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28/08/2013

JEAN TEULE.

Jean Teulé, Charly9, Catherine de Médicis, Saint-Barthélemy

Né le 26 février 1953 à Saint-Lô, Jean Teulé est un romancier et auteur de bandes dessinées. Il a participé à l’émission  L’Assiette anglaise de Bernard Rapp et à Nulle part ailleurs sur Canal+.

En 1990, il abandonne toutes ses activités pour se consacrer à l’écriture. « Ballade pour mon père oublié » « Longues peines » « Le Magasin des suicides » « Le Montespan » « Fleur de Tonnerre ».

CHARLY 9.

Le livre s’ouvre sur le conseil du roi qui doit persuader Charles IX du massacre de la Saint-Barthélemy. (Dimanche 24 août 1572).

L’auteur décrit la scène de manière magistrale. « Un mort ? Un gentil garçon semblant à peine sorti de l’adolescence – il vient d’avoir vingt-deux ans – écarquille ses grands yeux : Quoi ? Vouloir que j’ordonne, pour cette nuit, l’assassinat d’un convalescent surpris en plein sommeil ? Vous n’y pensez pas, ma mère ! Et puis quel homme, l’amiral de Coligny que j’appelle « mon père ». Jamais je ne scellerai cet édit ! »

Charles IX va apprendre que c’est sa propre mère, Catherine de Médicis, qui a ordonné l’attentat raté dont a été victime Coligny, amiral de France et chef du parti protestant. Elle lui reproche d’avoir trop d’influence sur le roi. Il essaierait de le persuader d’intervenir aux Pays-Bas espagnols où Philippe II opprime les huguenots.

Catherine ne s’arrêtera pas là. Le dialogue avec son fils se poursuit : « Deux morts ? Six ?Dix ?Cent ?Cent mille ?Des femmes aussi…des vieillards…des enfants… »

Charles IX résiste : « Jamais, je n’ordonnerai ce que vous me réclamez. J’aimerais mieux que mon corps soit traîné dans la boue des rues de Paris. ». Et comme Catherine insiste, il s’indigne « Nous sommes tous du même royaume que je sache. Par des mains de Français, des Français immolés. » « C’est impossible d’être aussi cruel. »

Un argument va ébranler le roi. Catherine prétend que les huguenots rassemblés autour de Coligny ont décidé d’égorger la famille royale. « Ce sera eux ou nous. »

Ebranlé, le roi demande réflexion mais pour Catherine il faut qu’il se décide tout de suite. Il en vient à marchander. Pas Ambroise Paré, huguenot, chirurgien du roi. Pas sa maîtresse, huguenotte elle-aussi, Marie Touchet. Le garde des Sceaux rappelle que Navarre et Condé, huguenots eux-aussi, doivent être protégés par leur appartenance à la descendance de Saint Louis. « A condition que ces princes de sang abjurent leur religion hérétique » exige perfidement Catherine.

Désespéré, Charles IX finit par dire : « Agis comme tu le veux, mamma. C’est ta décision… - Ma décision doit être légalisée par toi pour être applicable. C’est donc sur ton ordre seul qu’on peut agir. Dis : « Je le veux » - Bon, bon… Ah non, jamais … Oui, non, bon, oui, non… »

Le pauvre Charles IX a cédé et l’ordre retentit : « Le roi le commande ! C’est la volonté du roi ! C’est ton commandement ! Le roi le veut ! Tuez-les tous. »

Cette scène imaginaire est tellement bien écrite qu’on y croirait. On sait que les historiens sont toujours partagés sur le massacre de la Saint-Barthélemy. Était-ce une décision imposée à un pauvre adolescent sous tutelle de sa mère ou la responsabilité de Catherine de Médicis est-elle entière ? L’auteur a tranché.

