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10/12/2013

ALAIN FINKIELKRAUT.

alain finkielkraut, L'identité malheureuse

Alain Finkielkraut, né en 1949, est un essayiste français, juif, d’origine polonaise. Il a fait l’ENA, a enseigné et beaucoup écrit. Son œuvre a souvent suscité des polémiques.

« Au nom de l’Autre » « Un cœur intelligent » « Et si l’amour durait » « La défaite de la pensée » 

(Billets du 9 décembre 2009 – 1 décembre 2011 – 27 mars 2012)

L’IDENTITE MALHEUREUSE.

L’Avant-propos est titré « Le changement n’est plus ce qu’il était » La France actuelle n’est plus la France de son enfance et de sa vie d’adulte. En mai 1968, il préparait studieusement son concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure, dans un village de Sologne, lorsqu’il a appris, par la radio ce qui se passait à Paris. « Je n’ai pas voulu, je n’ai pas pu rester en plan et continuer de faire tapisserie dans un hôtel coquet et tranquille à la campagne. »

Il rejoint Paris et participe largement au mouvement : rédaction d’affiches, assemblées générales. Il se dit ensorcelé par le slogan « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Les jeunes camarades sont devenus citoyens. Cette expérience le conduira à soutenir François Mitterand, lors de l’élection du 10 mai 1981, « l’espoir de changer la vie. ». Le slogan est resté lettre morte.

Il va se passer beaucoup de choses dans les années qui suivent comme la chute du mur de Berlin, la destruction des tours jumelles de Manhattan, l’essor prodigieux de la technique. Pour Alain Finkielkraut, un nouveau type humain fait son apparition : « le bobo ». « Comme son nom l’indique, celui-ci n’est pas né de rien, mais du croisement entre l’aspiration bourgeoise à une vie confortable et l’abandon bohème des exigences du devoir pour les élans du désir, de la durée pour l’intensité, des tenues et des postures rigides, enfin, pour une décontraction ostentatoire. Le bobo veut jouer sur les deux tableaux : être pleinement adulte et prolonger son adolescence à n’en plus finir. »

Le monde a changé mais constate Alain Finkielkraut, avec un peu de nostalgie, « Le grand changement n’est plus à l’ordre du jour. »

Dans son livre, il va traiter  plusieurs sujets, avec rigueur, en s’appuyant sur l’histoire et sur des faits de la vie d’aujourd’hui, en citant abondamment des philosophes comme Pascal ou des contemporains comme Elisabeth Badinter, des livres, des films.

Un chapitre est consacré à la laïcité et, sans surprise, l’auteur rappellera le long combat qui aboutira finalement à un vote au parlement. « Le 15 mars 2004, le parlement français votait une loi interdisant les signes dont le port conduit immédiatement à faire reconnaître son appartenance religieuse, tels que le voile islamique, la kippa, la croix de dimension manifestement excessive. »

Je ne reprendrai pas les arguments, largement connus de ceux qui ont applaudi l’interdiction au nom de la dignité de la femme, des valeurs de la république, de la séparation du privé et du public. Le port du voile ou de la burqua est toujours un sujet de polémique, certains musulmans y voyant une atteinte à l’islam. Il faut tout de même constater que les demandes du respect de l’islam ont été de plus en plus nombreuses. Demande de nourriture halal dans les cantines scolaires, de piscines séparées pour les filles et les garçons et même de bannir des calendriers scolaires les fêtes chrétiennes ! (C’est fait en partie chez nous où les vacances scolaires ont été rebaptisées à la demande des mouvements qui défendent la laïcité.)

L’immigration reste un sujet sensible. Elle est bien différente de ce qu’elle a été dans les années précédentes. « Quand ils voient se multiplier les conversions à l’islam, ils se demandent où ils habitent. Ils n’ont pas bougé, mais tout a changé autour d’eux. Ont-ils peur de l’étranger ? Se ferment-ils à l’Autre ? Non, ils se sentent étrangers sur leur propre sol. Ils incarnaient la norme, ils se retrouvent à la marge. Ils étaient la majorité dans un environnement familier ; les voici minoritaires dans un espace dont ils ont perdu la maîtrise ». Bien sûr, il ne faut pas généraliser mais on peut comprendre la remarque faite par un Français qui ne reconnaît plus son quartier.

