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23/01/2013

JEAN d'ORMESSON.


Jean d'ormesson, le rapport gabriel, souveniirs, le monde, l'histoire, le figaro, liberté de l'homme, le mal, le bien

J'ai déjà beaucoup parlé de Jean d'Ormesson notamment de son livre "C'est une chose étrange à la fin que le monde" que je recommande vivement (billet du 4 novembre 2010) et de son discours d'intronisation de Simone Veil à l'Académie française. (billet du 19 mars 2010).

LE RAPPORT GABRIEL.

"Ce n'était pas la première fois que les hommes mettaient Dieu hors de lui. (...) Il leur avait tout donné. Et d'abord l'existence. Il finissait par se demander s'il avait bien fait de les tirer du néant."

Dieu fait appel à l'archange Gabriel, son messager qu'il avait déjà envoyé à Abraham, Daniel, Zacharie, Marie, Mahomet. Dieu lui demande de retourner sur terre et d'établir un rapport qui lui permettrait de décider de sauver les hommes si ingrats. Certains n'affirmaient-ils pas douter de son existence ? "C'est leur orgueil que je veux punir en mettant fin à leur existence." Mission acceptée.

Le lecteur découvrira vite le subterfuge de l'auteur. Il lui permettra de raconter sa vie comme il aime tant le faire mais sous forme d'un roman. Gabriel n'apparaîtra vraiment qu'à la page 123 : "Je le vis sur le chemin qui menait vers la mer. Il portait une chemise blanche et un pantalon blanc. Immobile, debout il avait l'air d'attendre."

Gabriel s'installe donc chez l'auteur et lui fait part de sa mission : rédiger un rapport pour sauver les hommes. S'il a choisi de s'installer chez lui c'est parce qu'il est un homme insignifiant "un rien du tout". Jean d'Ormesson ne pouvait pas refuser ce que l'archange lui demandait.

Le livre sera un mélange des souvenirs de l'auteur : son enfance, sa carrière, ses rencontres mélangées  à des réflexions philosophiques sur le temps, le poids de l'argent, le pouvoir, le sexe, le mal. Un survol du monde à travers le récit de sa vie. Peu de citations ce qui étonnera les lecteurs l'ayant vu à la télévision. Mais beaucoup de rappels d'auteurs, de livres, surtout les siens. L'archange le lui reprochera gentiment...

De son enfance il parlera surtout du château de Saint-Fargeau qui appartenait à sa mère. Une très jolie description : "Le château était royal, les terres étaient sans bornes, les forêts pleines de chênes".

Il trace un portrait très élogieux de ses parents. Son père était diplomate, Jean a donc passé une partie de sa jeunesse en Bavière, Roumanie, Brésil. En poste en Bavière, son père était favorable à une intervention française et européenne contre Adolf Hitler dont il dénonçait les mensonges, les discours hystériques, les appels à la haine. Il a fait ce qu'il a pu pour sauver des Juifs. Jean d'Ormesson rappelle l'épisode connu de la gifle administrée par son père alors qu'il applaudissait un défilé de nazis. Croyait-il en Dieu ? lui demande l'archange. Oui, mais "Il était très loin d'être mystique et il doutait un peu, je crois, dans le secret de son coeur, des miracles, des dogmes et de la vérité révélée.""Etais-tu pieux ? – Pas très. J'oubliais vite. J'étais trop gai. Le monde me plaisait trop. Et je riais de tout."

Sa mère appartenait à une vieille famille catholique où l'argent n'avait jamais manqué. "Pour employer le vocabulaire en usage de mon temps, j'étais un privilégié." Les valeurs de la famille : la tolérance, l'amour et le respect entre les parents et les enfants.

Ses études ? Les lectures d'abord au château, le collège, la licence en lettres et histoire, l'agrégation de philosophie.

Sa carrière ? Secrétaire général du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines à L'UNESCO dont il deviendra président. Rédacteur en chef de la revue Diogène et en 1970, directeur du Figaro.

Un portrait peu flatteur de son travail à l'Unesco : "Je ne faisais rien mais j'étais libre – Libre de quoi ? demanda Gabriel. – D'abord de ne rien faire, ou presque rien. Le moins possible, en tout cas, avec un succès éclatant. Et puis, d'écrire des navets. Et enfin, de courir le monde."

