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23/01/2013

JEAN d'ORMESSON.


Jean d'ormesson, le rapport gabriel, souveniirs, le monde, l'histoire, le figaro, liberté de l'homme, le mal, le bien

J'ai déjà beaucoup parlé de Jean d'Ormesson notamment de son livre "C'est une chose étrange à la fin que le monde" que je recommande vivement (billet du 4 novembre 2010) et de son discours d'intronisation de Simone Veil à l'Académie française. (billet du 19 mars 2010).

LE RAPPORT GABRIEL.

"Ce n'était pas la première fois que les hommes mettaient Dieu hors de lui. (...) Il leur avait tout donné. Et d'abord l'existence. Il finissait par se demander s'il avait bien fait de les tirer du néant."

Dieu fait appel à l'archange Gabriel, son messager qu'il avait déjà envoyé à Abraham, Daniel, Zacharie, Marie, Mahomet. Dieu lui demande de retourner sur terre et d'établir un rapport qui lui permettrait de décider de sauver les hommes si ingrats. Certains n'affirmaient-ils pas douter de son existence ? "C'est leur orgueil que je veux punir en mettant fin à leur existence." Mission acceptée.

Le lecteur découvrira vite le subterfuge de l'auteur. Il lui permettra de raconter sa vie comme il aime tant le faire mais sous forme d'un roman. Gabriel n'apparaîtra vraiment qu'à la page 123 : "Je le vis sur le chemin qui menait vers la mer. Il portait une chemise blanche et un pantalon blanc. Immobile, debout il avait l'air d'attendre."

Gabriel s'installe donc chez l'auteur et lui fait part de sa mission : rédiger un rapport pour sauver les hommes. S'il a choisi de s'installer chez lui c'est parce qu'il est un homme insignifiant "un rien du tout". Jean d'Ormesson ne pouvait pas refuser ce que l'archange lui demandait.

Le livre sera un mélange des souvenirs de l'auteur : son enfance, sa carrière, ses rencontres mélangées  à des réflexions philosophiques sur le temps, le poids de l'argent, le pouvoir, le sexe, le mal. Un survol du monde à travers le récit de sa vie. Peu de citations ce qui étonnera les lecteurs l'ayant vu à la télévision. Mais beaucoup de rappels d'auteurs, de livres, surtout les siens. L'archange le lui reprochera gentiment...

De son enfance il parlera surtout du château de Saint-Fargeau qui appartenait à sa mère. Une très jolie description : "Le château était royal, les terres étaient sans bornes, les forêts pleines de chênes".

Il trace un portrait très élogieux de ses parents. Son père était diplomate, Jean a donc passé une partie de sa jeunesse en Bavière, Roumanie, Brésil. En poste en Bavière, son père était favorable à une intervention française et européenne contre Adolf Hitler dont il dénonçait les mensonges, les discours hystériques, les appels à la haine. Il a fait ce qu'il a pu pour sauver des Juifs. Jean d'Ormesson rappelle l'épisode connu de la gifle administrée par son père alors qu'il applaudissait un défilé de nazis. Croyait-il en Dieu ? lui demande l'archange. Oui, mais "Il était très loin d'être mystique et il doutait un peu, je crois, dans le secret de son coeur, des miracles, des dogmes et de la vérité révélée.""Etais-tu pieux ? – Pas très. J'oubliais vite. J'étais trop gai. Le monde me plaisait trop. Et je riais de tout."

Sa mère appartenait à une vieille famille catholique où l'argent n'avait jamais manqué. "Pour employer le vocabulaire en usage de mon temps, j'étais un privilégié." Les valeurs de la famille : la tolérance, l'amour et le respect entre les parents et les enfants.

Ses études ? Les lectures d'abord au château, le collège, la licence en lettres et histoire, l'agrégation de philosophie.

Sa carrière ? Secrétaire général du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines à L'UNESCO dont il deviendra président. Rédacteur en chef de la revue Diogène et en 1970, directeur du Figaro.

Un portrait peu flatteur de son travail à l'Unesco : "Je ne faisais rien mais j'étais libre – Libre de quoi ? demanda Gabriel. – D'abord de ne rien faire, ou presque rien. Le moins possible, en tout cas, avec un succès éclatant. Et puis, d'écrire des navets. Et enfin, de courir le monde."

Il parle très longuement du "Figaro" mais alors qu'il n'avait qu'une envie, écrire des livres, "le destin farceur me proposait, catastrophe et bonheur de diriger un journal". Raymond Aron avait fait campagne pour sa candidature sur trois thèmes : "Il n'est pas trop idiot : ça ira; il a des opinions très fermes, mais assez vagues : c'est commode; il est d'une ignorance encyclopédique : ça n'a aucune importance." (sic).

Aron allait pourtant être un collaborateur très précieux. Ils quitteront ensemble le journal lors de son rachat par Hersant. "Qu'est-ce qui menait Hersant ? Le goût du pouvoir, la volonté de revanche." Ils désiraient tous les deux quitter le journal. Aron, porteur d'une philophie politique, avait besoin d'une tribune pour les exposer, mais pas n'importe laquelle. Jean s'interrogeait sur son choix du journalisme contre la littérature.

Ses éblouissements ? La beauté du monde et du cosmos. Il reprendra, sans le citer, les propos d'Einstein : "Ce qui a de plus incompréhensible, c'est que le monde soit compréhensible." "Dieu ne joue pas avec des dés".

Impossible de citer tous ceux qu'il a admirés. Pêle-mêle : Jacques Julliard qui l'a encouragé à écrire, François Nourrissier, Louis Aragon, Paul Valéry, André Breton, Louise de Vilmorin, André Malraux etc.

Et le rapport dans tout cela ? Rien de bien neuf. Dieu a donné la liberté à l'homme. Ceux-ci, à travers toute l'histoire, préfèreront souvent la guerre à la paix, le mal au bien, par attrait du pouvoir et de l'argent.

"L'histoire des hommes, depuis qu'ils existent, n'est qu'une marche en avant vers le savoir et la puissance – et un piétinement dans le mal. Qu'ont-ils fait les hommes, depuis les débuts de l'histoire ? Ils ont accru leur savoir, ils ont étendu leur pouvoir, ils ont fait des enfants, des temples, des routes, des symphonies – et ils se sont haïs et massacrés."

"Aucune époque autant que la mienne n'a parlé de paix, de justice, de solidarité, de fraternité entre les hommes : elle a un versant angélique. Et elle a un versant bestial : aucune époque autant que la mienne n'a vu régner la mort."

Et le rapport dans tout cela ? Dieu décidera de sauver les hommes... Jean d'Ormesson continuera à aimer la mer, les femmes, les livres et, pour notre bonheur¸à écrire des livres.

Commentaires

Bonjour, Mado. J'avais perdu de vue tes précédents billets sur d'Ormesson, et en lisant celui que tu as consacré à "C'est une étrange chose à la fin que le monde", j'y vois effectivement une belle quête de sens (je note ce titre).

Écrit par : Tania | 24/01/2013

Merci, Tania. Tu seras contente du livre.

Écrit par : mado | 24/01/2013

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