Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/01/2014

DIDIER REYNDERS SANS TABOU.

didier reynders sans tabou, francis van de woestyne, martin buxant

.

Didier Reynders s’est livré « sans tabou » à deux journalistes : Francis Van de Woestyne, rédacteur en chef de La Libre Belgique, Martin Buxant, journaliste politique et éditorialiste à L’Echo.

 Les deux journalistes retracent sa carrière. Né à Liège, le 6 août 1958, il a été président de la SNCB (1986), député en 1992, président du MR de 2004 à 2011, Ministre des Finances de 1999 à 2011 et est actuellement Ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes.

Les deux journalistes vont nous faire revivre une très longue page de notre histoire. C’est le grand intérêt du livre. Pour moi, des événements vécus mais oubliés.

J’ai été frappée par la clarté des explications de Didier Reynders, c’est un « professeur » qui parle. Bien sûr, il donne sa vision personnelle dans l’analyse qu’il fait des événements.

 Négociations ardues pour la formation des gouvernements, coups bas et parfois, reniement de la parole donnée. Pas simple, le milieu politique ! J’ajouterai aussi combien il est difficile de prendre des décisions difficiles, en urgence.

Didier Reynders est entré en politique à la suite de sa rencontre avec Jean Gol, dont il parle avec émotion. « Jean Gol, c’est à la fois le goût pour le débat politique, pour la prise de décision, pour la réflexion intellectuelle. Mais c’est aussi relation  - non paternelle car jamais mon père auprès de moi – une relation entre deux générations, avec quelqu’un qui prend un « gamin » sous son aile. »

C’est dans le deuxième gouvernement Martens-Gol, qu’arrive Guy Verhofstadt « tout jeune, déchaîné, voulant faire des économies partout. » Il est vrai que la situation budgétaire l’exigeait mais c’était mal accepté notamment par Jean-Luc Dehaene.

Guy Verhofstadt a bien changé dans les autres gouvernements dont il était Premier Ministre puis à l’Europe mais il a gardé, à mon avis, son caractère fougueux. Il sait ce qu’il veut et sait se battre. Dois-je rappeler sa popularité ? Didier Reynders insiste d’ailleurs sur son volontarisme.

Louis Michel a beaucoup compté. Didier Reynders dément ce qui est souvent dit sur la mésentente qui existerait entre les deux hommes. Il reprend les propos de Louis Michel « Il n’y a pas entre nous l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. »

Par contre, quelqu’un qu’il n’aime vraiment pas, c’est Gérard Deprez. Je me souviens bien du groupe « Renaissance » dans lequel Gérard Deprez a joué un rôle décisif, à côté, il est vrai, des Michel.

Les journalistes lui demandent comment humainement il a vécu cette période. « L’ambiance était parfois difficile à supporter. Je me souviens d’une réunion du bureau du parti où nous attendions que les membres du groupe « Renaissance » arrivent ensemble de l’hôtel du même nom face aux face aux caméras installés sur le trottoir. » Pire encore « Je pouvais comprendre les critiques contre mon cumul (…) je percevais aussi des ambitions personnelles, souvent légitimes. Mais, un moment donné, il m’est devenu insupportable de me lever le matin en me demandant ce que j’allais encore trouver dans la presse. Des commentaires désobligeants étaient distillés souvent par les mêmes voix off, parfois de manière ouverte. »

Didier Reynders n’est pas tendre non plus sur la participation d’Ecolo au gouvernement. « Les verts venaient tous aux réunions avec de gros Nokia et étaient en contact permanent avec leur parti et la presse. (…) On avait l’impression que leur silence lors des Conseils des ministres n’avait d’égal que leur manière de faire valoir leur point de vue à l’extérieur. Ils devaient probablement se justifier sans arrêt en interne sur ce qu’ils faisaient au gouvernement » (Gentil comme explication mais actuellement certains représentants Ecolo, dans l’opposition, sont pour moi « imbuvables ». Et que dirais-je de Nollet et de ses déclarations fracassantes !)

Sujet attendu : les intérêts notionnels. Pendant la campagne électorale du deuxième gouvernement Verhofstadt, ils avaient promis une réduction de l’impôt des sociétés à moins de 30 % d’où l’invention des intérêts notionnels par des experts comme Bruno Colmant. Mesure souvent critiquée encore actuellement par la FGTB mais c’est oublier qu’ils restent un incitant à destination des investiteurs notamment à l’étranger.

« Une orange bleue au goûtt amer » La campagne électorale s’est déroulée dans un climat pesant. Pourquoi ont-elles échoué ? « Personnellement, comme beaucoup d’autres libéraux, j’ai vu une véritable obstruction du cdH surtout au début des discussions. Ensuite, l’incapacité de la N-VA à s’engager a pris le relais et le comportement de chacun des acteurs a joué dans ce qui devenait un feuilleton à épisodes multiples, avec entrées et sorties de Val Duchesse et de bien d’autres endroits. »

Un autre sujet est abordé longuement dans le livre : la crise bancaire. Je renvoie le lecteur à l’ouvrage  car c’est vraiment trop long à expliquer.

Après les élections de 2010 les socialistes et la N-VA ouvrent ensemble les négociations. Personne n’a oublié les accusations faites à Didier Reynders d’avoir eu des contacts avec la N-VA. Il a souvent rappelé que les présidents francophones étaient en contact permanent avec la N-VA. « Ils prenaient leurs petits déjeuners, déjeuners, goûters, dîners et même passaient des nuits avec Bart De Wever. » Elio Di Rupo a finalement formé un gouvernement avec les libéraux qui, dit Didier Reynders, a fait du bon travail.

J’en viens à l’avenir de la Belgique. «  Bruxelles est probablement le lien le plus fort entre les différentes régions et communautés » Je partage depuis longtemps l’idée qu’il devrait y avoir quatre entités : la Flandre, la Wallonie, Bruxelles et la Communauté germanophone. On y viendra peut-être !

Un petit mot sur la monarchie : éloge d’Albert II et espoir en Philippe.

Une question plus personnelle posée par les journalistes : « Vous arrive-t-il de mentir ? » « J’ai toujours eu pour règle de dire la vérité mais de ne pas tout dire. » Règle d’or.

J’ai beaucoup aimé le livre. Je l’ai acheté parce que j’ai beaucoup d’estime pour Francis Van de Woestyne. Il ne m’a pas déçu. Je rends hommage aux journalistes. Ils ont abordé tous les sujets mais les questions difficiles ont toujours été posées avec délicatesse.

A la fin du livre, un questionnaire à la Proust. Intéressant. Un autre sur « Ce que je pense d’eux ». Quelques surprises que je réserve aux lecteurs.

Voilà. Ce n’a pas été simple pour moi d’écrire ce billet. Je ne cache pas que j’apprécie Didier Reynders pour son intelligence, sa sincérité, ses convictions libérales qu’il défend bien mais sans aucune animosité.

Arrogant, Didier ? Alors là, mille fois non.

Les commentaires sont fermés.