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29/01/2014

ANDREI MAKINE.

andreï makine, une femme aimée, catherine II

 

Andreï Makine est né le 10 septembre 1957 en Sibérie. Il a passé son enfance dans un orphelinat ses parents ayant disparu, sans doute déportés sous Staline.  Il a aussi été élevé en français par sa grand-mère.

Devenu spécialiste de littérature française à l’Université de Moscou, il a vécu la fin du régime Brejnev. En 1987, il profite d’un séjour universitaire à Paris pour demander l’asile politique. Il obtiendra la nationalité française en 1996 après l’obtention du prix Goncourt pour « Le testament français ».

Il vit actuellement à Paris mais se tient autant que possible à l’écart de la vie littéraire.

Œuvre : « La fille d’un héros soviétique » « Requiem pour l’Est » « La musique d’une vie » « Le Livre des brèves amours éternelles »

(Billets du 3 septembre 2009 – 25 mars 2010 – 23 septembre 2011)

UNE FEMME AIMEE.

La femme que l’auteur aime est Catherine II. Il sait que bien des livres ont été consacrés à la « Grande Catherine » Il n’écrira pas un livre historique. Il utilise un procédé astucieux. Oleg Erdmann, cinéaste, voue une vraie passion à Catherine II. Il veut faire un film sur elle mais en cherchant surtout qui elle était vraiment.

Princesse allemande, elle est mariée à quatorze ans au futur Pierre III qui finira assassiné au moment où sa femme monte sur le trône à 34 ans. Catherine II est restée célèbre à la fois pour son amitié avec Diderot et Voltaire, pour sa longévité et le nombre impressionnant de ses amants.

On oublie souvent qu’elle fut une vraie réformiste, a créé des écoles d’où les enfants de serfs ressortaient libres, a nommé une femme à l’Académie de Russie. Si elle n’a pas aboli le servage, c’est que, disait-elle, « on m’aurait assassinée bien avant »

L’histoire de Catherine est mêlée à celle d’Oleg Erdmann. Jeune cinéaste soviétique, il a trente ans quand il essaie, en 1980, de faire approuver le scénario de son film par les bureaucrates soviétiques. Comme il a fait de la tsarine une monarque progressiste, il se débat avec la censure. La nuit, il travaille aux abattoirs de la ville.

Oleg veut réhabiliter Catherine. Mais, comme lui fait remarquer son amie Léa, il devra se baser sur ce qu’il a lu. D’ailleurs, il voulait tout savoir sur Catherine : son emploi du temps (quinze heures de travail journalier) sa façon très simple de se vêtir, ses goûts culinaires sobres, le tabac qu’elle prisait, son café fort. Il connaissait ses vues politiques, ses lectures, ses correspondants, son habitude matinale de se frotter le visage avec de la glace, sa passion pour le théâtre.

Le drame de Catherine n’est-il pas qu’elle n’a jamais été aimée pour elle-même ? Elle qui ne cherchait qu’à aimer « Le vrai mal de ma vie, c’est que mon cœur ne peut vivre un seul instant sans aimer… »

Le tournage du film apporte d’autres questions. Que dire de Potemkine ? Pour les uns, un tyran. Pas pour Oleg qui citera le prince de Ligne : « Potemkine est l’homme le plus extraordinaire que j’aie jamais vu… Paresseux et travaillant sans cesse.Triste dans ses plaisirs, malheureux à force d’être heureux, blasé sur tout, se dégoûtant aisément, morose, inconstant, philosophe profond, ministre habile, politique sublime… »

Quand le film sortira, Oleg sera humilié. Ni sur les affiches, ni même au générique, son nom ne sera mentionné.

Une quinzaine d’années plus tard, il réalisera une série télévisée sur le même sujet. Il n’y a plus de censeurs mais son producteur le force à tourner des scènes érotiques.

La censure d’état a été remplacée par le diktat de l’audimat…

Le livre a été encensé par la critique et s’est très vite installé dans les meilleures ventes.

