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13/08/2013

FRANCOIS WEYERGANS.

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François Weyergans est né à Etterbeek (Bruxelles) le 2 août 1941. Il a suivi les cours de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHES), a écrit des critiques dans « Les cahiers du cinéma » et a réalisé plusieurs films : « Statues » « Voleuses » « Un film sur quelqu’un ».

En 1973, à la suite d’une analyse il publie un compte rendu sarcastique de sa cure dans un roman « Le pitre » qui obtient le prix Roger-Nimier.

En 1981, après avoir été récompensé par le prix Rossel pour son roman « Macaire le Copte » il décide de se consacrer uniquement à la littérature.

Livres et récompenses vont se succéder : « Le Radeau de la Méduse », prix Méridien, « La démence du boxeur » prix Renaudot suivis de « Franz et François » « La vie d’un bébé » « Trois jours chez ma mère » en 2005. Pour ce roman, il obtient le prix Goncourt au terme d’une compétition avec « La Possibilité d’une île » de Michel Houellebecq qui était un grand succès.

Il est élu à l’Académie française au fauteuil de Maurice Rheims, laissé vacant par le décès d’Alain Robbe-Grillet. Jean d’Ormesson racontera qu’il avait séduit les Académiciens par ses lettres de candidature « inouïes de drôleries et d’ironie ». Il arrivera d’ailleurs quinze minutes en retard pour son intronisation et prononcera un discours qualifié par Jean « de coq-à-l’âne ».

ROYAL ROMANCE.

Le héros est Daniel Flamm, d’une soixantaine d’années, marié depuis une vingtaine d’années à Astrid. Ils ont deux filles Iris et Olga. Ecrivain, il éprouve de grandes difficultés à terminer ses livres, voyage beaucoup et multiplie les aventures amoureuses.

Il a eu la chance d’être engagé par Ari Trokkel pour un travail qui lui laisse beaucoup de loisirs, lui permet de voyager et de jouir de revenus substantiels.

Grâce à l’argent de Trokkel, il n’est plus obligé d’écrire mais il est poursuivi par une histoire d’amour très ancienne qu’il se sent obligé de raconter « pour se délivrer ».

C’est le sujet du roman. Daniel Flamm a rencontré, à Montréal, une canadienne, Justine, âgée d’une vingtaine d’années. Un vrai coup de foudre. Venu pour une semaine à Montréal, il va y rester plus longtemps. « J’avais d’autres raisons de prolonger mon séjour, des complications avec les papetiers, mais je préfère penser que ce fut à cause d’elle et pour elle que je restais. »

Je préfère penser… une phrase qui en dit long sur Daniel. Il est amoureux mais guère comme elle qui l’aime vraiment. Il ne tarde pas à la tromper avec deux autres canadiennes.

Justine est une comédienne débutante. Elle aime les films pornos, est drôle, anticonformiste  et très belle. Le titre du roman est celui d’un cocktail sont elle raffole : moitié gin, un quart Grand Marnier, un quart fruit de la Passion, un soupçon de grenadine.

Leur liaison est torride mais éphémère car Daniel rentre à Paris. Elle ne cessera cependant pas de lui téléphoner, lui écrire, lui envoyer des textos, des cassettes qu’il n’écoute pas toujours entièrement ou même pas du tout.

Un ami lui apprendra que Justine a un cancer du sein. Elle ne lui dit rien pour l’épargner mais par égoïsme il ne lui en parle pas, n’ayant même pas l’idée qu’elle pourrait avoir besoin de réconfort.

Même si tous les deux mènent chacun leur vie de leur côté, leur lien reste fort pendant des années. Ils n’ont jamais pensé à vivre ensemble et malgré la distance, Justine reste très amoureuse.

Elle débarque à Paris au moment où Daniel entretient une relation amoureuse avec Florence. Astrid l’a quitté mais il ne le dit pas à Justine qu’il voit encore mais qu’il garde à distance, refusant même de lui montrer son appartement.

Elle ira le rejoindre à Strasbourg où il s’est réfugié chez sa sœur pour voir plus facilement Florence. Elle vient d’apprendre que son cancer a récidivé et enfin ! se décide à lui parler de ce qu’il lui a fait vivre.

« Je dois t’avouer, Daniel, que j’ai déjà eu un cancer à Montréal quand on ne se voyait pas. J’ai peur, c’est une récidive, je sais que c’est peut-être grave. Mon premier cancer, je n’ai pas voulu t’en parler. (…) J’avais peur que tu disparaisses. (…)D’accord, il y a eu un bonheur que je ne renierai jamais, des sentiments que je n’avais jamais connus, jamais soupçonnés avant toi. Mais tu n’as pas su rompre avec ta vie d’avant. (…) Mais chaque nuit j’ai souhaité que tu t’endormes contre moi. »

L’histoire se terminera tragiquement. Justine est hospitalisée dans un hôpital psychiatrique, puis dès qu’elle peut sortir, sans même  rentrer chez elle, elle se jette sous le métro.

Comment réagit Daniel ? Il s’enferme chez lui, écoute les cassettes qu’elle lui avait envoyées et les recopie. Il rêve de Justine se jetant sous les rames du métro alors qu’il essaie de l’en empêcher. Trop tard !

A ce moment, le lecteur comprend qu’il ait voulu écrire l’histoire pour « se délivrer ».

Je pourrais dire que le livre n’est qu’une banale histoire d’amour entre une femme trop amoureuse et un séducteur lâche, préoccupé uniquement de lui-même et de ses conquêtes.

François Weyergans en fait autre chose. Il décrit minutieusement Montréal et Strasbourg presque comme un guide touristique. Mais il y a aussi l’actualité,  des références cinématographiques ou littéraires qui viennent un peu par hasard. C’est ce que les critiques appellent ses « coq-à-l’âne ».

Des questions sérieuses comme : « à quoi riment nos vies ? - on a beau revenir en arrière, on ne peut plus rien changer – combien de gens réussit-on à rendre heureux dans une vie ? - Pourquoi si souvent n’ose-t-on pas dire ce qu’on pense ? Ceux qui ne supportent pas qu’on leur fasse des reproches ne se privent pas de vous en faire. »

Et sur les journaux : « L’intérêt des journaux, c’est que leur lecture le mettait hors de lui et finalement le stimulait. »

Des remarques amusantes comme celle-ci en parlant de son ordinateur : « La résolution des problèmes s’est terminée sans détecter de problème. (…)Le pape ne fait pas de miracles, Windows en fait. Le miracle s’appelle la restauration du système. » 

Cet aveu qui me le rend un tout petit peu plus sympathique : « Je voudrais tant être restauré à l’état qui était le mien quand j’ai rencontré Justine, avant les bourdes, les gaffes, la souffrance… »

J’avoue avoir eu du plaisir à lire le livre même si le héros m’est tout à fait antipathique.

Décidément, François Weyergans a beaucoup de charme.  

Commentaires

Peut-être... J'ai admiré "Macaire", "Franz et François" m'a passionnée, "Trois jours chez ma mère" agacée. L'égotisme de ses séducteurs est souvent insupportable, et je ne peux m'empêcher de voir des points communs avec H.G. Wells tel que le décrit David Lodge (lecture en cours).

Écrit par : Tania | 16/08/2013

Merci, Tania

Écrit par : mado | 17/08/2013

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