Jean Teulé va faire de Charles IX, Charly 9, dévoré par la culpabilité, devenant fou. « Tu n’es plus un roi, mais un assassin » Il le décrira voyant du sang partout, même sur lui, enfermé dans d’affreux cauchemars et cherchant à tuer le plus d’animaux possibles. Il chassera même dans les couloirs du Louvre...

Une anecdote parmi d’autres. Au moment de communier, il voit une hostie liquide de sang qui va tacher son habit blanc et, effrayé, recule. Même sa femme, il la voit « rouge ».

Je crois que l’auteur s’est bien amusé à décrire Charly 9 courant le lapin et le cerf dans le Louvre ou massacrant tout sur son passage.

Haï de tous, Charles IX mourra à 23 ans, officiellement d’une pleurésie suite à une pneumonie.

Jean Teulé, dans la première scène du livre, décrit Catherine de Médicis : « Mamma, assise juste en face de son rejeton royal, porte autour du cou une immense collerette tuyautée en façon de roue de carrosse. Couverte d’une poudre de riz parfumée, celle-ci enfarine le haut des manches bouillonnées d’une robe noire de veuve. Yeux globuleux et joues molles, les lèvres lippues de la reine remuent… »

Henri : « Menton ras, face pâle, geste efféminé, l’œil d’un Sardanapale, voilà tel qu’il paraît en ce bal. Garni bas et haut de roses et de nœuds, visage de blanc et de rouge empâté, une coiffe en forme de coquillage comme un gros bulot rose sur sa tête… »

D’un sujet tragique, Jean Teulé fait un livre amusant, qui se lit sans que le lecteur ne se pose trop de questions et c’est très bien ainsi.

L’histoire est pleine d’épisodes sanglants. Hélas ! notre siècle n’est pas épargné. Chaque jour nous assistons à des scènes dont l’horreur finirait par nous faire douter de la nature humaine.

Jean Teulé, Charly9, Catherine de Médicis, Saint-Barthélemy

Charles IX.

Jean Teulé, Charly9, Catherine de Médicis, Saint-Barthélemy

Catherine de Médicis.

26/08/2013

JEAN d'ORMESSON.

jean d'ormesson, un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, amour, bonheur, vie, Dieu, réflexions philosophiques, fresque historique

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Jean d’Ormesson est né à Paris le 16 juin 1925. Ecrivain, chroniqueur, journaliste, il a été élu à l’Académie française en 1973. Il en est actuellement le doyen.

Elevé par sa mère jusqu’à  l’âge de 14 ans, il entre à 19 ans à l’Ecole Normale Supérieure. Licencié en lettres et histoire, il est admis ensuite à l’agrégation de philosophie.

En 1950, il devient Secrétaire Général du Conseil international de la philosophie et des sciences de l’UNESCO dont il devient président en 1992.

En 1970, il devient directeur du Figaro. L’année suivante, il publie « La gloire de l’Empire » pour lequel il obtient le Grand Prix du roman de l’académie française.

Chaque année, paraîtra un autre roman dont « Au Plaisir de Dieu » « Mon dernier rêve sera pour vous » « Histoire du Juif errant » « Le rapport Gabriel » « C’était bien » « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

(Billets du 27 février 2008 – 4 novembre 2010 – 23 janvier 2013)

UN JOUR JE M’EN IRAI SANS EN AVOIR TOUT DIT.

Le titre est un vers d’Aragon comme l’était « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

Publié comme ses autres livres comme étant un roman, c’est presque une autobiographie. Je pourrais le résumer en une phrase : Il est parti de son enfance pour arriver aux étoiles et à Dieu. »

La première partie du livre intitulée Tout passe est un rappel de son enfance mais aussi un survol historique de son époque. « Je suis tombé dans ce monde en un temps où beaucoup de choses disparaissaient et où beaucoup d’autres apparaissaient. Il y a eu le jeudi noir de Wall Street, la dépression, les banques qui sautent, le chômage, l’inflation. Il y a eu la guerre, le goulag, la Shoah, les Kmers rouges, le Rwanda. Il y a eu un progrès qui a semé en même temps l’enthousiasme et la crainte. Longtemps, demain a ressemblé à hier. Et puis, tout à coup, l’histoire a pris le mors aux dents. »

Pour l’auteur, le changement le plus spectaculaire est que la science et la technique aient remplacé la philosophie et la religion.

