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31/10/2013

JONATHAN FRANZEN.

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Jonathan Franzen est né dans l’Illinois en 1959. Il passe son enfance dans une banlieue de Saint Louis dans le Missouri. Après des études universitaires, il renonce à une carrière scientifique pour se consacrer à la littérature.

Romans : « La vingt-septième ville » « Les Corrections » « Freedom ».

LE CERVEAU DE MON PÈRE.

Trois nouvelles sont réunies dans un petit livre d’une centaine de pages : Le cerveau de mon père – Meet me in St. Louis – Un livre au lit.

La première nouvelle s’ouvre sur un souvenir. En février 1996, il a reçu le rapport d’autopsie du cerveau de son père. Un cadeau fait par l’université de Washington dans laquelle son père avait participé à une étude sur le vieillissement.

L’auteur va raconter la maladie de son père, l’Alzheimer en y mêlant des propos scientifiques sur le cerveau. « L’une des grandes vertus adaptatives de notre cerveau, le trait qui rend notre matière grise tellement plus futée que n’importe quelle  machine inventée à ce jour est notre capacité à oublier à peu près tout ce qui nous est arrivé. »

L’auteur va pourtant raconter en détail la maladie de son père, « une maladie à début insidieux ».

Jonathan Franzen vit loin de ses parents et c’est par des lettres de sa mère qu’il apprend l’état de son père. Au début, il ne pense pas à la maladie. Sa mère se plaint de son père mais il se dit qu’elle a toujours fait. Ses parents étaient restés ensemble pour le bien des enfants mais n’étaient pas heureux. Sa mère avait été hospitalisée plusieurs fois alors que son père jouissait d’une santé excellente.

Sa mère lui écrit son inquiétude mentionnant des faits qui pourraient passer comme anodins, laisser les portières de la voiture ouvertes ou les phares allumés. Elle n’ose plus le laisser seul, vérifie tout ce qu’il fait, mais son mari considère son aide comme une intrusion : « Ne te mêle pas de mes affaires. »

Comme sa mère doit être hospitalisé, il va habiter chez son père et le souvenir qu’il garde de ce mois passé chez lui est que son père allait bien. « Aveuglement ? Oui, dans une certaine mesure. Mais l’un des traits fondamentaux de l’esprit est sa propension à construire des touts à partir de fragments. »

Six mois plus tard, il apprend avec étonnement que son père a accepté de voir un psychiatre et dit à son fils : « Il est extrêmement capable mais je crains qu’il ne me considère comme perdu. » « L’idée que quelqu’un tienne mon père pour perdu était plus que je ne pouvais supporter. »

Il écrit au psychiatre n’acceptant toujours pas que son père puisse souffrir d’Alzheimer. Quinze ans plus tôt, quand le terme maladie d’Alzheimer s’était répandu, il avait considéré que c’était « une médicalisation de l’expérience humaine » et craignait que la mode fasse qu’on l’applique à n’importe quel dérangement mental ordinaire.

On comprend combien il est réticent à admettre que son père puisse souffrir de cette maladie. Pourtant, vu l’aggravation, il devra bien l’admettre et décidera enfin ! d’aider sa mère.

Son père sera hospitalisé et sa mère et lui se relaieront auprès de lui jusqu’à sa mort.

Il aura cet aveu : « L’une des histoires que j’en suis venu à raconter ainsi, tandis que j’essayais de pardonner mon long aveuglement devant sa maladie, est qu’il faisait tout son possible pour cacher cette maladie et que, pendant un temps remarquablement long, il avait gardé la force de caractère d’y parvenir. »

La deuxième nouvelle est un récit de la promotion qu’il fait pour un de ses livres. Il doit aussi accepter un reportage filmé à Saint Louis, lieu de son enfance mais aussi la ville que ses parents n’ont jamais quittée.

Alors que dans la première nouvelle, il parle surtout de la négation de la maladie de son père, le tournage va être un cauchemar. La maison de son enfance a été vendue mais il refuse obstinément de la revoir ou d’être filmé devant.

Comme le journaliste essaie qu’il partage ses sentiments sur ce qu’est devenue la ville, il refuse. « Mon sentiment sur les gens qui y vivent maintenant est que ce ne sont pas ceux qui y vivaient autrefois, et que je les hais pour cela. Mon sentiment est que je crèverais de rage si je devais vivre dans cette rue où je vivais autrefais heureux. Mon souvenir est que cette rue, le souvenir que j’en garde, est à moi… »

Comme le journaliste lui demande de poser devant l’arbre où ont été dispersées les cendres de son père, il accepte mais le journaliste n’est pas dupe : « Vous pensez à votre père. »

Des années plus tard, le tournage va engendrer une émotion qu’il avait un peu refoulée  lors de la maladie de son père, tant sa dénégation était forte : « Mon père est mort et, moi aussi, je me sens mort. »

Un livre émouvant même si certains lecteurs seront gênés par toutes les explications scientifiques. Un livre pudique, l’auteur ne s’étend pas sur les ravages de la maladie. Et la seconde nouvelle montre à quel point il a lui-même été ravagé même s’il ne le dit pas.

Commentaires

"Les corrections" m'ont laissé une forte impression, le seul roman de lui que j'aie lu. La trame familiale, déjà, et le déclin de l'âge. Comment écrire sur ces sujets intimes et douloureux? J'imagine l'émotion palpable derrière la volonté d'objectivité.

Écrit par : Tania | 01/11/2013

Merci Tania. J'ai aussi lu "Les corrections" et "Freedom" mais je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, je n'en ai pas parlé.

Écrit par : mado | 01/11/2013

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