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25/09/2013

AMELIE NOTHOMB.

amélie nothomb, la nostalgie heureuse, japon

Amélie Nothomb est née au Japon, dans la ville de Kobé, le 13 août 1967. Elle est la fille de Patrick Nothomb, ambassadeur et écrivain belge. Elle passe les cinq premières années de sa vie au Japon, puis, suivant les déplacements de son père, en Chine, New-York et Birmanie.

Elle rentre en Belgique en 1984 et fait des études de philologie romane à l’ULB.

Elle travaillera une année dans une entreprise au Japon, une expérience qu’elle décrit dans « Stupeur et tremblements » couronné par l’Académie française et adapté au cinéma. Pour ce film, Sylvie Testud a reçu le César de la Meilleure actrice.

Elle publie un roman par an mais dit en écrire plusieurs. La publication de ses romans est toujours un événement littéraire. Ils remportent un grand succès.

Quelques titres : « Hygiène de l’Assassin » « Métaphysique des Tubes » « Biographie de la Faim » « Ni d’Eve ni d’Adam » « Tuer le père » « Barbe bleue ».

LA NOSTALGIE HEUREUSE.

Le livre raconte son retour au Japon pour un documentaire de France5. Elle retourne donc où elle a vécu son enfance et vers l’âge de vingt ans. Elle est constamment filmée mais cela ne la dérange pas.

La ville de son enfance a complètement changé. La maison où elle est née n’existe plus. Elle revoit son école, apprend que c’était une école catholique. Elle avait pris les religieuses pour des infirmières ! Les puéricultrices lui montrent des photos d’époque où elle figure.

Avant de partir, elle avait téléphoné au fiancé éconduit de ses vingt ans, Rinri qui se souvient d’elle et accepte de la rencontrer. Elle s’étonne de l’entendre dire qu’il a lu tous ses livres et regarder ses interventions télévisées sur You Tube.

Elle appelle aussi Nishiosan, sa gouvernante à qui elle n’avait plus parlé depuis le tremblement de terre de Kobé, dix-sept ans auparavant. Celle-ci accepte de la rencontrer.

Elle n’avait plus été au Japon depuis décembre 1996. Grâce à la télévision, elle y retourne donc en 2012, soit seize ans plus tard.

Elle va donc, comme promis, voir Nishiosan à qui elle offre un rosier. « Le cœur oppressé, je sonne. La porte s’ouvre, je vois apparaître une vieille dame qui mesure un mètre cinquante. Nous nous regardons d’abord avec terreur. (…) Comme Nishio-san est vieille ! Elle a presque quatre-vingts ans. Elle paraît encore plus. Ses cheveux blancs sont coupés court, elle porte un pantalon et un gros cardigan de laine. L’appartement est plutôt agréable, ce qui me rassure. »

Il faudra un peu de temps pour qu’Amélie arrive à lui dire : « Moi aussi, Nishio-san, je suis votre fille. Je viens d’Europe pour vous voir. »

Elles s’étreignent et pleurent. Amélie se rend compte que son ancienne gouvernante ne sait rien du tremblement de terre de 2011. « Si son cerveau n’a pas enregistré le drame, c’est que sa capacité de souffrance était saturée. »

La seconde rencontre importante sera celle de Rinri. Il a quarante-trois ans, dirige une école de joaillerie qu’il lui fait visiter. Elle le trouve aussi beau qu’en 1989. Il lui propose « un pèlerinage à pied dans Tokyo » Une promenade sur le traces de leur passé commun. « La répétition, le rituel des souvenirs, tout me transforme en personnage de Tchekhov. J’éclate en sanglots. Mon comportement est aussi peu nippon que possible. »

Il lui raconte le séisme de Fukushima et la peur qu’il a éprouvée. Mais il ajoute : « Nous avons la réputation d’être un peuple raisonnable. Sans doute en avons-nous l’apparence. Pourtant, j’ai été sidéré et je le suis encore par les réactions irrationnelles de mes compatriotes. Je suis le premier à me montrer solidaire avec les sinistrés. Mais savez-vous qu’à Tokyo, je connais de nombreuses personnes qui, au nom de ce qu’ils appellent la solidarité, se nourrissent exclusivement de légumes qui ont poussé à Fukushima ? (…) Pour ma part, je trouve cela imbécile et ridicule. »