Ce n’est pas seulement la vie de Catherine qu’on y retrouve mais l’histoire de la moitié du XVIIIe siècle. Dans la seconde partie, Oleg nous fera découvrir la nouvelle Russie, après la chute du mur de Berlin.

Voici ce que dit l’auteur de son livre :

« Pierre le Grand a été un modernisateur mais au prix d’une violence inouïe. Saint-Pétersbourg a été construite sur 100.000 cadavres. Contrairement à ce qu’on a dit par la suite, Catherine n’a jamais été un despote cruel. Presque tous ses amants l’ont quittée après avoir été couverts de cadeaux : elle ne s’est jamais vengée d’eux. De ce point de vue, elle était fascinante : même tsarine, c’était une grande amoureuse toujours déçue. »

Makine est aussi amoureux de Catherine que son personnage principal.

Une fresque historique mais sans doute aussi un roman d’amour.

 

21/01/2014

YASMINA KHADRA.

yasmina khadre, les agneaux du seigneur, algérie, islamisme, terrorisme

 

Yasmina Khadra, pseudonyme de l’écrivain algérien Mohamed Moulessehout, est né le 10 janvier 1955, dans le Sahara algérien. Son pseudonyme est composé des deux prénoms de sa femme.

Son œuvre est nombreuse. Je citerai : « A rêvent les loups »  « L’Ecrivain » « L’imposture des mots » « Les hirondelles de Kaboul »

(Billets du 30 mars 2010 – 12 mars 2011 – 7 août 2011)

LES AGNEAUX DU SEIGNEUR.

 L’auteur nous parle de l’Algérie dans les années nonante. On y retrouve une bande d’amis dans un petit village nommé Ghachimat : Dactylo, écrivain public, Kada l’instituteur, Zane le nain, Jafer Wahab qui traîne toute la journée à ne rien faire, Mourad et son frère Boudjema, accros au kif, Lyès le ferronnier, Allal, le policier.

Tous sont amoureux de Sarah, la fille du maire. « Sarah est assise sur le lit nuptial, ses menottes frémissantes sur les genoux. Le poète ne saurait dire si c’est l’abat-jour sur la table de chevet ou bien elle, houri aux blondeurs de l’été, qui confère à la chambre, tant de féerie. Allal s’agenouille devant elle, lui prend la main. Ses lèvres effleurent les doigts brunis au henné, si maladroitement qu’elles omettent de les baiser. Il lui relève le voile, lentement de peur de voir le beau visage de la vierge s’évanouir tel un songe qu’on n’a pu cerner. Les yeux de Sarah s’épanouissent, immenses comme un pré. 

Moment de grâce dans un livre qui va raconter l’horreur.

Le retour au village du jeune Cheikh Abbas, un iman radical fanatisé va déchaîner les passions.

Kada Hilal confie au Cheikh sa souffrance de voir Sarah mariée. Le Cheikh réagit violemment. « C’est une dévergondée (…) Elle marche tête nue, le mollet dévoilé, et elle parle à haute voix dans la rue. »

Kada veut partir combattre en Afghanistan. Même si le Cheikh comptait faire de lui le prochain maire, il ne cache pas sa satisfaction. « Va, Kada Hidal, va dire aux mécréants qu’on ne muselle pas la parole, qu’aucune camisole ne peut contenir la foi. Va dire au monde que chez nous la vaillance est nature, que l’appel du Jihad nous fait longer mers et continents d’une seule enjambée… Va, je te bénis. »

Un mois plus tard, le Front Islamique du Salut rafle haut la main les élections communales. (Même victoire aux Législatives de 1991) Le maire est remplacé par un membre du Fis. Les anciens amis doivent choisir leur camp. Le village se déchire entre pro et non islamistes. Certains prennent les armes et de maquis. Les violences se multiplient : enlèvements, meurtres, viols, assassinat, massacres de familles entières.

Le hijab est imposé et la barbe exigée. Le jeu très prisé par les Anciens est interdit. Certains finissent même par se ranger derrière les jeunes. Ils ont perdu leur pouvoir. Les jeunes ne les respectent plus. Le monde a changé.

