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17/12/2013

FRANCOISE GIROUD.

laure adler, françoise giroud

Laure Adler, née le 11 mars 1950, est une historienne, écrivain et journaliste.

Titulaire d’une maîtrise de philosophie et d’un doctorat en histoire, elle a commencé sa carrière à France Culture en 1974, en tant que journaliste. En 1990, elle a été chargée de mission à l’Elysée pour la culture, avant de devenir en 1992,  directrice des documentaires et des émissions culturelles sur France 2 et conseillère à la présidence de France Télévision.

De 1999 à 2005, elle dirige France Culture. Elle travaille également avec les éditions Payot, Denoël et Plon. En 1997, elle entre chez Grasset en tant que responsable des essais et documents.

Elle a beaucoup écrit. Je citerai « A l’aube du féminisme : les premières journalistes » « Les femmes politiques » « Marguerite Duras » « Dans les pas d’Hannah Arendt » « Les femmes qui lisent sont dangereuses » « Les femmes qui écrivent vivent dangereusement ».

Elle a reçu le Prix Fémina de l’essai pour sa biographie de Marguerite Duras.

Vient de paraître une biographie de Françoise Giroud intitulée simplement « Françoise ».

FRANCOISE.

D’emblée, elle avoue qu’elle aime beaucoup Françoise Giroud qu’elle considère comme « une figure tutélaire ». Elle a beaucoup interviewée lors de la parution de ses livres. Françoise l’a aidée lors de son enquête sur les femmes et la politique.

Grâce à des archives et des entretiens, elle a tenté de restituer le destin d’une femme qu’elle juge exceptionnelle. Son livre se veut aussi un livre de reconnaissance car Françoise Giroud a donné à sa génération la possibilité de croire que les femmes pouvaient aussi entrer dans un univers masculin et volontiers machiste, du journalisme.

Elle avoue qu’elle s’est posé beaucoup de questions sur le rapport qu’avait Françoise Giroud à la vérité.

Secret sur sa naissance. Françoise prétendait qu’elle n’avait jamais obtenu de Genève où elle disait être née, son certificat de naissance. En réalité, elle est née à Lausanne.

Lea France Gourdji est la fille de Salid Gourdji, né à Constantinople et mort à Paris en 1927 de la syphilis. Françoise dira toujours qu’il était mort de la tuberculose. Pieux mensonge peut-être, la syphilis étant à l’époque considérée comme une maladie honteuse. Françoise avait onze ans, sa sœur Djénane, dix-sept.

Alors qu’elle rêvait d’être médecin, pour aider sa famille, elle quitte l’école, emprunte 500 francs pour s’inscrire à l’école Remington et en sort dactylo.

Marc Allégret, ami de sa famille, la rencontre dans un magasin où elle est vendeuse et lui demande ce qu’elle fait là, à perdre son temps. Il lui propose de travailler pour lui ce qu’elle accepte évidemment. Elle deviendra donc scripte, ce sera son premier contact avec le cinéma.

Françoise dira qu’elle était amoureuse de Marc Allégret depuis l’âge de neuf ans, qu’elle l’avait aimée pendant des années. Amour sans retour, une première découverte de la jalousie.

C’est en 1964 qu’un décret officialise son pseudonyme de Giroud.

Pendant la guerre, elle obtient du Comité d’organisation de l’industrie cinématographique, dirigé par les autorités allemandes, le papier suivant : « La demandeuse Françoise Giroud, demeurant au 27rue Dumont-d’Urville, scénariste d’origine catholique, déclare sous la foi du serment être de race aryenne. »

On peut comprendre cette démarche. Ce qui est plus troublant c’est qu’elle a toujours nié être juive. Alors qu’elle attend un enfant de Nahmias, un juif pratiquant, d’origine turque, elle ne pourra pas l’épouser parce qu’elle affirme ne pas être juive. Elle essaiera de se faire avorter mais accouchera d’un fils, Alain, qu’elle confiera à sa mère. Elle se culpabilisera et se persuadera que la disparition tragique de son fils, en montagne, était une conséquence de cette maternité non désirée.

Beaucoup plus tard, lorsque son petit fils, qui désire être rabbin lui demande si elle est juive, elle le niera pendant trois ans avant de lui avouer la vérité.

Laure Adler retrace toute la vie de Françoise Giroud. Elle est connue. Je ne reprendrai donc qu’une petite partie.