Pourtant, plus tard, il dira : « Depuis le 11 mars 2011, la vie a changé. Beaucoup de gens ont quitté le Japon et même si je ne le ferai jamais, je peux les comprendre. Nous sommes hantés. Nous avons perdu l’insouciance. Nos existences nous pèsent. »

Ils se quitteront sur ces mots : « Tu m’as appris, il y a plus de vingt ans, un adjectif utile, déclare Rinri avec sérieux et concentration – Ah ? – Indicible. Aujourd’hui est indicible. »

Le voyage est terminé. Elle quitte le Japon sans regret. Dans l’avion, elle est éblouie par le survol des sommets de l’Himalaya. En pleine exaltation, elle se dit : « Jure-toi, Amélie, que tu n’auras plus jamais de chagrin ni même de mélancolie ; qui a frôlé l’Everest n’en a pas le droit. Le maximum que je t’autorise, désormais, c’est la nostalgie heureuse. »

Que puis-je dire du livre ? Il se lit facilement en une heure mais, je l’avoue, il ne m’a pas passionnée.

J’ai été agacée par certaines réflexions sur elle-même dont je ne sais ce que je dois en penser.

Un exemple : « Je ne sais d’où me vient cette conviction que mon retard serait un crime inexpiable. Lorsque d’autres se permettent d’être en retard, cela m’agace et pourtant je ne trouve pas qu’ils méritent la cour martiale. Seul mon retard est passible de mort. »

« Dans le taxi, je me pétrifie. (…) Il faut que j’évite de trembler. Quand le tremblement s’empare de moi, c’est que le nerf est atteint : à ce moment, il n’y a plus rien à faire, je ne peux que trembler, non pas comme une feuille, mais comme une machine sur le point d’exploser. »

Je pense que ce qui me gêne est que l’émotion qu’elle dit ressentir ne passe pas. Elle ne m’a pas émue quand elle parle du chagrin qu’elle éprouve devant les lieux profanés ou quand elle pleure. Seule sa rencontre avec sa gouvernante est émouvante. J’ai été aussi fort intéressée par les propos de Rinri sur son pays.

J’avais beaucoup aimé « Stupeur et tremblements ». J’attendais peut-être trop de ce livre autobiographique, de son retour au Japon dont elle dit toujours qu’il est sa seconde patrie.

Mais, ne dit-elle pas à la fin du livre : « Tant de gens me demandent de raconter. J’essaie de répondre et ce que je dis sonne faux. »

Pour moi aussi, son livre sonne faux et c’est bien dommage.

23/09/2013

CONTROVERSE.

Dominique Demoulin, Controverse, RTL

Comme je regrette Pascal Vrebos ! Je comprends qu’il ait choisi de mettre fin à l’animation de « Controverse » mais pour moi c’est bien dommage.

Dominique Demoulin l’a remplacé et pour moi, ce n’est pas un succès. Au lieu de se limiter à un seul sujet pour son débat, elle les multiplie. Débattre pendant 45 minutes lui semble impossible donc elle se hâte de passer « à autre chose ». Les yeux fixés sur sa montre, elle annonce : « Il est x minutes, l’heure de passer à y ». Elle me fait penser à un jeune prof qui de peur de ne pas avoir assez de matière en prévoit trop.

De plus, cette année, elle a ajouté la présence de journalistes, censés écouter le débat pour le commenter. Les pauvres prennent des notes et ont quelques minutes pour s’exprimer. Résultat, comme dimanche dernier, une question posée, laissée sans réponse et la parole qui revient aux débatteurs ! Au mieux, quelques phrases, vite coupées. Le temps, n’est-ce pas !

Je crois que Dominique Demoulin pourrait être une bonne animatrice. Elle a acquis de l’autorité, connaît son sujet, distribue plus ou moins équitablement la parole, est toujours aimable et souriante. Alors ? Elle doit revoir sa méthode et cesser de vouloir traiter tout ce qui fait l’actualité. Choisir…

Je profite de ce billet pour dire combien je regrette qu’il n’y ait pas en Belgique, à la télévision, de débats sur l’actualité internationale comme en France. L’information est donnée dans les journaux télévisés mais je souhaiterais un approfondissement.