Il parle très longuement du "Figaro" mais alors qu'il n'avait qu'une envie, écrire des livres, "le destin farceur me proposait, catastrophe et bonheur de diriger un journal". Raymond Aron avait fait campagne pour sa candidature sur trois thèmes : "Il n'est pas trop idiot : ça ira; il a des opinions très fermes, mais assez vagues : c'est commode; il est d'une ignorance encyclopédique : ça n'a aucune importance." (sic).

Aron allait pourtant être un collaborateur très précieux. Ils quitteront ensemble le journal lors de son rachat par Hersant. "Qu'est-ce qui menait Hersant ? Le goût du pouvoir, la volonté de revanche." Ils désiraient tous les deux quitter le journal. Aron, porteur d'une philophie politique, avait besoin d'une tribune pour les exposer, mais pas n'importe laquelle. Jean s'interrogeait sur son choix du journalisme contre la littérature.

Ses éblouissements ? La beauté du monde et du cosmos. Il reprendra, sans le citer, les propos d'Einstein : "Ce qui a de plus incompréhensible, c'est que le monde soit compréhensible." "Dieu ne joue pas avec des dés".

Impossible de citer tous ceux qu'il a admirés. Pêle-mêle : Jacques Julliard qui l'a encouragé à écrire, François Nourrissier, Louis Aragon, Paul Valéry, André Breton, Louise de Vilmorin, André Malraux etc.

Et le rapport dans tout cela ? Rien de bien neuf. Dieu a donné la liberté à l'homme. Ceux-ci, à travers toute l'histoire, préfèreront souvent la guerre à la paix, le mal au bien, par attrait du pouvoir et de l'argent.

"L'histoire des hommes, depuis qu'ils existent, n'est qu'une marche en avant vers le savoir et la puissance – et un piétinement dans le mal. Qu'ont-ils fait les hommes, depuis les débuts de l'histoire ? Ils ont accru leur savoir, ils ont étendu leur pouvoir, ils ont fait des enfants, des temples, des routes, des symphonies – et ils se sont haïs et massacrés."

"Aucune époque autant que la mienne n'a parlé de paix, de justice, de solidarité, de fraternité entre les hommes : elle a un versant angélique. Et elle a un versant bestial : aucune époque autant que la mienne n'a vu régner la mort."

Et le rapport dans tout cela ? Dieu décidera de sauver les hommes... Jean d'Ormesson continuera à aimer la mer, les femmes, les livres et, pour notre bonheur¸à écrire des livres.

20/01/2013

EVANSON.


 

Pour en savoir plus sur ce groupe sympathique :

http://www.myspace.com/evanson

 

evanson

10:23 Publié dans Belgique, Musique. | Tags : evanson | Lien permanent | Commentaires (0)

18/01/2013

MOLIERE.

molière, qui a écrit ?, L'ombre d'un doute, secrets d'histoire, le misanthrope, alceste, amour, jalousie, amitié

Une vieille polémique a ressurgi ces derniers jours à la télévision : Molière est-il l'auteur de ses pièces? Un documentaire a été diffusé par France3 dans l'émission "L'ombre d'un doute". Des spécialistes se sont affrontés, s'appuyant notamment sur le livre de Pierre Louys, écrit en 1919. Pour lui, Corneille aurait écrit les pièces de Molière. Ainsi, le grand Corneille, membre de l'Académie française, condamné à écrire des tragédies, ayant besoin d'argent aurait été tout heureux d'écrire les comédies – en tout ou en partie – de Molière. Verdict des travaux faits à l'ordinateur avec un logiciel de comparaison : les vers de Molière sont très proches de ceux de Corneille. Autre argument :  Molière a séjourné six mois à Rouen, Corneille a déménagé à Paris pour être proche du célèbre comédien.

Dans "Secrets d'histoire" l'émission de France2 présentée par Stephan Bern, une allusion est faite à cette polémique. L'accent mis sur la jeunesse de Molière - études classiques, très sérieuses faites chez les Jésuites – semble contredire ceux qui affirment qu'il était incapable d'écrire ses pièces et était, avant tout, un homme d'affaires comme son père dont il avait repris la charge de tapissier du roi.

Quoiqu'il en soit, tous sont d'accord pour affirmer que par son génie de comédien il a révolutionné le théâtre de l'époque. Nul n'ignore l'importance qu'il apportait aux costumes, à la musique, la collaboration de Lully, l'appui de Louis XIV et le succès populaire dépassant tout ce que l'on peut imaginer.