Lui, qui s’est tellement intéressé aux découvertes des galaxies ou des étoiles redit son étonnement que l’homme ne soit que des poussières d’étoile. Cependant, il attribue le plus grand changement de la conception du monde à Képler ou Copernic, mais surtout à Darwin, qui bien que croyant, a changé pour toujours la conception de l’homme au mépris de Dieu. « Dieu après avoir connu bien des épreuves passe son pouvoir à l’homme. »

De son enfance, il ne dira pas plus qu’il n’a dit dans « Au plaisir de Dieu » Enfance choyée, où le plus important est la famille. Il parlera pourtant de Marie dont il était très amoureux et qui a brisé sa vie en épousant Pama Karpo. Celui-ci, moine bouddhiste orphelin, avait été adopté par sa tante Françoise. Il deviendra le fermier de son père puis fera fortune après guerre.

L’argent, il n’en a jamais manqué, mais s’il le méprise, il reconnaît qu’il est indispensable à celui qui veut vivre une vie de  plaisisirs : « L’argent est un serviteur dont l’idée fixe est de devenir le maître – et il faut l’en empêcher. - Il règne avec arrogance dans le monde d’aujourd’hui ».

Sa vie, justement, lorsque Marie lui revient, sera faite de plaisirs, voyages en Grèce, Turquie, Maroc, Inde, Mexique et surtout l’Italie dont il a abondamment parlé dans ses autres romans.

Plaisirs de la lecture. Je ne reprendrai pas la longue énumération des livres qui l’ont marqué. Juste une petite vengeance en parlant de Sartre qui disait n’importe quoi avec beaucoup de talent et beaucoup de culot…

Les livres justement. Il commence le sien en parlant de la littérature actuelle qui ne vaut pas l’ancienne. « Tout le monde écrit » « L’image triomphe et l’emporte sur l’écrit en déroute » Et encore : « Le piège à éviter, c’est de se jeter dans le moderne et comme si ça ne suffisait pas, tout le monde veut être rebelle par-dessus le marché. Pour être au goût du jour, tout le monde cherche à grimper dans le train déjà bondé des mutins de Panurge. »

Ces paroles pourraient faire sourire venant d’un auteur qui a passé sa vie à écrire des romans mais je le crois quand il dit qu’il n’a jamais cherché à être à la mode. Pour lui, écrire est devenu une nécessité, presqu’un virus dont il ne peut plus se passer. Je serai la dernière à le lui reprocher moi qui l’ai beaucoup lu avec toujours autant de plaisir.

Dans la seconde partie du livre, c’est en philosophe que Jean va discourir sur les grands thèmes : l’allégresse, l’angoisse, le chagrin, le mal, la joie, la beauté, la vérité, le temps.

Je ne peux pas tout détailler. Quelques citations : « La gaieté est la forme de ma mélancolie – Le mal est d’abord en moi – C’est peut-être parce que je suis idiot que la vie et le monde m’ont tant plu – La difficulté est qu’il y a de tout dans la vérité et qu’il y a de tout dans l’erreur – Nous ne savons rien du temps- Le présent est coincé entre le passé et l’avenir. C’est un entre-deux minuscules jusqu’à l’inexistence. »

L’inexistence, la mort, l’interrogation perpétuelle de d’Ormesson : que faisons-nous donc sur cette terre ?

C’est dans la ligne de cette interrogation qu’il consacre la troisième partie de son livre à Dieu. « Il y a au-dessus de nous quelque chose de sacré. »

Cette partie est un très long développement sur la vie vécue avec joie alors que nous nous savons mortels. Il dira même qu’il faut être heureux.

