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10/10/2013

JEAN-LOUIS FOURNIER.

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Jean-Louis Fournier, écrivain, humoriste et réalisateur de télévision est né à Calais le 19 décembre 1938. Auteur de nombreux livres à succès, il a reçu le prix Fémina pour « Où on va papa ? » (Voir billet du 2 mai 2012).

IL A JAMAIS TUE PERSONNE, MON PAPA.

« Quelquefois, il disait qu’il allait tuer maman, et moi aussi, parce que j’étais l’aîné et pas son préféré. Il n’était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait beaucoup bu. Il a jamais tué personne, mon papa, il se vantait. Au contraire, il a empêché beaucoup de gens de mourir. »

L’histoire du roman se déroule à Arras, avant, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale. Elle nous est contée par un petit garçon, Jean-Louis, qui évoque les souvenirs qu’il a gardés de son père, décédé à l’âge de quarante-trois ans.

Le livre est en partie autobiographique, Jean-Louis Fournier raconte son enfance mais en se mettant dans la peau du petit garçon qu’il était.

Son père est médecin, adoré de tous ses patients, un homme bon mais alcoolique ce qui a des répercussions sur la famille. Quand il a bu, il dit des choses bizarres, se conduit aussi de façon étrange ce qui fait peur à sa mère, sa grand-mère et les enfants. Pas de scène violente cependant, pas de discussions, juste un climat qui fait dire à l’enfant quand il retrouve une ancienne photo de son père : « Pourquoi le papa de maintenant, il est vieux, il est triste, il nous parle plus, il n’est pas gentil avec maman et quelquefois, il nous fait peur ? Où est passé le papa de la photo ? »

Son père soignait des gens pas riches, ne s’habillait pas comme les autres docteurs, portait des souliers usés avec le bout enroulé de caoutchoucs de bocaux de conserve. Sa mère qui en avait marre de les voir finira par les jeter à la poubelle. « Après, papa, il a fait ses visites en pantoufles. »

Le livre fourmille d’anecdotes. Des chapitres très courts, un titre évocateur mais simple et une réflexion de l’enfant pour terminer.

Jean-Louis raconte les tentatives de suicide de son père, souvent le dimanche quand tout le monde était là. Il se coupait une veine à la saignée du bras mais cela n’impressionnait plus leur mère et il partait en vitesse dans son cabinet pour se mettre un pansement. « Après quand il recommençait, on n’avait plus peur. On s’était habitués, on savait que c’était pour rire. »

Pendant la guerre et les bombardements, il ne descendait pas à la cave comme les autres : « Il avait peur de rien, papa. Il s’en foutait des bombes, il s’en foutait de mourir. »

Mais avec beaucoup de pudeur, l’auteur raconte sa honte d’être mal habillé ou encore la difficulté de se défendre lors des bagarres à l’école. Un camarade qui était fils de gendarme menaçait les autres en leur disant que leur père allait les mettre en prison. « Nous, les enfants Fournier, la seule chose qu’on pouvait répondre pour faire peur, c’était « Mon père il va te faire une piqûre. » Seulement papa, il faisait tellement bien les piqûres qu’il faisait pas mal. Quand il disait, « C’est fini », on n’avait rien senti. Alors, les piqûres de papa, ça faisait peur à personne. »

Un autre souvenir d’école. Un garçon lui montre une page d’un livre de sciences naturelles qui montre les organes sains et ceux d’un alcoolique. Il est impressionné et, le pire, c’est l’inscription : « Après, c’était écrit que les enfants d’alcooliques étaient souvent faibles, chétifs, mal conformés, prédisposés à toutes sortes de maladies. Et que parfois, ils étaient idiots ou fous. » Sa réaction ? « ça, je l’ai jamais dit à personne. ».

L’auteur nous raconte les tristes souvenirs du petit Jean-Louis et son espoir que son père arrêterait de boire. Il l’avait même demandé au petit Jésus comme  cadeau de Noël. Le jour de sa mort, il dira : « J’étais triste, pas parce que mon papa était mort, mais parce qu’il avait bu jusqu’à la fin de sa vie. Moi, je croyais qu’il allait s’arrêter un jour, qu’on aurait de l’argent, que maman ne serait plus obligée de travailler, qu’on aurait une vie normale, comme les autres. Ce jour-là, j’ai compris que c’était jamais. »

Même si l’alcoolisme de son père a pesé lourdement sur son enfance, il y a eu aussi une fierté d’avoir un père dévoué envers ses patients, un philanthrope, un grand médecin.

Jean-Louis Fournier a montré son père comme il l’avait connu. Pas pour l’accabler.

Dans la dernière page du livre, il a cet aveu :

« Je regrette de ne pas l’avoir mieux connu.

Je ne lui en veux pas.

Maintenant, j’ai grandi, je sais que c’est difficile de vivre, et qu’il ne faut pas trop en vouloir à certains, plus fragiles, d’utiliser des « mauvais » moyens pour rendre supportable leur insupportable. »

Le livre est bouleversant. Quel art a Jean-Louis Fournier de raconter ses souvenirs en parlant comme l’enfant qu’il a été !

 

Commentaires

Un titre à retenir, donc, sur ce sujet délicat à aborder mais qui fait tant de ravages dans les familles.

Écrit par : Tania | 11/10/2013

Merci, Tania.

Écrit par : mado | 12/10/2013

Les commentaires sont fermés.