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26/09/2012

LA VIOLENCE A L'ECOLE.

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Les médias relaient souvent des cas graves de violence à l'école. Un élève roue de coups son professeur parce qu'il n'est pas d'accord avec le contenu du cours de religion. Une mère de famille gifle puis frappe d'un coup de pied la prof de son fils. Un élève essaie de planter une paire de ciseaux dans le dos d'un enseignant. Ce ne sont que quelques exemples cités par les médias.

Récemment, dans un lycée professionnel de Paris, les cours ont été suspendus après plusieurs cas de violence. Un élève de troisième a tenté d'étrangler le proviseur adjoint en pleine classe,  un enseignant a été menacé de mort par deux élèves. La police a dû intervenir pour maîtriser un élève violent qui refusait de sortir.

Sans aller jusqu'à l'agression corporelle, ce qu'on appelle pudiquement "incivilités" fleurissent allègrement dans les classes. Certains élèves n'hésitent pas à traiter leur prof de "sale pute, conne, connard"  etc.

Un phénomène plus récent est de contester le savoir du prof. Une enseignante affirme : "Pour être cru par les élèves, il faut recourir à Wiképédia." Internet est un magnifique outil d'information mais les élèves s'en servent pour délégitimer la parole de l'enseignant. "Je ne vous crois pas, j'ai lu autre chose sur internet." J'ajouterai qu'habitués à zapper, les élèves sont peu enclins à écouter ce qu'un professeur veut leur apprendre.

Et ce n'est pas tout. Certains sujets deviennent difficiles à aborder comme la Shoah, le conflit israélo-palestinien ou certains cours de biologie. Paroles d'élèves citées par Le Point : "Hitler aurait fait un bon musulman" et parlant de Léon Blum : "Il est juif, qu'il crève". Les propos antisémites sont légion et les élèves éprouvent des difficultés à faire la différence entre les croyances et les savoirs. Ils sont d'ailleurs encouragés par les parents musulmans qui leur défendent de chanter dans une chorale ou de fréquenter la piscine.

La revue "Le Point" (numéro du jeudi 20 septembre) a interrogé des spécialistes. Olivier Gautier, proviseur dans un lycée privé ne croit pas au manque de formation des enseignants, argument brandi à tout bout de champ, comme la crise et la précarité de l'emploi. Pour lui, l'enseignement est important mais le respect et le savoir-vivre sont des valeurs qui aideront les ados toute leur vie. C'est vrai, mais la précarité de l'emploi pèse lourd sur l'école.

Véronique Decker, directrice d'une école publique, le respect ne doit pas être confondu avec la soumission si on veut former des citoyens capables de réfléchir. Elle plaide pour une école qui serait une "micro-société avec des règles de vie communes partagées entre les élèves, les professeurs et les parents" Je pense au projet pédagogique revendiqué par les directeurs d'école en Belgique, souvent attaqué, et pour moi, indispensable.

Responsabiliser les élèves, Bruno Robbes, ancien instituteur en donne le mode d'emploi dans son livre "L'éducation éducative dans la classe. Douze situations pour apprendre à l'exercer."

Ingrid Duplaquet, professeur dans une ZEP en a fait sa bible. "Le métier de professeur, c'est comme le métier de parents : il faut poser les règles dès le début, à la rentrée, en ayant soin de les expliquer."

Alain Finkielkraut se souvient de ce qu'on disait en mai 68 et affirme : "La question qui nous est posée, quarante ans après, est, à l'inverse : comment rétablir l'autorité face à des élèves énervés, mal élevés, quand ils ne sont pas tout simplement violents ?"

Son jugement est sévère : "L'école s'infantilise. Et, portée par l'amour, elle sacrifie la transmission de la culture à la "réussite pour tous". Il cite Hannah Arendt : "L'enfant n'est pas seulement un être humain en devenir, mais aussi un nouveau venu dans le monde. Ce monde que l'enfant ne connaît pas, il revient à l'éducation de l'y introduire. Et les professeurs, et les parents, l'y introduisent en assumant la responsabilité du monde. Dans le cas de l'éducation, la responsabilité prend la forme de l'autorité."  (Le livre d'Hannah Arendt :  Qu'est-ce que l'autorité ?)