C’est la première fois qu’il affirme avec certitude qu’il croit en Dieu même s’il rejette la résurrection ce qui l’afflige car il aimerait tant retrouver Marie dans l’éternité.

Mais, paradoxe, dans sa prière à Dieu, qui termine le livre, il lui dira « Merci » et Dieu lui répondra « Je te pardonne. »

Un beau livre. Des formules qui font mouche. « Longtemps, j’ai été jeune – J’aimais beaucoup ne rien faire. Dans cette occupation suprême, j’étais presque excellent. Je ne m’ennuyais jamais. – Le travail ne m’intéressait pas. J’étais désintéressé. – Je passais le temps qui passe. »

Un roman d’amour. De Marie, des paroles, des mots, de la vie.

Un livre sans fausse modestie dans lequel l’auteur se livre en toute simplicité.

 

16/08/2013

MAREK HALTER.

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Fils d’un imprimeur et d’une poétesse yiddish, né en 1936, Marek Halter s’échappe, avec ses parents, du ghetto de Varsovie, à l’âge de cinq ans. A leur arrivée en Ukraine, une patrouille de l’armée rouge les dirige vers Moscou, puis ils sont envoyés en Ouzbékistan. La famille s’installe à Paris en 1950. En 1951, il se rend en Israël et travaille dans un kibboutz. Revenu à Paris, il s’inscrit à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Sa première exposition a lieu à Buenos Aires en 1955.

En 1976, il publie son premier livre  « Le fou et les rois ». Il en écrira beaucoup d’autres : « Jérusalem » « Les Mémoires d’Abraham » «La Bible au féminin » « Je me suis réveillé en colère ».

FAITES-LE.

Le titre du livre vient d’une réplique de Steven Spielberg. Il l’avait rencontré en Pologne, en 1993, alors qu’il écrivait un documentaire sur les Justes. Spielberg, qui tournait La liste de Schindler, lui avait prêté les trains du film. Comme il lui disait qu’il faudrait parler plus souvent du bien que du mal, il lui avait répondu « Do it ! »

Son livre, bien qu’il s’en défende est une autobiographie. Il y raconte ses combats, ses réussites, ses échecs, ses colères, ses rencontres mais sans aucune chronologie. Ce qu’il souhaite : proposer un nouveau comportement dans le monde.

Son credo est l’importance de la parole : « La violence commence là où s’arrête la parole. 

Son combat principal sera la paix israélo-arabe. Après la guerre des six jours, il va, avec Sartre notamment, réclamer dès le cessez-le-feu, l’établissement de deux Etats, juif et palestinien, vivant côte à côte.

En 1969, il va rencontrer Yasser Arafat en Jordanie. Il avertit Golda Meir, Premier Ministre d’Israël. Son projet la met en colère et son allusion à Moïse qui est allé trouvé le Pharaon ne la convainc pas. Mais le lendemain, elle lui téléphone et lui dit « Va ».

Mais Arafat ne veut pas la paix, il espère bien avoir raison d’Israël avec l’appui du monde arabe. « A bientôt » lui ai-je dit. – Il me répondit : L’année prochaine à Tel-Aviv !- Sur le pas de la porte, je me retournai de tout mon corps et lui lançai : Si c’est vrai, monsieur le président , un jour avant je vous aurai tué ! »

Il reverra Arafat plusieurs fois en Jordanie, à Beyrouth puis à Tunis pour préparer les négociations d’Oslo, les seules, d’après lui, qui faillirent aboutir, puis à Gaza.

Il n’est plus très sûr que ces négociations aient servi à quelque chose même s’il trouve important la poignée de main historique entre Arafat et Rabin sur le perron de la Maison Blanche.

Au moment où il écrit son livre, il ne sait pas encore que les négociations viennent de reprendre. Qui peut encore croire qu’elles aboutiront ?