Commenter ce qui se passe dans le monde me semble indispensable. Je regrette de ne pouvoir être informée que sur les chaînes françaises.  

ANDRE COMTE-SPONVILLE.

andré comte-sponville, dictionnaire philosophique, blasphème

André Comte-Sponville vient de publier une nouvelle édition de son « Dictionnaire philosophique » publié en 2001. L’édition a été revue et enrichie de nouveaux mots. Je citerai : adulescent, décroissance ou obscène.

J’ai choisi de copier ce qu’il dit du blasphème. Ce concept a suscité bien des polémiques et, ce qui est plus grave, a servi pour lancer des menaces de mort. Intéressant ce qu’en dit l’auteur, qui est un philosophe très apprécié.

BLASPHEME.

« Blasphémer, c’est insulter Dieu (du grec blasphëmia, « injure, calomnie ») ou lui manquer de respect. Acte vain, si Dieu n’existe pas, mais culotté, s’il existe. Les croyants devraient au moins admirer l’audace du blasphémateur, et laisser à Dieu le soin, s’il le veut, de le punir. Les fanatiques préfèrent s’en charger eux-mêmes, ou demandent à l’Etat de le faire. C’est ainsi que le chevalier de la Barre fut torturé et décapité, à l’âge de 19 ans, pour avoir refusé d’ôter son chapeau devant une procession catholique. L’Eglise y voyait un blasphème, donc un crime.

Dans un Etat laïque, le blasphème cesse d’être héroïque pour n’être plus, chez les athées et sauf exception, qu’une provocation inutile. Ce n’est pas une raison pour l’interdire, ni pour le pratiquer. Le blasphème fait partie des péchés, pas des délits ; des droits de l’homme, pas des bonnes manières. »

Note : Le chevalier de la Barre est né le 12 septembre 1745. Il est le dernier condamné à mort sur des accusations d’irrespect du religieux en France.

Mes billets sur l’auteur : 13 août 2009 – 20 octobre 2010 – 15 mai 2013.

21/09/2013

FELICITATIONS !


Robert et Elisabeth Badinter docteurs honoris causa de l'ULB


Les insignes de docteurs honoris causa ont été remis vendredi 20 septembre à Robert et Elisabeth Badinter, lors de la rentrée académique à l’Université Libre de Bruxelles. (ULB).

Robert Badinter, ancien Garde des sceaux et sénateur français est surtout connu pour son combat contre la peine de mort, dont il a obtenu l’abolition en France le 9 octobre 1981.

C’est un  fervent défenseur de l’Europe et des droits de l’homme : « Je crois au rayonnement de l’Union européenne dans le monde qui fait contraste au pessimisme que je rencontre. »

Elisabeth Badinter est surtout connue pour la défense des femmes fâchant parfois les féministes traditionnelles par ses positions.

J’ai beaucoup parlé d’elle sur mon blog : billets du 27 octobre 2009 – 9 mars 2010 – 8 mars 2013.

Je les félicite chaleureusement.

10/09/2013

DIDIER van CAUWELAERT.

didier van cauwelaert, hors de moi, thriller, correspondre avec les plantes

Didier van Cauwelaert est né à Nice le 29 juillet 1960 d’une famille d’origine belge.

Il a reçu le prix Goncourt en 1994 pour « Un aller simple ». Son œuvre est très nombreuse. Il s’est présenté à l’Académie française en 2009 mais les académiciens lui ont préféré François Weyergans.

Quelques titres de romans : « La vie interdite » « Rencontre sous X » « Le père adopté » « Le journal intime d’un arbre » « La maison des lumières » « Les témoins de la mariée ».

HORS DE MOI.

Après un accident de voiture, le héros Martin Harris est resté plusieurs jours dans le coma. Américain, directeur d’un laboratoire à l’université de Yale, détaché au département biogénétique de l’INRA, il est arrivé à Paris avec sa femme Liz et y a loué un appartement.

