Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

15/11/2013

FRANCOISE CHANDERNAGOR.

françoise chandernagor,les enfants d'alexandrie,cléopâtre,marc antoine,séléné

Françoise Chandernagor est née le 19 juin 1945 à Falaiseau (Esssonne). Elle est issue d’une famille de maçons creusois alliés aux descendants d’un esclave indien. Elle est la fille de d’André Chandernagor, ministre socialiste. Elle est mère de trois enfants.

Après le diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris et une maîtrise de droit public, elle entre à vingt et un ans à l’Ecole nationale d’administration (ENA) d’où elle sort deux ans plus tard major de sa promotion. Elle est alors la première femme à obtenir ce grade.

Elle devient membre du Conseil d’Etat en 1969, où elle exerce notamment la fonction de Rapporteur Général. Elle a rédigé le rapport annuel du Conseil d’Etat sur l’insécurité juridique.

En 1993, elle abandonne sa carrière de fonctionnaire pour se consacrer entièrement à l’écriture. Appartenir à la haute administration lui avait permis de côtoyer le monde politique et de l’en dégoûter à jamais !

 Son premier roman « L’Allée du Roi », publié en 1981 est un très grand succès. Il a été adapté à la télévision, au théâtre et traduit dans le monde entier.

En 1995, c’est à la demande d’Hervé Bazin qu’elle accepte d’être élue à l’Académie Goncourt. Elle dira que si elle avait su le travail que cela représentait, elle n’aurait peut-être pas accepté. Elle lit énormément, milite pour l’indépendance du jury et est favorable au vote secret afin d’éviter certaines dérives médiatiques.

Extraits de son oeuvre : « La Sans Pareille » « L’Enfant aux loups » « L’Enfant des Lumières » « La première épouse » « Maintenon » « La Chambre » « La Voyageuse de nuit »

LES ENFANTS D’ALEXANDRIE.

Ce livre est le premier d’une trilogie consacrée à Séléné, fille de Marc Antoine et de Cléopâtre, acharnée à défendre la mémoire de sa lignée et à venger ses frères, « la reine oubliée »

Cléopâtre est née à Alexandrie en 69 av JC. Elle devient reine d’Egypte à la mort de son père Ptolémée XII et partage le pouvoir avec son frère qui intrigue pour l’évincer du trône. Grâce à César avec qui elle a une longue liaison et un enfant, Césarion, elle retrouve son trône. A sa mort, elle s’éprend de Marc Antoine avec qui elle aura trois enfants ; des jumeaux, Hélios, blond comme le soleil et Séléné, un dernier souffreteux, Ptolémée.

Les liens entre les deux royaumes se resserrent ce qui attise la colère d’Octave (futur empereur romain Auguste). Celui-ci déclare la guerre à Cléopâtre qui est vaincue à la suite de la bataille d’Actium. Son royaume tombé aux mains des Romains, Marc Antoine mort, la reine se suicide.

De cette histoire connue, Françoise Chandernagor va faire un roman. Elle fera un portrait fouillé des personnages, décrira les lieux, les coutumes. La description qu’elle fait d’Alexandrie, la plus grande ville du monde, plus peuplée que Rome et Athènes, est brillante.

Roman mais surtout un travail d’historien. « Est-ce à dire que j’invente ? Oui. Que je viole l’histoire ? Non. Je la respecte. Religieusement. Dès que l’Histoire parle, je me tais. Mais quand elle est muette ?(…)J’occupe les vides, je me faufile dans les interstices. Je lui demande de me faire une petite place… »

Elle va s’expliquer longuement dans une vingtaine de pages à la fin du volume. « C’est une folie, sans doute, que d’espérer recréer le monde antique par des images ou par des mots » »Avouons-le : le monde antique se laisse approcher, il ne se laisse pas transposer…Au moins ne me suis-je pas donné pour but de l’éloigner »

Elle s’expliquera sur tout : les noms des pays, les noms des personnages, vrais ou inventés comme Diotélès, le pédagogue pygmée de Séléné.

Ce qui a surpris les critiques, c’est le langage des personnages. « Voilà pourquoi dans ce livre, Antoine, Cléopâtre ou Tibère, faute de pouvoir discourir en latin ou en grec, ne parleront pas non plus en « Corneille aplati » ni en « basic Racine. Ils parleront en chair humaine (…) J’ai souhaité que les enfants s’expriment ici comme des enfants, les politiques comme les politiques et les soldats comme des soldats. J’ai même parfois restitué à la langue une crudité qui était de mise en ce temps-là, mais que nos maîtres ont pudiquement dissimulée à leurs élèves. »    

Elle ne s’attardera pas non plus à l’apparence physique des personnages pour ne rien déformer et ne pas sacrifier aux légendes…

Un bel exemple est le suicide de Cléopâtre. « Ouvrant la porte, les hommes trouvèrent Cléopâtre en robe de parade, couchée à plat sur un lit d’or, l’une des suivantes mortes à ses pieds, tandis que l’autre chancelante, tentait de nouer un diadème blanc, dans les cheveux de sa maîtresse immobile. »

Sur la cause de la mort, Plutarque formule deux hypothèses : le poison contenu dans les épingles creuses ou la morsure d’aspic. Il conclut « Personne ne sait la vérité. » Octave qui dut fournir une version officielle, choisit la vipère mais, vingt siècles après, qu’en savons-nous, dit l’auteur.

Séléné est le personnage principal du livre. L’auteur la décrit enfant : anxieuse, fragile, jouant avec des figurines. Atteinte d’une conjonctivite, c’est le pygmée Diotélès qui parvient à la guérir et devient son précepteur.

Séléné apparaît par petites touches dans le roman mais Cléopâtre et Marc Antoine sont beaucoup plus présents. Le livre se termine par une phrase qui annonce sans doute le bouquin suivant : « C’est la loi de la guerre, Séléné, l’enfant d’hier n’existe plus. »

Beaucoup d’auteurs de romans historiques prennent souvent des libertés avec l’histoire. Françoise de Chandernagor ne l’a pas fait. Même si elle restitue bien les coutumes ou traditions de l’époque, par exemple les repas, son roman est, d’après moi, plus un livre d’histoire qu’un roman. Cela rend la lecture plus ardue. La mythologie est très présente. Le style de l’auteur est impeccable. Son érudition extraordinaire.

Un livre intéressant qui ne manque pas de souffle mais est très différent des livres historiques habituels.

Les commentaires sont fermés.