Mais les jeunes veulent aller plus loin. Ils vont trouver l’iman Haj Salah, qu’ils ont enlevé, et lui demandent de décréter une fatwa. « Tu es juste et éclairé. Nous voulons que tu décrètes la guerre sainte. – Et qui est donc l’ennemi ? – Tous ceux qui portent le képi : gendarmes, policiers, militaires… »

« Haj Salah reste silencieux pendant une minute, prostré, la tête dans les mains comme s’il refusait de croire à ce qu’il vient d’entendre. Le moment qu’il redoutait est là. L’ogre se réveille en l’enfant qui ne comprend plus pourquoi, soudain, le besoin de châtier supplante celui de pardonner. Le poète avait raison : il y a immanquablement une part pour le Diable en chaque religion que Dieu propose aux hommes ; une part infime, mais qui suffit largement à falsifier le Message et à drainer les inconscients sur les chemins de l’égarement et de la barbarie. Cette part du Diable, c’est l’ignorance. »

Haj Salah est assassiné…

Quelques amis décident de rechercher les terroristes. Allal est parmi eux. Il ne vit plus depuis que Sarah a été enlevée. Ils partent à sa recherche. Sur la route, de nombreux cadavres laissés par les terroristes. Ils arrivent dans une clairière.

 « La clairière paraît rassérénée. Malgré un soleil implacable, la pénombre des arbres y déverse une fraîcheur d’oasis. Tapi dans les branchages, un merle siffle. Sarah est là, étendue sur le sol duveteux. Elle est nue. Sa chevelure blonde, que taquine par endroits la brise, se ramifie autour d’elle comme une coulée d’or. Son dos arrondi conserve les traces du fouet, elle a les poings ligotés avec du fil de fer et les chevilles enchaînées. »

Allal s’écroule devant sa femme. Une formidable explosion les projette en l’air. Le cadavre avait été piégé…

Le livre comporte beaucoup de scènes violentes. Il faut tout le talent d’écriture de l’auteur pour que le lecteur continue sa lecture.

Des adolescents tranquilles, des agneaux devenus des tueurs. Tragique.

 

15/01/2014

PAOLO GIORDANO.

paolo giordano, la solitude des nombres premiers

 

Paolo Giordano est né à Turin en 1952. Il prépare actuellement un doctorat en physique théorique. La Solitude des nombres premiers, son premier livre a reçu le prix Strega. Il a été vendu à plus d’un million d’exemplaires en Italie et a été traduit dans de nombreux pays.

LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS.

 Les deux personnages principaux sont marqués par une blessure de l’enfance qui ne les quittera pas.

Mattia a abandonné sa jumelle, handicapée mentale, dans un parc alors qu’il se rendait à un anniversaire. « Il se tourna vers sa jumelle, qui avait les mêmes yeux que lui, le même nez, la même couleur de cheveux et un cerveau à jeter, et pour la première fois il éprouva une véritable haine à son égard. » Après bien des hésitations, il l’abandonne dans le parc mais il ne la retrouvera pas. Michela a disparu. Malgré les recherches, on ne la retrouvera jamais, pas plus que son corps.  

Alice a été victime d’un accident de ski qui lui abîmera définitivement la jambe gauche et fera d’elle une boiteuse.

Mattia rencontre Alice au lycée. Comme lui, elle vit dans le rejet des autres souvent violent.

Ils sont cependant différents. « Les années de lycée avaient constitué une blessure ouverte, que Mattia et Alice avaient jugée trop profonde pour qu’elle se cicatrise. Ils les avaient traversées en apnée ; lui, refusant le monde ; elle se sentant refusée par le monde ; et ils s’étaient aperçu que cela ne faisait pas grande différence. » 

Mattia est un surdoué, passionné de mathématiques. Il vit dans un autre monde. Son amour des maths devient obsessionnel. Mais il reste attaché à Alice, même après le lycée.