Alain Finkielkraut insiste « Notre héritage qui ne fait certes pas de nous des êtres supérieurs mérite d’être préservé et entretenu. » Il cite ces sages propos d’Emmanuel Levinas : « La France est une nation à laquelle on peut s’attacher par le cœur aussi fortement que par les racines. »

Dans le chapitre intitulé « La guerre des respects » l’auteur revient sur l’école dont il a déjà beaucoup parlé dans d’autres livres. Il met cette fois le « vivre ensemble » en relation avec le respect. Fini le « c’est moi qui sais » du professeur. Les jeunes ne sont plus considérés comme des êtres en devenir mais comme des sujets souverains. Il faut, par respect pour eux, faire une place sans cesse croissante à leurs exigences.

L’auteur cite des témoignages qui montrent clairement les dérives engendrées par cette conception.

Un prof qui dit à un adolescent virulent « Calme-toi » s’entend répondre « Tu me tutoies pas, tu me respectes. » Un autre s’avance vers le prof, sa copie à la main et dit « C’est quoi cette vieille note que vous m’avez mise ? » Une mauvaise note prise pour un manque de respect !

Lors d’un cours de sensibilisation à la violence, un professeur montre une photo d’un groupe d’adolescents en train de rouer de coups de poing et de pied un plus petit qu’eux. Réaction : « S’ils se mettent à plusieurs pour le frapper, c’est sûrement qu’il l’avait bien cherché ! – Comment ça, « bien cherché » - Ben ouais, il a dû leur manquer de respect, et c’est pour ça qu’ils le tapent, sinon pourquoi ils le feraient ? »

Tous les adolescents n’ont heureusement pas perdu le respect de l’école mais il faut bien l’avouer le manque de respect est partout : policiers, chauffeurs de bus, personnes âgées etc.

Beaucoup reprochent à Alain Finkielkraut son pessimisme. Mais, il faut bien admettre qu’en lisant son livre dans lequel, comme le ferait un historien, il montre l’évolution de la société, on s’interroge sur ce qu’elle est devenue.

Les progrès techniques ne sont pas tout. Vivons-nous vraiment mieux ?

 

Commentaires

« Notre héritage qui ne fait certes pas de nous des êtres supérieurs mérite d’être préservé et entretenu. » J'aime bien cette phrase que vous avez reprise, c'est la base de toute transmission, que ce soit en famille ou à l'école.
Il y aurait beaucoup à dire sur le respect qui s'établit dans l'échange, qui s'exprime par des mots, des gestes, une attitude, de part et d'autre. La banalisation de la violence dans les jeux vidéos, dans le sport, à la télé* a terriblement altéré chez certains la manière d'entrer en contact avec l'autre, faute de modèles positifs.
*J'ai vu avec stupéfaction que l'avertissement pour le film "Millenium" diffusé récemment n'était interdit qu'aux moins de douze ans : quels adultes décident de cela ? C'est irresponsable étant donné la violence de certaines scènes.

Écrit par : Tania | 11/12/2013

C'est vrai que le non-respect et la violence sont de plus en plus présents dans notre société.
Je n'ai pas vu la bande annonce dont tu parles. Normalement c'est le CSA qui décide par qui le filma doit être vu. Je ne sais pas si le nom est le même en Belgique.

Écrit par : mado | 12/12/2013

Femme du peuple, j'ai travaillé 45 ans comme employée en élevant seule mes quatre enfants. Je suis en accord parfait avec le livre de Finkielkraut? La suffisance des "élites" et de la sphère médiatico-politique, bien payés, habitant dans les beaux quartiers, mettant leurs enfants dans de bonnes écoles est insupportable car ils ne sont pas en mesure de comprendre les problèmes du peuple !Comment les femmes qui se sont battues pour obtenir leur égalité avec les hommes peuvent-elles accepter que des femmes se sentent obligées de cacher leurs cheveux pour ne pas exacerber la libido des hommes ? Comment peuvent-elles accepter qu'une religion sur notre sol, considère toujours la femme en être inférieure !

Écrit par : Tomasiak | 27/01/2014

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