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28/03/2013

FEMMES DE DICTATEUR.

Diane Ducret, Femmes de dictateur, Mussolini

DIANE DUCRET est une journaliste, philosophe et historienne née à Anderlecht. Après des études de philosophie à la Sorbonne et à l'Ecole normale supérieure, elle collabore à la rédaction de documentaires historiques pour la télévision et est aussi chroniqueuse occasionnelle sur Europe 1 dans l'émission de Laurent Ruquier, On va s'gêner.

Son premier livre Femmes de dictateur a été publié en 2011 aux éditions Perrin. Le succès a été foudroyant : 100.000 exemplaires vendus. Il est sorti chez  Pocket en février 2012. Il a été classé comme meilleure vente de livres histoires de Livres Hebdo.

Le deuxième volume est déjà sorti chez Perrin et est programmé pour avril chez Pocket.

Le premier volume reprend les dictateurs du début du siècle dernier : Mussolini, Lénine, Staline, Salazar, Bokassa, Mao, Ceausescu, Hitler.

L'auteur retrace la vie de ces dictateurs et surtout de leurs épouses ou maîtresses. C'est donc une plongée dans l'histoire ce qui explique sans doute le succès du livre.

Certains critiques analysent les succès féminins des dictateurs comme un attrait du pouvoir. Je trouve l'explication un peu sommaire. Toutes les femmes ne se ressemblent pas. Certaines ont eu du pouvoir, ont pesé sur les décisions de leur amant, d'autres pas. Chaque cas est unique. Je pourrais ajouter que si les dictateurs comme Mussolini par exemple ont fasciné les femmes, les hommes l'étaient aussi ! Il suffit de penser à l'admiration suscitée par Hitler, à l'hystérie que provoquaient ses discours.

Le livre de Diane Ducret est intéressant. Elle nous dévoile des aspects peu connus de ces dictateurs, violents, tyranniques mais ayant parfois un côté humain qu'on ne soupçonnait pas. Parfois, c'est le cas pour Mussolini, c'est leurs maîtresses qui se sont efforcées de créer une autre image de leur amant.

Passionnant, le livre l'est sûrement, mais pas facile à lire. En effet, l'auteur ne suit pas toujours l'ordre chronologique si bien que ce n'est pas facile de s'y retrouver. Impossible, en tous cas pour moi, de le lire d'une traite. Il faut du temps pour digérer un chapitre avant de pouvoir passer à un autre. Honnêtement, j'ajouterai que si la partie historique pouvait me fasciner, j'avais beaucoup de difficultés à comprendre ces femmes amoureuses jusqu'à se perdre.

BENITO MUSSOLINI.

"La foule, comme les femmes, est faite pour être violée." Cette phrase résume bien la personnalité de celui qui deviendra le duce. D'origine modeste, instituteur, son ascension sera fulgurante. Il apparaît épris de son propre corps. Le livre commence d'ailleurs par la foule qui le contemple quand il va se baigner à Riccione. Ce dialogue entre lui et sa dernière maîtresse Clara est éloquent : "Tu l'aimes, mon corps ? On m'a dit que c'était un des plus beaux d'Italie. – Qui l'a dit ? lui fait-elle. – Un homme sur la plage m'a dit : "Mussolini, tu as le torse le plus parfait de la plage" et moi, je lui ai répondu "non, d'Italie".

Sa force, sa virilité, il en fera un atout pour sa réussir sa carrière. L'auteur relève les propos tenus par les femmes qui l'ont rencontré : "le sourire de Mussolini est la chose la plus fascinante du monde" "Mussolini est comme une coupe de cristal pleine de vin capiteux" Et ce témoignage d'un de ses collaborateurs : "Combien d'entre nous en ont-ils vu tomber à genoux sur son passage ?"

De toutes les nombreuses conquêtes de Mussolini, dont il se vantait souvent cyniquement, j'en retiendrai quatre.

La première, Rachele, est une de ses anciennes élèves, fille de paysan, rencontrée dans le bistrot de son père. Il emploiera la force et le chantage pour la séduire : "Si tu me repousses, je t'entraîne avec moi sous un tram". Elle acceptera de se fiancer repensant à une prédiction que lui avait fait une gitane : "Tu connaîtras les plus grands honneurs, tu seras l'égale de la reine. Puis tout s'écroulera sous tes pieds et des deuils te frapperont."

Il finira par l'épouser, aura des enfants et, devenu célèbre, se servira d'elle pour donner l'apparence d'être un "homme bien". "Avec elle, il n'y a presque jamais eu d'amour.Juste quelque chose de physique. Parce qu'elle était une belle fille, pulpeuse, bien faite et, comme on dit, un beau brin de fille. Juste des sens, seulement ça."

L'auteur ne nous dit pas grand chose sur elle. Une anecdote donne un aperçu de leurs rapports. Frustré de ne pas avoir assisté à la naissance de leur troisième enfant, il la menace : "J'espère que tu ne vas profiter de mon absence pour mettre au monde le petit. J'en ai assez d'être le dernier informé de la naissance de mes enfants." (...) "Je t'avais dit de m'attendre, pourquoi ne l'as-tu pas fait ?" Sans un regard pour le bébé !

Angelica et Margherita feront de l'instituteur un leader politique. Toutes les deux sont juives, issues de la grande bourgeoisie, éduquées aristocratiquement et ont rompu avec leur milieu, ses codes et ses valeurs politiques. Elles sont converties aux idées socialistes d'avant-garde. Angelica quittera Benito pour Lénine, Margherita sera aux côtés de Mussolini pendant dix ans. C'est elle qui le poussera à forcer le destin et à organiser la marche sur Rome.

Elle sera considérée comme sa concubine officielle et parviendra à créer un mythe, celui du surmâle, arrivant même à le faire aimer par un peuple qui ne l'apprécie pas.

De fasciste qu'elle est devenue, elle est toujours juive. Et en 1934, après une entrevue avec Hitler, Mussolini devient antisémite et commence la persécution des Juifs. Il l'a fait licencier du journal qu'elle dirigeait. Menacée sérieusement par les lois antisémites, elle se réfugiera en Argentine. Elle lui avait pourtant tout appris...

Sa dernière conquête sera Clara Petucci. Son père est le médecin personnel de Pie XI. Elle est fiancée mais tombe éperdument amoureuse de Mussolini. Elle ira jusqu'à épouser son fiancé, Ricardo Federicci pour sauver les apparences. Elle divorcera et se consacrera entièrement à Benito.

Mais quelle conception de l'amour a ce Benito ? Jugez ce qu'il lui dit : "Je t'aime follement... et je voudrais te dévaster, te faire mal, être brutal avec toi. Pourquoi mon amour se manifeste-t-il avec cette violence ? J'ai un besoin de t'écraser, de te mettre en pièces, une impulsion violente. Je suis un animal sauvage". Ou encore : "Je suis double et le numéro deux est mauvais". A cette violence, elle ne répond que par des larmes...

La fin de Mussolini sera tragique. Il tentera de fuir après avoir supplié Clara de s'enfuir en Espagne. Ils seront tous les deux assassinés.  

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