Le combat pour la paix au Proche-Orient est certainement celui qui lui tient le plus à cœur mais aussi le plus difficile.

C’est avec émotion qu’il raconte comment amenant des vivres, du matériel scolaire et des jouets aux enfants palestiniens, il leur avait remis des dessins sur la paix faits par les enfants de la ville israélienne de Sdérot, eux qui restent des heures dans des abris par crainte des roquettes tirées depuis la bande de Gaza. Shalom, salam.

Sa colère contre les terroristes est toujours aussi violente : « Je hais ceux qui au nom de leur foi ou de leur croyance, se donnent le droit d’ôter la vie. » Il cite Chateaubriand qui écrivait déjà dans les Mémoires d’Outre-Tombe : « Jamais le meurtre ne sera à mes yeux un objet d’admiration et un argument de liberté. Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste. »

Il est impossible de rappeler tous ses combats. Il a encouragé la création de SOS Racisme et de Ni putes, ni soumises. Il est cofondateur de l’Action Internationale pour la paix.

Il a rencontré de nombreuses personnalités : Poutine, Marguerite Duras, Jean-Paul II, François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande et bien d’autres. Son livre fourmille d’anecdotes. Ainsi, sa rencontre avec Jean-Paul II à qui il conseille de mettre un message dans le Mur des Lamentations, à Jérusalem. Cette image a fait le tour du monde…

En 1979, Jacques Attali l’a entraîné dans une bataille qu’il considérait comme essentielle : celle contre la faim. L’ONG est devenue une des plus importantes du monde. (En parle-t-on ?)

Que je trouve justifiée sa colère contre ceux, qui bien nourris, arrachent le maïs transgénique et le piétinent avec rage devant les caméras de télévision ! On sait pourtant que ce maïs qui n’a pas besoin de beaucoup d’eau pourrait sauver des vies dans le monde. Pourquoi cet acharnement contre la recherche ?

C’est la première fois que j’entends un scientifique, Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de chimie, parler aussi clairement. « Les OGM sont déjà partout autour de nous. Les pommes que nous mangeons sont le fruit de mélanges centenaires organisés par l’homme. Il y a longtemps que les vaches à lait ne sont plus des vaches sauvages. Les OGM ont commencé au néolithique, dès que l’homme s’est mis à labourer la terre et à modifier la nature. Et maintenant que l’on sait contrôler ces modifications, on aurait la frousse! »

Tout cela m’amène peut-être loin du « Faites-le » Je l’ai dit, Marek Halter parle surtout de ce qu’il a réussi à faire. Son raisonnement est très simple : je n’étais rien, j’ai pu faire cela, pourquoi pas vous ?

« Si vous avez un projet, si vous y croyez, faites-le. Si vous ne le faites pas, cela ne tient qu’à vous. Car les hommes sont ainsi qu’une fois engagé, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous accompagner. »

Oui, la parole peut arrêter la violence, elle peut aussi faire mal, être impuissante et même appeler à la violence.

Nous regrettons certains silences et les échecs trop fréquents de la diplomatie.

Aujourd’hui, ce vendredi sera encore un jour de colère en Egypte. Un jour ensanglanté.

15/08/2013

BONNE FETE AUX LIEGEOIS.


bonne fête aux Liégeois, 15 août


La marionnette la plus célèbre est Tchantchès, marionnette à tringle, vêtue depuis 1920 et la disparition des théâtres bourgeois, du costume ouvrier : sarrau bleu, foulard rouge à pois blancs, casquette noire.

De nombreuses légendes existent sur son origine. La plus connue est qu’il serait né en 760 entre deux pavés d’un quartier populaire de la ville. Les gens qui le trouvèrent furent émerveillés de l’entendre chanter dès son entrée dans la vie : « Allons, la mère Gaspard, encore un verre. »

Au théâtre, Tchantchès interpelle le public dans un mélange de français et de wallon et le convie à ses aventures. Elles sont liées le plus souvent aux épisodes de la vie de Charlemagne. Tchantchès vient à la rescousse de l’empereur en combattant à grands coups de sabots le diable ou la sorcière.

