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13/03/2013

DOUGLAS KENNEDY.

Douglas kennedy, les désarrois de ned allen, entreprise américaine, licenciements, restructurations, vengeance, pouvoir

Douglas Kennedy est né à Manhattan en 1955. En 1994, il passe un an de sa scolarité à Dublin. Revenu à New York, il passe plusieurs mois comme régisseur de théâtre sans grand succès. Il décide de repartir à Dublin pour rendre visite à des amis et y reste.

En 1991, après un long voyage en Australie, il publie son premier roman "Cul-de-sac" qui sera un très grand succès. Il sera republié plus tard sous le titre "Piège Nuptial". (billet du 22 février 2010).

Tous ses romans sont des succès de librairie traduits en plusieurs langues. C'est probablement l'écrivain américain le plus populaire. Je l'ai beaucoup lu notamment "Rien ne va plus" (billet du 21 juin 2012) "L'homme qui voulait vivre sa vie" "Au pays de Dieu" (billet du 20 août 2008). Il vient de publier "Combien ?"

LES DESARROIS DE NED ALLEN.

Ned Allen est responsable de la vente d'espaces publicitaires pour un célèbre magazine informatique "Compu World". Il aime son métier et est considéré dans le milieu comme un excellent vendeur. "L'art de la vente, voyez-vous, se résume en un seul mot : "Persuasion". Ou encore : "Les affaires ont été bonnes, aujourd'hui. J'ai misé, attaqué, contré, jacté. Et j'ai conclu".

Nous sommes plongés tout de suite dans l'ambiance d'une entreprise américaine. La concurrence est rude. Chaque contrat perdu est vécu comme un échec. Un contrat signé, après une négociation difficile, est une réussite valorisante et un appel à en faire toujours plus.

Ned Allen, comme ses collaborateurs, ne vit que pour son métier. Il s'astreint à mener une vie saine. C'est un type bien, estimé par ses collaborateurs qu'il soutient, n'hésitant pas à intervenir lui-même quand ils sont en difficulté. Son credo : "Quand on fait le mauvais choix, on en paie toujours le prix."

Ned Allen est marié à Lizzie qui travaille dans les Relations publiques. Elle lui reproche de n'avoir aucun sens de l'argent. "Tu te sens obligé de dépenser, cela te rassure" lui dit Lizzie. En effet, gagnant très bien sa vie, Ned accumule les dettes. Ils n'ont pas d'enfant. Lizzie a fait une fausse couche, qui reste une blessure ouverte d'autant plus que Ned n'avait, dans un premier temps, pas apprécié que sa femme soit enceinte.

La vie de Ned va basculer. Son chef, Chuck Zanussi, qu'il n'apprécie pas car il est brutal et sans scrupule, lui apprend que l'entreprise a été achetée par une entreprise allemande "Klang-Sanderling". Ned est chargé de rassurer le personnel, ils seront tous repris. Mais il le sait : "Le rachat d'une entreprise, c'est une invasion. Du jour au lendemain, vos nouveaux maîtres ont un pouvoir absolu sur votre avenir."

Cette annonce intervient au moment où l'entreprise a un grave problème. Un vendeur, Ivan Dolinsky, n'est pas arrivé à conclure un contrat très important avec une entreprise. Le responsable Ted Peterson avait donné son accord verbal mais l'a retiré. La revue est en difficulté à quatre jours du tirage.

Un collaborateur, Phil, lui propose de faire pression sur Peterson en lui rappelant un fait de sa vie privée, un viol qui, révélé, ruinerait sa carrière. Ned refuse puis essaie de persuader Peterson de revenir sur sa décision mais, un peu malgré lui, il fait allusion à ce fait de sa vie privée. Un chantage qu'il ne se pardonne pas et qui aura des conséquences désastreuses pour sa vie.