Dans ma jeunesse, j'étais partagée : aimais-je plus Corneille ou Racine ? Cela dépendait sans doute de mon état d'esprit. Je pense quand même que Racine l'emportait. J'aimais moins Molière sauf "Le Misanthrope" qui reste une de mes pièces préférées.

L'intrigue est simple. Alceste, l'intransigeant, est amoureux de Célimène, une jeune coquette. Son ami Philinte ne comprend pas cet amour. La pièce finit mal puisque Célimène refuse de se retirer dans le désert comme le lui demande Alceste.

Je n'ai pas l'intention d'analyser la pièce, je ne suis plus prof  mais simple blogueuse !

Plusieurs scènes me reviennent en mémoire. Celle dite du sonnet dans laquelle Orante essaie en vain d'obtenir l'approbation d'Alceste qui finit par lui dire : "Franchement, il est bon à mettre au cabinet". "Ce style figuré, dont on fait vanité / Sort du bon caractère, et de la vérité; / Ce ne sont que jeu de mots, qu'affectation pure, / Et ce n'est point ainsi que parle la nature / Le méchant goût du siècle, en cela me fait peur".

Une autre scène appelée souvent"la tirade de Célimène" est un régal. Elle répond à Arsinoé, la prude, qui l'accuse d'être une coquette, de manière magistrale.

Je voudrais pouvoir reproduire tous les dialogues entre Alceste et son ami Philinte. Ainsi dans la première scène du premier acte où Alceste reproche à Philinte d'avoir le coeur corrompu : "Allez, vous devriez mourir de honte, / Une telle action ne saurait s'excuser, / Et tout homme d'honneur s'en doit scandaliser, / Je vous vois accabler un homme de caresses / Et témoigner pour lui, les dernières tendresses (...) Et quand je vous demande après quel est cet homme, / A peine pouvez-vous dire comment il se nomme (...) Morbleu, c'est une chose indigne, lâche, infâme, / De s'abaisser ainsi, jusqu'à trahir son âme : / Et si par malheur, j'en avais fait autant, / Je m'en irais de regret, pendre tout à l'instant."

Et encore, dans la même scène : "(...) Et c'est n'estimer rien, qu'estimer tout le monde / (...) Je veux qu'on me distingue, et pour le trancher net, / L'ami du genre humain n'est point du tout mon fait."

Philinte répliquera avec ce qu'on pourrait qualifier de sagesse :"Il est bien des endroits, où la pleine franchise / Deviendrait ridicule, et serait peu  permise; / Et parfois n'en déplaise, à votre austère honneur, / Il est bon de cacher ce qu'on a dans le coeur".

Le dialogue se poursuivra sans qu'Alceste n'en démorde. A Philinte qui lui dit : "Vous voulez un grand mal à la nature humaine! (...) Tous les pauvres mortels, sans nulle exception, / Seront enveloppés dans cette aversion ? / Encor en est-il bien, dans le siiècle où nous sommes...".

 Réponse d'Alceste  : "Non, elle est générale, et je hais tous les hommes : / Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants; / Et les autres pour être aux méchants complaisants ".

Tac ! Pauvre Alceste qui est amoureux fou de Célimène. Une conception bien étrange de l'amour puisqu'il l'accable de reproches, allant jusqu'à se plaindre de l'aimer : "On me laisse tout croire, on fait gloire de tout; / Et cependant mon coeur est encore assez lâche / Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache, / Et pour ne pas s'armer d'un généreux mépris / Contre l'ingrat objet dont il est trop épris !"

La réponse de Célimène à Alceste est sans appel : "Non, vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime." Alceste jaloux, mais fier de l'être, répondra : "Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouve aimable, que vous fussiez réduite en un sort misérable"

La pièce finit mal puisque Célimène n'accepte pas de fuir dans un désert comme Alceste le lui propose : "La solitude effraie une âme de vingt ans /  Je ne me sens point la mienne assez grande, assez forte / Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte."

Réponse inouïe que celle d'Alceste : "Non, mon coeur à présent, vous déteste,  / Et ce refus, lui seul, fait plus que tout le reste. / Puisque vous n'êtes point en des liens si doux; / Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous / Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage, / De vos indignes fers, pour jamais me dégage."