Hélène Gordon-Lazareff, revenant des Etats-Unis, décide de créer un nouveau magazine différent de ceux qui existaient. Elle le fera avec Françoise. Ce sera Elle un journal féministe. Françoise encourage les femmes à travailler pour gagner leur indépendance, défend le droit d’avoir des enfants sans nécessairement se marier, les incite à s’intéresser à la politique quitte à avoir d’autres idées que leur mari. C’est en 1945 que les Françaises ont pu voter pour la première fois.

Françoise se mariera pourtant avec un Russe dont elle aura un enfant, Caroline, une fille très désirée. Ce sera la dernière car alors qu’elle était enceinte de son amant, le grand amour de sa vie, Jean-Jacques Servan-Schreiber, elle perdra l’enfant.

C’est avec JJSS qu’elle a fondé l’Express en 1953. L’objectif est de donner aux lecteurs les moyens de comprendre leur époque et de se forger leur propre opinion. Il se distingue par sa combativité.

Le journal soutiendra Pierre Mendès France, dénoncera la torture pratiquée pendant la guerre d’Algérie. « Dans un accès de colère ou de douleur, on peut tuer. On ne torture pas. La torture est une opération qui mine à froid et qui conduit celui qui la pratique à la plus haute jouissance. Elle s’accompagne, presque toujours, d’injures immondes, car elle est obscène comme le désir qu’elle déclenche. Aux consciences inquiètes qui seraient tentées de répondre « Je suis contre la torture en général mais.. », il faut dire, parce que c’est vrai, il n’y a pas de mais. »

Laure Adler a rencontré plusieurs collaborateurs de l’Express. Ils sont tous élogieux louant le travail de Françoise, sa rigueur, son souci de concision. Je ne peux les citer tous mais Laure Adler consacre un chapitre à Mauriac et son « Bloc-notes » très apprécié.

Elle va créer plusieurs chroniques dont une qui l’intéressera particulièrement sur le cinéma. Elle savait être féroce mais ne suivait que son instinct. Elle a créé l’expression « nouvelle vague ».

L’ Express au féminin sera dirigé par Christiane Collange.

Comme on le sait, JJSS est resté marié avec Madeleine Chapsal, qui travaillait aussi au journal. Elle a publié un livre, pas très tendre pour Françoise « L’homme de ma vie ».

JJSS va rencontrer Sabine. Il divorcera pour l’épouser et avoir l’enfant que Françoise ne pouvait pas lui donner. Des lettres anonymes sont adressées aux époux. Françoise niera les avoir écrites. JJSS va pourtant la renvoyer comme une simple employée. Elle fera une tentative de suicide aux barbituriques. Elle reviendra au journal comme si rien ne s’était passé. « Sans mot dire – Comme une reine. » Plus tard, elle fera une analyse avec Jacques Lacan.

Laure Adler cite les ouvrages de Françoise Giroud qu’elle analyse en faisant remarquer qu’elle n’a pas toujours dit la vérité. Peut-on reprocher à un écrivain de ne pas tout dire ou même de « falsifier » un peu les faits ?

J’ai beaucoup aimé ses livres. « Nouveaux portraits » « Si je mens » « Le Bon Plaisir » « Leçons particulières » « Le Journal d’une Parisienne » « Arthur ou le bonheur de vivre » « La Comédie du Pouvoir » « On ne peut pas être heureux tout le temps »

Françoise Giroud a aussi été Secrétaire d’Etat chargée de la Condition féminine sous Giscard d’Estaing. En 1979, elle rejoindra BHL, Marek Halter, Jacques Attali et Marek Halter dans leur action internationale contre la faim dans le monde. Elle en deviendra la présidente.

A la fin de sa vie, elle rencontrera Alex avec qui selon Michèle Cotta, elle trouvera une vie heureuse et équilibrée.

Elle décèdera le 19 janvier 2003, après une mauvaise chute en sortant de l’opéra. Elle avait 86 ans.

Laure Adler termine son livre en citant une phrase de Françoise : « Si la mort me saisit cette nuit, je dirai : « Merci la vie. »

 

Commentaires

J'aimais lire ses articles dans L'Express, j'admirais son esprit d'indépendance, sans savoir grand-chose de sa vie privée. Elle a été un modèle pour beaucoup de femmes. Et ce regard, vif, intelligent !

Écrit par : Tania | 28/12/2013

Merci, Tania. J'ai découvert beaucoup de choses mais elle reste bien une femme exceptionnelle.

Écrit par : mado | 29/12/2013

Les commentaires sont fermés.