Alain Fienkielkraut souligne aussi la concurrence omniprésente que les nouvelles technologies font à la culture dont les professeurs sont dépositaires. Et cette tendance à la mode de "s'adapter" aux élèves. "Plutôt que de faire étudier "Le Cid" en classe de quatrième, les professeurs obéissent aux consignes : ils choisissent une problématique proche des élèves et les penchent sur des situations aussi peu dépaysantes que possible, du genre "le divorce de mes parents..." Il ajoute : "Comment rétablir l'autorité ? La tâche est immense et d'autant plus redoutable que le public scolaire est en train de changer"

Alain Fienkielkraut fait allusion à la mixité sociale si prônée en Belgique par le calamiteux décret d'inscription. L'objectif avoué n'a pas été atteint et les dégâts ont dépassé tout ce qu'on pouvait imaginer.

Un autre son de cloche est celui de Michel Serre, membre de l'Académie française et professeur à l'université Stanford. "Dans mon dernier livre, je raconte l'évènement d'un nouvel humain, né de l'essor des nouvelles technologies, "Petite Poucette", l'enfant d'Internet et du téléphone mobile. Un clin d'oeil à l'usage intensif du pouce pour converser par texto. L'avènement de Petite Poucette a bousculé l'autorité et le rapport au savoir. Parents et professeurs ont le sentiment d'avoir perdu leur crédibilité dès lors que, face à eux, Petite Poucette tient entre ses pouces un bout du monde." Sa réponse, face à ce qu'il appelle, le nouveau monde, la compétence. "La seule autorité possible est fondée sur la compétence"(Livre : Petite Poucette).

Je ne crois pas que ce soit aussi simple. Même la compétence peut être remise en question par des ados persuadés qu'ils en savent plus que leurs profs.

C'est un tableau bien noir que dresse Le Point à partir de témoignages. Il s'agit de la France mais les problèmes de violence se posent aussi chez nous.

Je dois bien constater que l'élitisme est devenu un gros mot, la mixité sociale, un impératif, l'esprit de compétition, l'effort sont à proscrire, le respect est de moins en moins admis comme une valeur positive. Peut-on dans ce climat rendre aux profs leur autorité ?

Et pourtant, le monde devient de plus en plus dur. Tout le monde est d'accord sur le rôle essentiel que doit jouer l'enseignement dans la formation des jeunes. Je n'ai pas l'impression que nous soyons sur la bonne voie.

Commentaires

Bonsoir, Mado. A lire la presse française, je suis d'accord avec toi, les problèmes sont grosso modo les mêmes en France et en Belgique.
L'autorité fondée sur la compétence, je suis d'accord avec Michel Serres. La compétence est nécessaire, mais ne suffit pas : il y faut aussi de la passion, de l'empathie, une certaine connivence et beaucoup de respect de part et d'autre.
Ce qui sape le moral de nombreux profs, en plus des difficultés du combat propre à l'enseignement contre l'ignorance, la paresse ou la bêtise, et aussi toute la gamme des impolitesses, c'est d'être mis sur la sellette depuis des années. En Belgique : recours contre les décisions des conseils de classe, école de la réussite contre la soi-disant culture de l'échec, intervention de plus en plus marquée de pédagogues soucieux d'uniformisation des méthodes, des évaluations, remise en cause des savoirs (bien qu'ils s'en défendent), et j'en passe. Quelle idéologie derrière tout cela ? Une politique du moindre coût ? A courte vue...
Mais la crise de l'autorité, l'effritement du respect, la violence sont loin de se limiter à l'école. C'est un problème de société : transports en commun, hôpitaux, services de secours, policiers même y sont confrontés.

Écrit par : Tania | 28/09/2012

Merci Tania pour ta précieuse analyse. Je ne puis qu'être d'accord. Durant ma carrière d'enseignante, j'ai toujours cru que les bonnes relations avec les élèves ne pouvaient s'établir qu'avec beaucoup d'amour, du respect, bien sûr, et de l'humour. J'ai pu constater que pour certains de mes collègues, c'était difficile.
La société est violente comme tu le soulignes. Il n'y a pas que l'enseignement mais je pense que l'enseignement doit contribuer à la lutte contre la violence.
Je ne crois pas qu'il s'agisse de coût mais d'idéologie. Nos politiques sont souvent "angéliques" et les réformes qu'ils mettent en place aggravent encore la situation. Sans parler des slogans qui remplacent une vraie réflexion.

Écrit par : mado | 29/09/2012

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