La vie va faire qu’ils vont s’éloigner l’un de l’autre pour se retrouver plus tard sans que rien ne soit changé entre eux. « Mattia pensait qu’Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment. »

Mattia fera des études brillantes à l’université et sera engagé dans une université étrangère, poste qu’il n’acceptera quand il comprendra qu’il ne peut rien attendre d’Alice.

Brillant, Mattia n’est pourtant pas à l’aise dans la vie. Ainsi, lorsqu’il apprend qu’il a réussi son mémoire de maîtrise : « Il entra dans la bibliothèque et alla s’asseoir à sa place habituelle, près de la fenêtre. Il posa le papyrus sur la chaise voisine et mit les main à plat sur la table. Il se concentra sur sa respiration, qui continuait de s’échouer dans un ressac entre la gorge et le fond de ses poumons. Cela lui était déjà arrivé, mais pas aussi longtemps. »  

Alice est anorexique. Petite, elle cachait la nourriture dans des serviettes pour aller la jeter. Au lycée, elle va essayer de se faire aimer de Viola, un jeune perverse qui tire son plaisir du mal qu’elle fait aux autres.

Dans l’espoir de lui plaire, elle se fait tatouer, voulant lui ressembler et ce, malgré l’interdiction de son père mais en faisant du chantage à Soleda qui s’occupe d’elle. Comme elle se réjouit de montrer son tatouage à Viola, celle-ci la rejette. Une nouvelle blessure qu’elle essaiera d’effacer en enlevant le tatouage, demandant même l’aide de Mattia dont elle sait qu’il s’est enfoncé un couteau dans le bras à un cours de biologie.

Au contraire de Mattia, elle va abandonner ses études et se plonger dans la photographie. Au cours d’une hospitalisation, elle va rencontrer un médecin, Fabio, qu’elle épousera. Il va apprendre qu’elle ne veut pas avoir d’enfant. « Qu’est-ce que tu aimerais ? Que je m’empiffre ? Que je me déforme pour avoir ton enfant ? (…) Je peux suivre un traitement si tu y tiens tant. Je peux prendre des hormones, des médicaments, toutes les saloperies qu’il faut pour te donner cet enfant. Comme cela, tu arrêteras de m’épier »

La rupture est violente. Elle lui demande de lui donner la boîte de riz, trop haut pour elle, dans l’étagère. « Il saisit le paquet de riz qui était déjà ouvert. Il l’agita . Puis il eut un sourire qu’Alice jugea sinistre. Il inclina le paquet, et le riz se déversa par terre, telle une pluie fine et blanche. – Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda Alice. Il éclata de rire. Tu veux du riz ? Le voici. – Il agita la boîte avec plus de vigueur et les grains se répandirent dans toute la cuisine. (…) Comme à notre mariage, tu te souviens ? Notre putain de mariage ! »

La vie continue. Un jour, Alice croit reconnaître Michela. Elle envoie une photo d’elle et de Mattia, lui demandant de revenir. Elle est persuadée qu’elle doit la vérité à Mattia, sa sœur est toujours vivante.

Mattia n’hésite pas. Il rentre. Mais, Alice a changé d’avis. Elle ne dira rien. De manière assez surprenante, elle l’emmène en voiture et l’oblige à conduire alors qu’il ne sait pas. Une scène surréaliste ! Rentrés, il lui demande ce qu’elle voulait lui dire. « Le mot que tu m’as envoyé… Tu voulais me dire quelque chose. Alice sourit. – Ce n’était rien. – Tout à l’heure tu as dit que c’était important. – Non. Ca ne l’était pas. – Cela me concernait ? Elle hésita un instant. -  Non, Ca ne concernait que moi. »

Mattia repartira. Alice se retrouvera seule.

Le livre est assez surprenant.  Mattia et Alice se rencontrent, se quittent, se retrouvent… mais pas vraiment. 

Un livre sur l’amitié, sur la difficulté de vivre sa différence. Un roman envoûtant mais qui m’a laissé une sensation de malaise. 