D'autres vers mériteraient bien d'être repris. Ainsi cette réplique de Philinte à Alceste : "Non, je tombe d'accord de tout ce qui vous plaît, / Tout marche par cabale, et par pur intérêt" Mais sa sagesse le reprend vite : "Si tous les coeurs étaient francs, justes, et dociles, / La plupart des vertus nous seraient inutiles "

J'aime aussi beaucoup ces vers qui rendent Alceste plus sympathique : "Non, de trop de soucis, je me sens l'âme émue, / Allez-vous-en la voir, et me laissez, enfin / Dans ce petit coin sombre, avec mon noir chagrin."

En me replongeant dans Molière pour écrire ce billet, je comprends pourquoi cette pièce est restée dans mon souvenir. L'amitié de Philinte pour Alceste, l'amour fou même s'il est ombrageux d'Alceste pour Célimène, la coquetterie de celle-ci, tout me semble terriblement actuel.

16/01/2013

JOSEPH ANTON.

joseph anton, salman rushie, fatwa, liberté d'expression

Salman Rushie vient de publier son autobiographie sous le pseudonyme qu'il avait été obligé de prendre pendant les dix ans de sa clandestinité.

Il est né à Bombay le 9 juin 1947. Il a quitté son pays pour faire ses études au Royaume-Uni à l'âge de treize ans. Un choix volontaire que sa mère désapprouvait mais avec l'accord bienveillant de son père. Il se sentira étranger, déraciné, sentiment qu'il gardera toute sa vie. Ainsi se posera-t-il souvent la question du "déracinement" et des "identités multiples" car il restera toujours attaché à son pays natal.

Il a déjà écrit plusieurs livres dont "Les enfants de minuit" "La honte" lorsque sa vie basculera le 14 février 1989. L'année précédente il avait publié "Les Versets sataniques", un livre de fiction dans lequel il s'interroge sur l'islam. Son père Anis, athée comme lui mais de famille musulmane, lui avait très tôt parlé de l'islam.

"Le père avait transmis à son fils cette idée que l'histoire de la naissance de l'islam était fascinante parce que c'était un événement qui s'était produit dans l'histoire, et que, de ce fait, il était manifestement influencé par les événements, les contraintes et les idées de l'époque de sa création; que considérer ce récit de manière historique, essayer de comprendre comment une grande idée était façonnée par ces forces était la seule approche possible du sujet"

Le 14 février 1989, l'ayatollah Khomeiny prononçait sa fatwa :

"J'informe le fier peuple musulman du monde que l'auteur des Versets Sataniques, livre qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l'islam, au Prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l'ont publié ou ont connaissance de son contenu, sont condamnés à mort. J'appelle tous les musulmans à les exécuter où qu'ils les trouvent."

Ce sera le début d'une longue errance qui durera 10 ans. Le gouvernement britannique impose des règles strictes à sa protection. Il doit constamment changer de maison, qu'il doit lui-même chercher et louer.

Sa tête est mise à prix plusieurs fois, des manifestations houleuses ont lieu dans de nombreux pays musulmans et il est même interdit de séjour en Inde. Il se rappellera ses paroles de Nehru, en 1929 : "C'est un pouvoir dangereux entre les mains d'un gouvernement que le droit de déterminer ce qu'on peut lire et ce qu'on ne peut pas..."

Salman Rushdie va passer par tous les sentiments : l'incompréhension, l'agacement, la peur, le doute, la tristesse.

L'incompréhension : "Quand on a passé cinq ans de sa vie aux prises avec un projet vaste et compliqué, en essayant de le terrasser, de le contrôler, de lui donner toute la beauté formelle dont on est capable par son talent et que, lors de sa publication, il est accueilli d'une manière aussi injuste et aussi laide, on se dit que peut-être cela n'en valait pas la peine."

L'agacement devant les réactions du gouvernement britannique qui lui font parfois sentir durement ce qu'il leur en coûte de devoir le protéger parce que citoyen britannique attaqué par une puissance étrangère. S'il remercie les policiers de leur protection, il doit apprendre à vivre avec eux et ce n'est pas toujours facile. Devoir constamment changer de logis, non plus.

La peur, il éprouve pour lui, pour son épouse et son fils Zalar qui vit avec sa première épouse, pour tous ceux qui le soutiennent. Des librairies sont plastiquées, ses traducteurs japonais et italien poignardés, son traducteur turc meurt dans un hôtel incendié par des manifestants.

 Le doute. Doit-il continuer à vivre comme un homme invisible ? Accepter la protection ? Une certitude ne le quittera jamais : l'absolue nécessité de se battre pour la liberté d'expression. 