Ned Allen va rencontrer le nouveau patron, Klaus Kreplin. Celui-ci va lui annoncer qu'il a décidé de virer Chuck Zanussi et de le nommer directeur à sa place. Ned défend son ancien patron mais l'Allemand le coupe : je suis le boss, je décide et il ajoute : "On a toujours à rendre compte à quelqu'un plus haut que soi. Si ce quelqu'un n'est pas satisfait de vos résultats, alors... L'annonce ne se fera qu'après les vacances de Noël et Klaus Krepin exige le silence complet. Il ne peut rien dire à Lizzie.

Nel, heureux, part en vacances avec sa femme. Quand il revient pour prendre ses nouvelles fonctions, c'est le chaos à Compu World. Les employés viennent d'apprendre que l'entreprise a été reprise par une autre société. Ils sont tous virés. Il rencontre le responsable des relations humaines : "Votre indemnité de départ sera d'un demi-mois de salaire par année d'ancienneté. Vous  bénéficierez de votre assurance maladie jusqu'à la fin du trimestre en cours." C'est la loi aux Etats-Unis. Passé ce délai, il peut obtenir une couverture sociale pendant dix-huit mois en la payant lui-même !

Ned Allen n'est pas au bout de ses surprises. C'est Chuck Zanussi qui est devenu directeur de la société. Et il est très clair : "Je vais vous dire une chose : si cela ne tient qu'à moi, vous ne réussirez plus jamais à travailler dans ce secteur. Jamais."

En sortant, Ned rencontre Klaus Krepin. Il le frappe violemment et le quitte baignant dans une mare de sang, ne bougeant plus.

La première partie du livre est terminée. Ned Allen va alors vivre un véritable enfer. Il apprend que l'outplacement donne des conseils, peut le mettre en relation avec un employeur mais c'est à lui de décrocher le job.

Ted Peterson et Chuck Zanussi vont empêcher tout engagement, même dans un autre secteur. Ils se vengeront aussi d'Ivan Dolinski qui se suicidera. Sa femme le quitte. Il tombe dans un piège tendu par un ami, Jerry Schubert. Celui-ci lui fait croire qu'il doit monter, en toute légalité, une société d'investissement. En réalité, il va s'apercevoir qu'il est son "porteur de valises", il transporte de l'argent aux Bahamas.

Je n'en dirai pas plus. Le lecteur le suivra dans cette seconde vie avec une question : finira-t-il par s'en sortir ?

Le roman est passionnant. Douglas Kennedy décrit parfaitement l'entreprise américaine, les ravages causés par les restructurations. Le côté humain est abordé par les dégâts causés au personnel mais aussi par la description des détériorations du mariage de Ned et Lizzie. La vengeance de Peter Peterson, de Chuck Zanussi illustrent bien ce que peut le pouvoir. La trahison de Jerry Schubert est particulièrement odieuse. Il s'est présenté en ami, comme un sauveur pour l'attirer dans son piège.

C'est la spécialité de Douglas Kennedy de décrire la société américaine et il le fait toujours très bien.

Je terminerai par cette remarque désabusée de Ned Allen : "Vous jouez le jeu, vous croyez en connaître les règles, jusqu'au jour où vous vous réveillez pour découvrir que c'est le jeu qui se joue de vous."

Les désarrois de Ned Allen sont ceux d'un type trop bien pour la société dans laquelle il vit. 

            

Commentaires

Un sujet très actuel, cette imbrication entre la vie professionnelle et la vie privée. Je me demande parfois si ces tensions, ces frustrations dans notre mode de vie sont propres à notre époque ou pas. De Kennedy, je n'ai lu que "La poursuite du bonheur".

Écrit par : Tania | 14/03/2013

Merci, Tania. Je trouve que la vie est beaucoup plus dure actuellement et pas seulement pour ceux qui sont touchés par la perte de leur emploi. Les tensions dans les entreprises sont de plus en plus fortes. Il faut ajouter les relations souvent mauvaises entre personnel/direction et entre collègues. Je suis effarée d'entendre certains témoignages de personnes qui me sont proches.

Écrit par : mado | 14/03/2013

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