Je ne sais pas pourquoi…  

 

08/01/2014

DIDIER REYNDERS SANS TABOU.

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Didier Reynders s’est livré « sans tabou » à deux journalistes : Francis Van de Woestyne, rédacteur en chef de La Libre Belgique, Martin Buxant, journaliste politique et éditorialiste à L’Echo.

 Les deux journalistes retracent sa carrière. Né à Liège, le 6 août 1958, il a été président de la SNCB (1986), député en 1992, président du MR de 2004 à 2011, Ministre des Finances de 1999 à 2011 et est actuellement Ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes.

Les deux journalistes vont nous faire revivre une très longue page de notre histoire. C’est le grand intérêt du livre. Pour moi, des événements vécus mais oubliés.

J’ai été frappée par la clarté des explications de Didier Reynders, c’est un « professeur » qui parle. Bien sûr, il donne sa vision personnelle dans l’analyse qu’il fait des événements.

 Négociations ardues pour la formation des gouvernements, coups bas et parfois, reniement de la parole donnée. Pas simple, le milieu politique ! J’ajouterai aussi combien il est difficile de prendre des décisions difficiles, en urgence.

Didier Reynders est entré en politique à la suite de sa rencontre avec Jean Gol, dont il parle avec émotion. « Jean Gol, c’est à la fois le goût pour le débat politique, pour la prise de décision, pour la réflexion intellectuelle. Mais c’est aussi relation  - non paternelle car jamais mon père auprès de moi – une relation entre deux générations, avec quelqu’un qui prend un « gamin » sous son aile. »

C’est dans le deuxième gouvernement Martens-Gol, qu’arrive Guy Verhofstadt « tout jeune, déchaîné, voulant faire des économies partout. » Il est vrai que la situation budgétaire l’exigeait mais c’était mal accepté notamment par Jean-Luc Dehaene.

Guy Verhofstadt a bien changé dans les autres gouvernements dont il était Premier Ministre puis à l’Europe mais il a gardé, à mon avis, son caractère fougueux. Il sait ce qu’il veut et sait se battre. Dois-je rappeler sa popularité ? Didier Reynders insiste d’ailleurs sur son volontarisme.

Louis Michel a beaucoup compté. Didier Reynders dément ce qui est souvent dit sur la mésentente qui existerait entre les deux hommes. Il reprend les propos de Louis Michel « Il n’y a pas entre nous l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. »

Par contre, quelqu’un qu’il n’aime vraiment pas, c’est Gérard Deprez. Je me souviens bien du groupe « Renaissance » dans lequel Gérard Deprez a joué un rôle décisif, à côté, il est vrai, des Michel.

Les journalistes lui demandent comment humainement il a vécu cette période. « L’ambiance était parfois difficile à supporter. Je me souviens d’une réunion du bureau du parti où nous attendions que les membres du groupe « Renaissance » arrivent ensemble de l’hôtel du même nom face aux face aux caméras installés sur le trottoir. » Pire encore « Je pouvais comprendre les critiques contre mon cumul (…) je percevais aussi des ambitions personnelles, souvent légitimes. Mais, un moment donné, il m’est devenu insupportable de me lever le matin en me demandant ce que j’allais encore trouver dans la presse. Des commentaires désobligeants étaient distillés souvent par les mêmes voix off, parfois de manière ouverte. »

Didier Reynders n’est pas tendre non plus sur la participation d’Ecolo au gouvernement. « Les verts venaient tous aux réunions avec de gros Nokia et étaient en contact permanent avec leur parti et la presse. (…) On avait l’impression que leur silence lors des Conseils des ministres n’avait d’égal que leur manière de faire valoir leur point de vue à l’extérieur. Ils devaient probablement se justifier sans arrêt en interne sur ce qu’ils faisaient au gouvernement » (Gentil comme explication mais actuellement certains représentants Ecolo, dans l’opposition, sont pour moi « imbuvables ». Et que dirais-je de Nollet et de ses déclarations fracassantes !)