Têtu, drôle, roublard mais bon coeur il a comme compagne Nanèsse, « sa binamée crapôde », pleine de bon sens.

Les effigies géantes de Tchantchès et Nanèsse font partie du cortège folkorique du 15 août de même que celle de Charlemagne et depuis peu, Saint Lambert, fondateur de la ville.

La fête religieuse est célébrée par la procession de la Vierge Noire et une messe en wallon.

Quatre jours de festivité pendant lesquelles le « pèkèt » coule à flots.

bonne fête aux Liégeois, 15 août

 

bonne fête aux Liégeois, 15 août

13/08/2013

FRANCOIS WEYERGANS.

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François Weyergans est né à Etterbeek (Bruxelles) le 2 août 1941. Il a suivi les cours de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHES), a écrit des critiques dans « Les cahiers du cinéma » et a réalisé plusieurs films : « Statues » « Voleuses » « Un film sur quelqu’un ».

En 1973, à la suite d’une analyse il publie un compte rendu sarcastique de sa cure dans un roman « Le pitre » qui obtient le prix Roger-Nimier.

En 1981, après avoir été récompensé par le prix Rossel pour son roman « Macaire le Copte » il décide de se consacrer uniquement à la littérature.

Livres et récompenses vont se succéder : « Le Radeau de la Méduse », prix Méridien, « La démence du boxeur » prix Renaudot suivis de « Franz et François » « La vie d’un bébé » « Trois jours chez ma mère » en 2005. Pour ce roman, il obtient le prix Goncourt au terme d’une compétition avec « La Possibilité d’une île » de Michel Houellebecq qui était un grand succès.

Il est élu à l’Académie française au fauteuil de Maurice Rheims, laissé vacant par le décès d’Alain Robbe-Grillet. Jean d’Ormesson racontera qu’il avait séduit les Académiciens par ses lettres de candidature « inouïes de drôleries et d’ironie ». Il arrivera d’ailleurs quinze minutes en retard pour son intronisation et prononcera un discours qualifié par Jean « de coq-à-l’âne ».

ROYAL ROMANCE.

Le héros est Daniel Flamm, d’une soixantaine d’années, marié depuis une vingtaine d’années à Astrid. Ils ont deux filles Iris et Olga. Ecrivain, il éprouve de grandes difficultés à terminer ses livres, voyage beaucoup et multiplie les aventures amoureuses.

Il a eu la chance d’être engagé par Ari Trokkel pour un travail qui lui laisse beaucoup de loisirs, lui permet de voyager et de jouir de revenus substantiels.

Grâce à l’argent de Trokkel, il n’est plus obligé d’écrire mais il est poursuivi par une histoire d’amour très ancienne qu’il se sent obligé de raconter « pour se délivrer ».

C’est le sujet du roman. Daniel Flamm a rencontré, à Montréal, une canadienne, Justine, âgée d’une vingtaine d’années. Un vrai coup de foudre. Venu pour une semaine à Montréal, il va y rester plus longtemps. « J’avais d’autres raisons de prolonger mon séjour, des complications avec les papetiers, mais je préfère penser que ce fut à cause d’elle et pour elle que je restais. »

Je préfère penser… une phrase qui en dit long sur Daniel. Il est amoureux mais guère comme elle qui l’aime vraiment. Il ne tarde pas à la tromper avec deux autres canadiennes.

Justine est une comédienne débutante. Elle aime les films pornos, est drôle, anticonformiste  et très belle. Le titre du roman est celui d’un cocktail sont elle raffole : moitié gin, un quart Grand Marnier, un quart fruit de la Passion, un soupçon de grenadine.