Quand son livre est brûlé à Bradford, il repensera à tous ceux dont les livres ont été censurés et aux paroles de Joseph Goebbels : "Non à la décadence et à la corruption morale. Oui à la décence, à la moralité, à la famille et à l'Etat. Je livrerai aux flammes les oeuvres d'Heinrich Mann, Ernst Glâser, Erich Kastner." Les oeuvres de Bertold Brecht, Karl Marx, Ernest Hemingway furent aussi livrés aux flammes.

La tristesse, il éprouvera devant les manifestations haineuses, de voir des musulmans tués par d'autres musulmans parce qu'ils avaient exprimé des points de vue pacifique, comme le mollah considéré comme le chef spirituel des musulmans en Belgique et son équivalent tunisien. "Ils furent assassinés pour avoir déclaré que quels que fussent les propos que Khomeiny avait pu tenir dans le contexte iranien, en Europe, c'était la liberté d'expression qui prédominait."

Dans son autobiographie, Salman Rushdie parle longuement de sa famille. De son fils Zalar qui lui demandera d'écrire un livre pour lui, de son ex-épouse frappée par le cancer, des trahisons de Marianne avec qui il vit et qui l'attaque dans les médias.

Il ne cessera pourtant pas d'écrire. Le livre promis à Zalar "Haroun et la mer des Histoires" "Patries imaginaires" "Est, Ouest" "Le Dernier Soupir du Maure".

Il se battra avec acharnement pour que "Les Versets sataniques" soient publiés en livre de poche sachant qu'une fois l'édition épuisée le livre disparaîtrait.

Salman Rushdie relate aussi tous les événements de ses dix années de clandestinité. C'est donc ausi un livre d'histoire que son autobiographie.

Il avait retrouvé la liberté et séjournait au Texas le 11 septembre 2001. C'est à la télévision qu'il vit le second avion s'abattre sur les tours.

Son livre se termine en citant la conclusion d'un de ses articles : "Pour que le terrorisme soit vaincu, il faut que le monde de l'islam adopte les principes laïcs et humanistes sur lesquels est basé le monde moderne et sans lesquels la liberté dans ces pays demeurera un rêve lointain."

"A l'époque, dit-il, ce point de vue paraissait une utopie,  pourtant une décennie plus tard, la jeunesse du monde arabe, en Tunisie, en Libye, en Syrie et ailleurs essayait de transformer la société en appliquant ces principes."

Nous savons tous maintenant ce qu'est devenu le printemps arabe. Nous assistons aujourd'hui même à la conquête du Mali par des islamistes qui veulent imposer la charia.

"Joseph Anton"  est un beau livre, difficile car il cite beaucoup de monde, fait référence à des écrivains pas toujours connus. Mais je ne regrette pas ma lecture.      

09/01/2013

GILBERT BECAUD.


 

Pourquoi bouder son plaisir ? Après Jacques Brel, voici Gilbert Bécaud. Né le 24 octobre 1927 à Toulon, il est décédé à Paris le 18 décembre 2001, d'un cancer du poumon, sur sa péniche amarrée au Pont de Saint Cloud.

Sa carrière de chanteur débute dans les années cinquante. Il avait suivi une formation classique au conservatoire de Nice et avait été pianiste accompagnateur. Sa rencontre avec Pierre Delanoë, puis avec Louis Amade va le décider à monter sur scène. Le succès est immédiat et durera quatre décennies.

Il a joué dans quelques films, écrit des musiques de film mais c'est incontestablement le chanteur-compositeur qui séduit.

Sur scène, il n'avait pas le talent d'acteur de Jacques Brel, ses gestes étaient dérisoires, mais  il était un pianiste extraordinaire. Je dois dire que je l'aime plus au piano qu'au micro ! Un piano légendaire, légèrement incliné vers l'avant pour lui permettre de voir le public. Son costume bleu, sa cravate à pois, sa main sur l'oreille sont dans toutes les mémoires.

Ses paroliers dont les principaux sont Pierre Delanoë, Louis Amade et Maurice Vidalin ont abordé tous les thèmes. Bien sûr, l'amour heureux ou malheureux, mais aussi l'amitié, la tendresse, la famille, l'enfance, la solitude, l'indifférence, le bonheur, la vie quotidienne, la mort, tout ce qui nous touche.

