Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

22/10/2013

ANDRE COMTE-SPONVILLE.

andré comte-sponville, l'esprit de l'athéisme, introduction à une spiritualité sans Dieu

André Comte-Sponville, philosophe très connu et très médiatisé, est né le 12 mars 1952, à Paris.

Il vient de rééditer son « Dictionnaire philosophique ».

(Billets 13 août 2009 – 20 octobre 2010 – 15 mai 2013 – 23 septembre 2013)

L’ESPRIT DE L’ATHEISME.

Le livre est sous-titré « Introduction à une spiritualité sans Dieu. »

Le titre étonne, pourquoi rapprocher l’athéisme de la spiritualité ? Autrement dit, l’athée a-t-il besoin de spiritualité ? Pour l’auteur, la réponse est oui et il va s’efforcer de le démontrer.

La première partie du livre, très longue, est un questionnement : peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ?

D’emblée l’auteur rappelle qu’il a été élevé dans le christianisme et qu’il doit à cette religion une part essentielle de ce qu’il est. « … Il m’arrive de me définir comme athée fidèle : athée puisque je ne crois en aucun Dieu ni en aucune puissance surnaturelle ; mais fidèle, parce que je me reconnais dans une certaine histoire, une certaine tradition, une certaine communauté, et spécialement dans ces valeurs judéo-chrétiennes (ou gréco-judéo-chrétiennes) qui sont les nôtres. »

J’ai envie de dire que c’est le cas de beaucoup d’athées qui ont cessé de croire en Dieu mais n’ont pas renié les valeurs évangéliques qui sont, pour moi, bien proches des valeurs universelles des droits de l’homme.

Je trouve important de le dire car, malheureusement, même si c’est de moins en moins le cas, les croyants ont tendance à croire que seule la religion permet d’être « un honnête homme » ce qui, bien sûr, est faux. J’aime bien la phrase de Pierre Bayle, philosophe français du 17e siècle : « Un athée peut être vertueux, aussi sûrement qu’un croyant peut ne pas l’être. »

Cette première partie est presque un éloge de la religion avec tout de même un rappel de ce qu’elle est parfois : « La barbarie des fanatiques a une autre allure. Ils ne manquent pas de foi, bien au contraire ! Ils sont pleins de certitudes, d’enthousiasme, de dogmatisme : ils prennent leur foi pour un savoir. Ils sont prêts, pour elle, à mourir et à tuer. »

Dieu existe-t-il ? L’auteur va exposer très longuement les six arguments qui l’ont amené à ne pas croire en Dieu. Le lecteur y trouvera des classiques comme le problème du mal, ce qu’est vraiment Dieu : créateur, tout-puissant ou indifférent ? Un Dieu inventé par les hommes ? L’homme créé à son image ?

Pour moi, l’argument le plus probant est que l’existence de Dieu est impossible à prouver. Croire est une question de foi.

Dans son long raisonnement, l’auteur rappelle une notion souvent méconnue, la différence entre un athée et un agnostique : « L’agnostique et l’athée ont en effet en commun – c’est pourquoi on les confond souvent – de ne pas croire en Dieu. Mais l’athée va plus loin : il croit que Dieu n’existe pas. L’agnostique, lui, ne croit rien : ni que Dieu existe, ni qu’il n’existe pas. C’est comme un athéisme par défaut. Il ne nie pas l’existence de Dieu (comme fait l’athée) ; il laisse la question en suspens. »

La seconde partie du livre est censée répondre à la question : quelle spiritualité pour les athées ?

Je l’ai trouvée confuse, très peu rationnelle. « Qu’est-ce que la spiritualité ? C’est notre rapport fini à l’infini ou à l’immensité, notre expérience temporelle de l’éternité, notre accès relatif à l’absolu. » Ou encore : « C’est en quoi l’expérience de la nature, dans son immensité, est une expérience spirituelle – parce qu’elle aide l’esprit à se libérer, au moins en partie, de la petite prison du moi. »

L’auteur va raconter « son expérience mystique ». Elle est difficile à relater sans la trahir.  Lors d’une promenade en forêt, la nuit, il va se sentir en communion avec l’univers et ressentir une grande paix, un vrai bonheur.

De cette expérience, l’auteur tire une conclusion qui est loin de me convaincre : « Loin d’être paradoxale, l’idée d’un « mysticisme athée » ou d’un « athéisme mystique, devient alors une espèce d’évidence qui s’impose à la pensée. »

Le lecteur de ce billet pourrait croire que je n’ai pas aimé le livre. Certainement pas. Je l’avais lu lors de sa parution en 2006, je n’en avais gardé aucun souvenir, j’ai donc eu envie de le relire.

Le style est alerte, bourré de questions posées par ses amis auxquelles il essaie de répondre. Beaucoup de citations. J’en reprends quelques-unes.

« Nous sommes disposés par nature à croire facilement ce que nous espérons, et difficilement au contraire ce dont nous avons peur. » (Spinoza)

« Si Dieu nous a faits à son image, nous le lui avons bien rendu. » (Voltaire)

« Dites-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu, je vous répondrai ensuite. » (Einstein)

L’auteur parle aussi du pari de Pascal :

« C’est surtout d’un point de vue philosophique que le pari de Pascal me paraît inacceptable. La pensée n’est pas un jeu de hasard. »

Je me demande si André Comte-Sponville écrirait le même livre maintenant. Je sais qu’il est très proche du bouddhisme mais ce n’est pas inconciliable le bouddhisme n’étant pas une religion.

Les commentaires sont fermés.