Leur liaison est torride mais éphémère car Daniel rentre à Paris. Elle ne cessera cependant pas de lui téléphoner, lui écrire, lui envoyer des textos, des cassettes qu’il n’écoute pas toujours entièrement ou même pas du tout.

Un ami lui apprendra que Justine a un cancer du sein. Elle ne lui dit rien pour l’épargner mais par égoïsme il ne lui en parle pas, n’ayant même pas l’idée qu’elle pourrait avoir besoin de réconfort.

Même si tous les deux mènent chacun leur vie de leur côté, leur lien reste fort pendant des années. Ils n’ont jamais pensé à vivre ensemble et malgré la distance, Justine reste très amoureuse.

Elle débarque à Paris au moment où Daniel entretient une relation amoureuse avec Florence. Astrid l’a quitté mais il ne le dit pas à Justine qu’il voit encore mais qu’il garde à distance, refusant même de lui montrer son appartement.

Elle ira le rejoindre à Strasbourg où il s’est réfugié chez sa sœur pour voir plus facilement Florence. Elle vient d’apprendre que son cancer a récidivé et enfin ! se décide à lui parler de ce qu’il lui a fait vivre.

« Je dois t’avouer, Daniel, que j’ai déjà eu un cancer à Montréal quand on ne se voyait pas. J’ai peur, c’est une récidive, je sais que c’est peut-être grave. Mon premier cancer, je n’ai pas voulu t’en parler. (…) J’avais peur que tu disparaisses. (…)D’accord, il y a eu un bonheur que je ne renierai jamais, des sentiments que je n’avais jamais connus, jamais soupçonnés avant toi. Mais tu n’as pas su rompre avec ta vie d’avant. (…) Mais chaque nuit j’ai souhaité que tu t’endormes contre moi. »

L’histoire se terminera tragiquement. Justine est hospitalisée dans un hôpital psychiatrique, puis dès qu’elle peut sortir, sans même  rentrer chez elle, elle se jette sous le métro.

Comment réagit Daniel ? Il s’enferme chez lui, écoute les cassettes qu’elle lui avait envoyées et les recopie. Il rêve de Justine se jetant sous les rames du métro alors qu’il essaie de l’en empêcher. Trop tard !

A ce moment, le lecteur comprend qu’il ait voulu écrire l’histoire pour « se délivrer ».

Je pourrais dire que le livre n’est qu’une banale histoire d’amour entre une femme trop amoureuse et un séducteur lâche, préoccupé uniquement de lui-même et de ses conquêtes.

François Weyergans en fait autre chose. Il décrit minutieusement Montréal et Strasbourg presque comme un guide touristique. Mais il y a aussi l’actualité,  des références cinématographiques ou littéraires qui viennent un peu par hasard. C’est ce que les critiques appellent ses « coq-à-l’âne ».

Des questions sérieuses comme : « à quoi riment nos vies ? - on a beau revenir en arrière, on ne peut plus rien changer – combien de gens réussit-on à rendre heureux dans une vie ? - Pourquoi si souvent n’ose-t-on pas dire ce qu’on pense ? Ceux qui ne supportent pas qu’on leur fasse des reproches ne se privent pas de vous en faire. »

Et sur les journaux : « L’intérêt des journaux, c’est que leur lecture le mettait hors de lui et finalement le stimulait. »

Des remarques amusantes comme celle-ci en parlant de son ordinateur : « La résolution des problèmes s’est terminée sans détecter de problème. (…)Le pape ne fait pas de miracles, Windows en fait. Le miracle s’appelle la restauration du système. » 

Cet aveu qui me le rend un tout petit peu plus sympathique : « Je voudrais tant être restauré à l’état qui était le mien quand j’ai rencontré Justine, avant les bourdes, les gaffes, la souffrance… »

J’avoue avoir eu du plaisir à lire le livre même si le héros m’est tout à fait antipathique.

Décidément, François Weyergans a beaucoup de charme.