Sujet attendu : les intérêts notionnels. Pendant la campagne électorale du deuxième gouvernement Verhofstadt, ils avaient promis une réduction de l’impôt des sociétés à moins de 30 % d’où l’invention des intérêts notionnels par des experts comme Bruno Colmant. Mesure souvent critiquée encore actuellement par la FGTB mais c’est oublier qu’ils restent un incitant à destination des investiteurs notamment à l’étranger.

« Une orange bleue au goûtt amer » La campagne électorale s’est déroulée dans un climat pesant. Pourquoi ont-elles échoué ? « Personnellement, comme beaucoup d’autres libéraux, j’ai vu une véritable obstruction du cdH surtout au début des discussions. Ensuite, l’incapacité de la N-VA à s’engager a pris le relais et le comportement de chacun des acteurs a joué dans ce qui devenait un feuilleton à épisodes multiples, avec entrées et sorties de Val Duchesse et de bien d’autres endroits. »

Un autre sujet est abordé longuement dans le livre : la crise bancaire. Je renvoie le lecteur à l’ouvrage  car c’est vraiment trop long à expliquer.

Après les élections de 2010 les socialistes et la N-VA ouvrent ensemble les négociations. Personne n’a oublié les accusations faites à Didier Reynders d’avoir eu des contacts avec la N-VA. Il a souvent rappelé que les présidents francophones étaient en contact permanent avec la N-VA. « Ils prenaient leurs petits déjeuners, déjeuners, goûters, dîners et même passaient des nuits avec Bart De Wever. » Elio Di Rupo a finalement formé un gouvernement avec les libéraux qui, dit Didier Reynders, a fait du bon travail.

J’en viens à l’avenir de la Belgique. «  Bruxelles est probablement le lien le plus fort entre les différentes régions et communautés » Je partage depuis longtemps l’idée qu’il devrait y avoir quatre entités : la Flandre, la Wallonie, Bruxelles et la Communauté germanophone. On y viendra peut-être !

Un petit mot sur la monarchie : éloge d’Albert II et espoir en Philippe.

Une question plus personnelle posée par les journalistes : « Vous arrive-t-il de mentir ? » « J’ai toujours eu pour règle de dire la vérité mais de ne pas tout dire. » Règle d’or.

J’ai beaucoup aimé le livre. Je l’ai acheté parce que j’ai beaucoup d’estime pour Francis Van de Woestyne. Il ne m’a pas déçu. Je rends hommage aux journalistes. Ils ont abordé tous les sujets mais les questions difficiles ont toujours été posées avec délicatesse.

A la fin du livre, un questionnaire à la Proust. Intéressant. Un autre sur « Ce que je pense d’eux ». Quelques surprises que je réserve aux lecteurs.

Voilà. Ce n’a pas été simple pour moi d’écrire ce billet. Je ne cache pas que j’apprécie Didier Reynders pour son intelligence, sa sincérité, ses convictions libérales qu’il défend bien mais sans aucune animosité.

Arrogant, Didier ? Alors là, mille fois non.

06/01/2014

FRANCOISE CHANDERNAGOR.

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Françoise Chandernagor, écrivain, est membre de l’Académie Goncourt. Elle a écrit de nombreux romans couronnés de succès. (Billet du 15 novembre2013)

LA PREMIERE EPOUSE.

« Je suis en deuil. En deuil de mon mari vivant. »

C’est la première phrase du livre. L’héroïne, Catherine, est écrivain. Son mari, Francis, préside un grand établissement financier. Ils ont quatre enfants.

Catherine sait son mari volage mais elle en est toujours amoureuse. Elle a cru qu’elle serait toujours « la première épouse » la privilégiée, celle qu’on aime même si on la trompe.

Tout s’écroule quand Francis lui apprend qu’il va la quitter pour une autre, une plus jeune, après vingt-cinq ans de vie commune. Elle imagine Laure : « Je la parais de tous les charmes dont j’étais privée : blonde, belle, élégante, futile, fantasque, mondaine, éthérée, optimiste, et surtout aimante… »

Quel choc d’apprendre qu’il s’installe chez « l’autre » ! D’apprendre qu’il y était depuis des mois, même s’il habitait toujours avec elle « à mi-temps ».

