant une œuvre qui fait d’elle un des grands écrivains de l’entre-deux-guerres.

Ses enfants seront cachés sous de faux noms dans un pensionnat catholique puis chez des particuliers. Ils ont emporté le manuscrit de leur mère « Suite française ». Le prix Renaudot lui sera décerné à titre posthume en 2004.

(Billet du 16 août 2011)

DEUX.

Le roman débute après la guerre de 1914-1918 dans l’euphorie de la victoire. Les héros pensent à tous ceux qui ne sont pas revenus. « Eux, les survivants savaient enfin qu’ils étaient mortels. » « Il fallait se hâter de respirer, d’embrasser, de boire, de faire l’amour. »

Les personnages vont chercher le bonheur sans le trouver. La jeunesse est assoiffée de plaisirs. Liaisons multiples, chagrins d’amour, désir de mariage pour les filles, désir de garder sa liberté pour les hommes.

Irène parle aussi des parents qui n’ont jamais été heureux ensemble et sont très amers. Ils reçoivent leurs enfants mais les voient peu et ne s’intéressent absolument pas à leur vie. « Laissez-nous ! Vous nous avez assez tourmentés. Nous sommes fatigués… »

Et ce témoignage de Solange : « Moi, quand j’étais petite, chaque fois que je voulais m’approcher de ma mère, elle me disait : « Que tu es mal coiffée, ma chérie… ou : « Remets ton col en place… Ne frotte pas tes souliers l’un contre l’autre, et maintenant je t’écoute… - Que veux-tu qu’on dise ensuite ? On est figé. On se trouve, sans cesse, devant un juge… »

L’auteur va décrire longuement la vie de ses personnages, Antoine, Marianne, Solange, Evelyne, Dominique, Nicole… Ils se ressemblent dans la quête d’un amour qui pourrait leur donner le bonheur et n’apporte que chagrins et déceptions.

Les héros principaux sont Antoine et Marianne. Ils se sont aimés, ont été séparés, se sont retrouvés, se sont mariés sans joie. Marianne a été très amoureuse d’Antoine quand celui-ci ne l’aimait pas. Après le mariage, ils ont deux enfants. L’auteur insiste sur le bonheur que trouve Marianne dans la maternité mais se détache peu à peu d’un mari qui la trompe avec sa sœur, Evelyne « plus jeune, plus jolie. »

L’auteur décrit aussi les drames. Solange, enceinte d’un homme qui ne veut pas l’épouser, se fait avorter sur le conseil d’une ancienne femme de chambre de ses parents. Dialogue entre Antoine et Marianne quand celui-ci apprend la vérité non dite : « Pourquoi a-t-elle fait cela ? – Qui le lui a conseillé ?- Une ancienne domestique, je crois… - Mais elle est folle ? Est-ce qu’on joue avec ça ? – Mais que voulais-tu qu’elle fasse ? – Imagine-toi que la même chose m’arrive demain ? Je mourrais de honte avant d’en parler à ma mère ou à mon père… Et à l’amant, c’est lui forcer la main, le pousser au mariage… »

Autre drame. Après un voyage d’Evelyne avec Antoine, celle-ci comprend que le bonheur éprouvé pendant leur séjour ne se reproduira plus. Elle se suicide. Antoine ne sera plus jamais le même, il sera hanté par elle mais… sans remords.

Antoine cherche la paix dans son travail et auprès de Marianne, qu’il n’aime plus. L’auteur a cette phrase terrible quand Antoine regarde Marianne : « Vous me trouvez laide ? – Mais, non, dit-il avec sincérité car, déjà, il avait cessé de la voir. »

Quel paradoxe le mariage décrit par l’auteur ! Les filles le recherchent sans qu’il y ait comme cela arrivait, une pression des parents, de la société ou de la religion. Mais, une fois mariées, elles regrettent leur liberté et envient celles des hommes.

Je reproduis un paragraphe qui montre bien ce que pense l’auteur du mariage. « Jusqu’ici Marianne et Antoine n’avait pas connu la malédiction congénitale du mariage : les querelles sans raison, sans cause, qui éclatent en pleine paix, aussi brusquement qu’un orage dans le ciel d’été, qui, rares d’abord et dont on a honte, finissent par occuper le temps, l’esprit des époux, par leur procurer une obscure jouissance : tout amour humain doit être nourri de questions pour subsister ; la passion éteinte, il demande des aliments aux paroles de haine, aux actions hostiles, à tout ce qui est encore mouvement, chaleur, flamme dans le cœur des époux. »

Le livre renvoie à la solitude irrémédiable à laquelle conduit le mariage. C’est le point de vue de l’auteur. Ce n’est qu’un roman qui donne une idée très noire de l’époque.

Le machiste est omniprésent. Un des personnages, ne dit-il pas, qu’il recherche une épouse qui fera tout ce qu’il voudra. Une soumission parfaite !

Le livre pourrait être ennuyeux. Il ne l’est pas. L’écriture est admirable.

A lire. Au moins pour se réjouir des progrès accomplis par les femmes dont nous ne sommes pas toujours conscients.

 

Commentaires

Je ne connaissais pas ce titre, et j'aime lire Némirovsky, c'est noté.

Écrit par : Tania | 07/02/2014

Merci. Vous ne le regretterez pas.

Écrit par : mado | 07/02/2014

Je ne crois pas avoir lu ce livre là... Pourtant, j'ai beaucoup lu Irène Némirovsky que j'admire énormément. Merci.

Écrit par : Bonheur du jour | 02/03/2014

@Bonheur du jour. Merci pour votre commentaire. J'ai découvert le livre par hasard, je ne le connaissais pas non plus.

Écrit par : mado | 03/03/2014

Les commentaires sont fermés.