A sa sortie de l’hôpital, il se rend chez lui et a la désagréable surprise d’être accueilli par un inconnu qui prétend porter le même nom et vit avec Liz qui ne le reconnaît pas.

Il n’a aucun papier et se rend à la police pour faire constater qu’un « imposteur » occupe son appartement. La police s’y rend et ramène l’occupant qui, lui, a bien des papiers en règle au nom de Martin Harris.

Tout le livre sera consacré à ses nombreuses démarches pour prouver son identité. Il est certain que sa mémoire est intacte mais est fort ébranlé par ce qui lui arrive.

Il se rend au centre de recherches où il devait travailler et y rencontre Paul de Kermeur avec qui il a déjà collaboré mais par internet. Il ne l’a donc jamais vu.

Il apprend, stupéfait, qu’un autre Martin Harris travaille avec le chercheur et l’a déjà rencontré. Il exige une confrontation. Le second Martin connaît tous ses travaux et n’a aucune peine à le prouver.

Martin Harris est botaniste, célèbre pour avoir gagné un procès en citant des plantes comme témoin. « Il y avait eu un crime dans une serre. Aucun témoin, trois suspects possibles. J’ai proposé au juge de brancher mes électrodes sur les hortensias et on a fait défiler devant eux douze personnes l’une après l’autre, parmi lesquelles les trois suspects. Brusquement l’aiguille du gavanomètre s’est emballée, en présence du frère de la victime (…)Les deux hommes s’étaient battus dans la serre, il y avait eu des tiges cassées et l’agresseur réveillait le traumatisme, déclenchait le système d’alerte électrochimique d’un hortensia à l’autre. Sous le choc, l’assassin est passé aux aveux. »

Ce passage est une illustration des longues théories sur les plantes racontées par l’auteur.

Toujours en quête de la preuve de son identité, Martin Harris rencontre le psychiatre, le docteur Farges, qui est fort intéressé par son aventure parce qu’il mène des études sur les effets du coma. Pour lui, ce qui lui arrive est un effet des suites de son coma.

Pas satisfait du tout, au contraire, Martin engage un détective qui fera des recherches en Amérique sur sa naissance, son lieu de travail, sa femme, ses amis dans l’espoir qu’elles confirmeront ce qu’il dit.

Hélas ! Tout est faux ! Il n’existe pas, pas plus que le lieu où il était sensé travailler.

Je ne peux en dire plus sans déflorer le roman. La fin est tout à fait inattendue.

Le livre se présente bien comme un thriller qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout.

L’auteur y a ajouté un autre personnage, Muriel, qui l’a recueilli dans son taxi et a provoqué l’accident en refusant une priorité. Elle s’intéresse à lui, l’aide dans ses recherches, avec beaucoup d’empathie car elle se sent responsable. Elle aussi, au début, met en doute qu’il soit bien l’homme qu’il prétend être mais elle souhaite vraiment qu’il dise vrai et puisse le prouver.

Le personnage de Muriel met de l’humanité dans le roman. Harris peut se raccrocher à elle, arrive même à regretter de ne pas en être amoureux.

Généreuse, émouvante, l’attention qu’elle lui porte, tout ce qu’elle fait pour lui, sa solidarité corrigent ce que le héros pourrait avoir « d’un peu froid » même si on compatit avec ce qui lui arrive.

Deux événements vont l’ébranler un peu plus. Dans la maison du psychiatre qui l’a invité, il remarque un piano et joue. Or, d’après sa mémoire, qu’il juge infaillible, il n’en a jamais joué.

Il constate aussi qu’il ne peut plus parler aux arbres comme il le faisait. « J’enlace le platane, pour lui donner des forces en lui en prenant, cet échange qui jalonne mes journées… Rien. Je ne ressens rien. (…) Pas le moindre écho, pas le moindre retour. »

Cette constatation l’attriste mais renforce sa détermination à se retrouver comme il était avant, à retrouver sa vraie personnalité, à ne plus être « hors de lui ».

Didier van Cauwelaert écrit bien. Le sujet du livre est original, le suspense bien mené. Même les informations techniques n’ennuient pas. Le roman est passionnant.

Qui ne rêverait pas de pouvoir dialoguer avec les plantes ?