Sa douleur est immense. « Je suis perdue » « Mes larmes coulent comme le vin et je m’enivre de chagrin » « Je suis brisée » « Je suis salie » « Je suis brûlée ».

Elle va s’enfoncer dans le chagrin, cherchant auprès de ses amis à en savoir plus. Eux ne comprennent pas qu’elle ait été aussi aveugle et les « bons conseils » ne manquent pas. « Laisse tomber ! Votre histoire est banale à pleurer. Dans nos milieux, un quinquagénaire qui divorce, tu sais… »

Un jour cependant, pour la première fois, elle laisse déborder sa colère. « Je te méprise » et elle piétine ses cravates.  « Brusquement, il se jeta sur moi, je levai les bras pour me protéger, il m’attrapa les mains… Et ma bague de fiançailles tourna. A l’instant précis où il me saisit la main, la pierre verte se plaça entre les deux doigts. Il serra. Je poussai un hurlement ; il me regarda, hébété : ma main gauche enflait à vue d’œil ; il venait de me briser les doigts. »

A l’hôpital, une radiologue l’accueille mal : « J’en ai marre, moi, de voir arriver à l’hosto des femmes « tombées dans les escaliers » ! Il ne vous a pas cassé la main, ce con : il l’a broyée ! Mais vous supporterez tout, n’est-ce pas ? Pourquoi ? Pourquoi ? »

Peu à peu pourtant, difficilement, elle va changer : « Je n’ai pas été trompée par mon mari, je me suis trompée sur lui. » C’est un sadique, il lui a brisé la main ; un bigame dans l’âme ; un goujat, qui a osé recevoir sa maîtresse chez lui…

Et pourtant ! Quand l’avocate qu’elle consulte pour le divorce, lui conseille un divorce pour faute dont la première étape sera le constat d’adultère, elle est choquée.

Ce sera la guerre. « Guerre civile. Il y a la guerre entre moi et moi, le moi qui l’aime et le moi, qui le hait. »

Guerre aussi inévitable en cas de divorce non souhaité par un des deux. Partage du patrimoine, toutes les formalités à accomplir. Francis ne lui fera pas de cadeau… Très vite, elle abdique, refuse de se battre comme tout le monde le lui conseille.

Elle va retrouver la paix. « Je peux enfin faire du bien à quelqu’un qui va l’apprécier : moi-même. »

Elle va écrire mais elle le sait, elle ne pourra écrire que sur un couple, Laure et Francis… Vengeance ? Je dirais plutôt une délivrance.

Peu à peu, sa vie va changer. Elle s’installe à la campagne et peut dire : « Il sort mais je n’en meurs pas. »

La séparation, le divorce sont des sujets difficiles. Parfois cela se passe bien, mais souvent, très mal. Françoise a choisi de faire de Catherine quelqu’un qui souffre. Perte de son mari, de son identité. Une trahison pas acceptée. L’amour est toujours là, mais la haine vous submerge malgré vous.

Pourtant, le plus difficile dans une séparation vient souvent des enfants. Qui aura la garde ? Qui acceptera de ne pas faire peser sur eux une situation douloureuse dont ils sont les victimes non les responsables ?

Dans le cas de Catherine, les enfants sont grands. C’est plus simple. Mais elle accepte difficilement qu’ils voient leur père chez Laure.

Le roman est émouvant. Parfois j’ai eu l’impression que Catherine se complaisait dans le chagrin. Mais comment juger ?

Françoise Chandernagor écrit bien. Son livre, comme toujours, fourmille de citations littéraires. Un peu d’air dans un récit si triste.

Je dirai aussi combien le livre est réaliste. L’entourage croit bien faire. Que ce soit en disant du mal de Laure ou en critiquant ce qu’ils appellent l’incompréhensible attitude de Catherine.

Hélas ! les bonnes intentions peuvent parfois brûler plus que le silence.