"Il faudra bien que ça arrive, je partirai / Tu pleureras, j'en pleurerai / Tu haïras, je te plaindrai / Mal installé entre deux rives, je partirai" (Je partirai).

"Je reviens te chercher / Je savais que tu m'attendais / Je savais que l'on ne pourrait / Se passer l'un de l'autre longtemps / Tous les deux on s'est fait la guerre / Tous les deux on s'est pillés, brûlés, volés / Qui a gagné, qui a perdu / On n'en sait rien on ne sait plus / On se retrouve les mains nues / Mais après la guerre, il nous reste à faire / La paix (Je reviens te chercher).

"Quand tu danses , danses, danses devant moi / Je sens mon coeur qui bat / Au rythme de tes pas (Quand tu danses).

"Mon dieu qu'il y en a / Des croix sur cette terre / Croix de fer, croix de bois / Humbles croix familières / (...) Mon dieu qu'il y en a / Sur les routes profondes / De silencieuses croix / Qui veillent sur le monde"(Les croix).

"Les enfants du dimanche / Une étoile dans les yeux / Rêvent d'une revanche / Sur les grands, sur les vieux / Ils rêvent que la vie / Un jour sera jolie"(Les enfants du dimanche.)

"Comme l'argile / L'insecte fragile / L'esclave docile / Je t'appartiens (...) Je ne suis pas un ange / Tu le sais bien / Je n'suis qu'un homme / Rien qu'un pauvre homme / (Je t'appartiens).

"Le jour où la pluie viendra / Nous serons toi et moi / Les plus riches du monde / Les arbres pleurant de joies / Offriront dans leurs bras / Les plus beaux fruits du monde / Ce jour-là (Le jour où la pluie viendra).

"J'avais un seul ami et on me l'a tué / Il était plus que lui, il était un peu moi / Je crois qu'en le tuant on m'a aussi tué / Et je pleure la nuit mais on ne le sait pas (C'était mon copain).

C'est une constante dans les chansons de Gilbert Bécaud, le titre résume la chanson ou en est le premier vers. C'est le cas dans celles que j'a citées et dans d'autres comme :  "Les bains de minuit" "La solitude, ça n'existe pas" "La vente aux enchères" "Les cerisiers sont blancs" "Quand Jules est au violon" "Les tantes Jeanne""L'orange" "Le petit oiseau de toutes les couleurs"...

Certaines chansons sont plus connues que d'autres. Ainsi "Nathalie" "Quand il est mort le poète" "L'important, c'est la rose".

Certaines sont de véritables tableaux comme "Le pianiste de Varsovie" : "Une place peuplée de pigeons / Une vieille demeure avec pignon / Un escalier en colimaçon"

"Il y a tout au long des marchés de Provence / Qui sentent le matin, le mer et le Midi / Des parfums de fenouil, melons et céleris / Avec dans leur milieu, quelques gosses qui dansent" (Les marchés de Provence).

"A l'escalier C bloc vingt et un / J'habite un très chouette appartement / Que mon père si tout va bien / Aura payé en moins de vingt ans / On a le confort au maximum / Un ascenseur et un' salle de bains / On a la télé, le téléphone / Et la vue sur Paris au lointain /  (Dimanche à Orly).  

Dans le même registre, une très amusante "L'enterrement de Cornélius". Tout y est : les amis, les badauds, le mort et son saxophone, le chariot du laitier.

Je ne peux terminer ce post sans citer une de mes préférées, la première de ses chansons, peut-être la plus émouvante : "Mes mains".

"Mes mains / Dessinent dans le soir / La forme d'un espoir / Qui ressemble à ton corps / Mes mains / Quand elles tremblent de fièvre / C'est de nos amours brèves / Qu'elles se souviennent encore / Mes mains / Caressent dans leurs doigts / Des riens venant de toi / Cherchant un peu de joie".

Peu de personnes, je crois, ne considère les textes chantés par Gilbert Bécaud comme des poèmes. Moi, oui. C'est dû à l'incroyable talent de ses paroliers et à son interprétation. Gilbert  sait accélérer le rythme quand il le faut, le ralentir, mettre des silences, en un mot, respecter le texte. La musique le met admirablement en valeur et séduit. Et que dire de sa voix ?

J'avoue, je l'aime bien. Si Jacques Brel m'a parfois fait pleurer, Gilbert Bécaud ne m'a apporté que du bonheur.