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29/01/2014

ANDREI MAKINE.

andreï makine, une femme aimée, catherine II

 

Andreï Makine est né le 10 septembre 1957 en Sibérie. Il a passé son enfance dans un orphelinat ses parents ayant disparu, sans doute déportés sous Staline.  Il a aussi été élevé en français par sa grand-mère.

Devenu spécialiste de littérature française à l’Université de Moscou, il a vécu la fin du régime Brejnev. En 1987, il profite d’un séjour universitaire à Paris pour demander l’asile politique. Il obtiendra la nationalité française en 1996 après l’obtention du prix Goncourt pour « Le testament français ».

Il vit actuellement à Paris mais se tient autant que possible à l’écart de la vie littéraire.

Œuvre : « La fille d’un héros soviétique » « Requiem pour l’Est » « La musique d’une vie » « Le Livre des brèves amours éternelles »

(Billets du 3 septembre 2009 – 25 mars 2010 – 23 septembre 2011)

UNE FEMME AIMEE.

La femme que l’auteur aime est Catherine II. Il sait que bien des livres ont été consacrés à la « Grande Catherine » Il n’écrira pas un livre historique. Il utilise un procédé astucieux. Oleg Erdmann, cinéaste, voue une vraie passion à Catherine II. Il veut faire un film sur elle mais en cherchant surtout qui elle était vraiment.

Princesse allemande, elle est mariée à quatorze ans au futur Pierre III qui finira assassiné au moment où sa femme monte sur le trône à 34 ans. Catherine II est restée célèbre à la fois pour son amitié avec Diderot et Voltaire, pour sa longévité et le nombre impressionnant de ses amants.

On oublie souvent qu’elle fut une vraie réformiste, a créé des écoles d’où les enfants de serfs ressortaient libres, a nommé une femme à l’Académie de Russie. Si elle n’a pas aboli le servage, c’est que, disait-elle, « on m’aurait assassinée bien avant »

L’histoire de Catherine est mêlée à celle d’Oleg Erdmann. Jeune cinéaste soviétique, il a trente ans quand il essaie, en 1980, de faire approuver le scénario de son film par les bureaucrates soviétiques. Comme il a fait de la tsarine une monarque progressiste, il se débat avec la censure. La nuit, il travaille aux abattoirs de la ville.

Oleg veut réhabiliter Catherine. Mais, comme lui fait remarquer son amie Léa, il devra se baser sur ce qu’il a lu. D’ailleurs, il voulait tout savoir sur Catherine : son emploi du temps (quinze heures de travail journalier) sa façon très simple de se vêtir, ses goûts culinaires sobres, le tabac qu’elle prisait, son café fort. Il connaissait ses vues politiques, ses lectures, ses correspondants, son habitude matinale de se frotter le visage avec de la glace, sa passion pour le théâtre.

Le drame de Catherine n’est-il pas qu’elle n’a jamais été aimée pour elle-même ? Elle qui ne cherchait qu’à aimer « Le vrai mal de ma vie, c’est que mon cœur ne peut vivre un seul instant sans aimer… »

Le tournage du film apporte d’autres questions. Que dire de Potemkine ? Pour les uns, un tyran. Pas pour Oleg qui citera le prince de Ligne : « Potemkine est l’homme le plus extraordinaire que j’aie jamais vu… Paresseux et travaillant sans cesse.Triste dans ses plaisirs, malheureux à force d’être heureux, blasé sur tout, se dégoûtant aisément, morose, inconstant, philosophe profond, ministre habile, politique sublime… »

Quand le film sortira, Oleg sera humilié. Ni sur les affiches, ni même au générique, son nom ne sera mentionné.

Une quinzaine d’années plus tard, il réalisera une série télévisée sur le même sujet. Il n’y a plus de censeurs mais son producteur le force à tourner des scènes érotiques.

La censure d’état a été remplacée par le diktat de l’audimat…

Le livre a été encensé par la critique et s’est très vite installé dans les meilleures ventes.

Ce n’est pas seulement la vie de Catherine qu’on y retrouve mais l’histoire de la moitié du XVIIIe siècle. Dans la seconde partie, Oleg nous fera découvrir la nouvelle Russie, après la chute du mur de Berlin.

Voici ce que dit l’auteur de son livre :

« Pierre le Grand a été un modernisateur mais au prix d’une violence inouïe. Saint-Pétersbourg a été construite sur 100.000 cadavres. Contrairement à ce qu’on a dit par la suite, Catherine n’a jamais été un despote cruel. Presque tous ses amants l’ont quittée après avoir été couverts de cadeaux : elle ne s’est jamais vengée d’eux. De ce point de vue, elle était fascinante : même tsarine, c’était une grande amoureuse toujours déçue. »

Makine est aussi amoureux de Catherine que son personnage principal.

Une fresque historique mais sans doute aussi un roman d’amour.

 

Commentaires

J'ai trouvé que ce tournage de film offrait un biais intéressant pour aborder le personnage de la grande Catherine. Et aussi pour voyager de la Russie d'alors à la Russie contemporaine.

Écrit par : Tania | 01/02/2014

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