Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/10/2013

JEAN TEULE.

Jean Teulé, le montespan, louis XIV

Né le 26 février à Saint-Lô, Jean Teulé est un romancier et auteur de bandes dessinées. (billet du 28 août 2013)

LE MONTESPAN.

Quelle bonne idée de consacrer un livre au marquis de Montespan, né en 1640 et mort en 1691, époux de Madame de Montespan, favorite bien connue de Louis XIV !

Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin épouse en février 1963 Frnçoise Athénaïs de Rochehouart de Montemart en février 1663. Ils se sont mariés huit jours après leur rencontre. Ils sont très amoureux. Ils auront deux enfants, Marie-Christine et Louis-Antoine.

Le marquis est criblé dettes. Eloigné de la Cour, il n’a d’autres ressources que de faire la guerre pour éponger ses dettes et combler sa femme. Françoise n’est pas d’accord : « Monsieur je vous interdis de mettre sur un champ de bataille un seul de vos pieds charmants. »

Le marquis, qui, comme aristocrate , ne peut pas travailler ne voit pourtant que la guerre comme moyen de sortir de leur pauvreté. Il espère aussi retrouver une place à la Cour.

Il recrute des soldats, des garçons de ferme, et, sur son cheval blanc, étendard de taffetas au poing, s’en va devant les fortifications du château de Marsal. Hélas ! la bataille n’a pas lieu. Les armées royales ont fait capituler les assiégés. L’apprenant, le marquis s’indigne : « Pourquoi se rendent-ils ? Ils n’ont pas le droit ! C’est que j’ai emprunté,moi, pour cette guerre ! Alors ils doivent se défendre, nous jeter de l’huile bouillante, nous tirer dessus, lancer leur cavalerie, me forcer à un exploit ! »

Toutes ces tentatives de faire la guerre ne feront que renforcer ses dettes. Françoise ne supporte plus de vivre dans la pauvreté : « Demain ce sera pire, après-demain pire encore. (…) Je veux de l’argent, beaucoup ! »

Invitée par la duchesse de Montausier, Françoise est remarquée pour sa beauté et son esprit. « Menton décidé, nez droit, poignets, taille et cou fins, sa chevelure blonde est épaisse et abondante. Elle a inventé un style de coiffure qu’elle a baptisé : burluberlu. Tirés sur le front en arrière et maintenus par un cerceau au sommet du crâne, ses cheveux retombent de chaque côté en cascades de boucles qui encadrent le visage. »

La duchesse arrive à ce qu’elle devienne dame d’honneur de la reine avec l’accord de son mari. Celui-ci s’étonne des cadeaux que fait le roi à son épouse mais est loin de se douter qu’elle soit devenue sa favorite.

C’est revenu de la guerre dans les Pyrénées qu’il constatera que sa femme est enceinte du roi à qui lui dira Françoise, on ne peut rien refuser.

Le marquis est toujours amoureux et va passer sa vie à essayer de récupérer Frnçoise. Tout son entourage le presse de profiter de la bonne fortune de sa femme : « Louis-Henri, vous êtes stupide. Toutes les grâces, tous les honneurs sont prêts à fondre sur vous. Il suffirait de vous taire et de fermer les yeux. Mais vous préférez crier très haut quitte à subir les violences de l’arbitraire. C’est ce que beaucoup ne vous pardonnent pas. Vous les gênez d’oser mettre un grand roi en fâcheuse posture. »

Le marquis va alors entamer une guerre sans merci contre le roi. Il va demander aux prostituées de le contaminer pour qu’après avoir violé a femme, elle contamine le roi. Il va célébrer la mort de son amour en organisant des funérailles devant un cercueil vide et même essayer de violer la reine !

Le roi fera tout pour qu’il cesse de le ridiculiser.Il va l’emprisonner puis lui donner l’ordre de retourner dans son château de Bonnefont et d’y rester.

Portant une perruque blonde, imitant la coiffure de Françoise, Montespan va parcourir la France dans son carosse orné de cornes et aura même l’idée de faire un testament qui sera vendu dans toute la France au grand contentement de la population qui rit bien de ce roi bafoué : « Je lègue et donne au roi mon château de Bonnefont, le suppliant d’y instituer une communauté de dames repenties, à la charge de mettre mon épouse à la tête du dit couvent et de l’y nommer première abbesse. »

Jean Teulé profite du voyage de Montespan pour décrire la France. Celui-ci assiste au supplice d’un noble décapité pour avoir déplu au roi, à l’embarquement pour le bagne d’un enfant pour un vol de poireaux…

En quelques lignes, l’auteur décrit l’état de la France : « En Auvergne, la famine est telle que les femmes dévorent leurs enfants morts (…) La nouvelle persécution des protestants, la dégradation du climat, les répercussions directes sur les récoltes, le peuple écrasé par les impôts, la misère, les guerres ruineuses allumées de tous côtés aux frontières. »

Montespan aura le chagrin de voir sa fille Marie-Christine mourir à douze ans de l’absence de sa mère. Son fils lui reprochera sa conduite : « Il faut toujours obéir au roi » Il lui fera même la morale : « Père, il ne faut pas commencer par boire avant de manger : c’est le propre des ivrognes. Il ne faut pas non plus gloutonner comme vous le faites : c’est le propre des animaux. Se remplir jusqu’au gosier et souffler pour reprendre haleine, c’est faire comme les chevaux. Cessez d’avaler les morceaux tout entiers, ce sont les cigognes qui agissent ainsi. » « Père, je n’aime pas les pauvres » Il en faudrait plus pour déconcerter Montespan qui lui réplique : « Louis-Antoine, tu parles fort bien pour ton âge, mais je me demande si tu ne serais pas un petit individu vraiment révoltant. » (sic)

Françoise, chassée de Versailles et entrée au couvent demande pardon à son mari et l’autorisation de revenir près de lui.

Quelle sera la réponse de celui qui a passé sa vie à essayer de la récupérer ? « Madame, je ne veux ni vous recevoir ni plus ouïr parler de vous le reste de ma vie. »

J’ai bien aimé le livre. Certes, n’importe quelle encyclopédie pourrait retracer la vie de Montespan. Mais l’art de Jean Teulé est d’arriver à nous y intéresser, à nous faire rire, à nous faire revivre ce siècle passé dans l’histoire comme celui d’un grand roi ! Et pourquoi pas, à nous faire apprécier cet extravagant.

Le livre publié chez Pocket est illustré par Philippe Bertrand.

Les commentaires sont fermés.