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12/09/2012

MARC DUGAIN.

 

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Marc Dugain est né le 3 mai 1957 au Sénégal. Il est revenu en France à l'âge de sept ans. Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Grenoble. Il a exercé différentes fonctions dans la finance et le transport aérien avant de se consacrer à l'écriture.

Son premier roman "La chambre des officiers" paru en 1998 lui a valu dix-huit prix littéraires. Adapté au cinéma, le film a reçu deux Césars à Cannes. Suivront "Campagne anglaise" La Malédiction d'Edgard" "En bas, les nuages" "Une exécution ordinaire""L'insomnie des étoiles" (voir billet du 12 juin 2012)

UNE EXECUTION ORDINAIRE.

Le roman se subdivise en sept parties : Je ne suis que Staline – Vertes années – Anterrograd – Deux amis – Carbonisés – La belette – Le silence des morts.

L'auteur brosse un panorama, bien documenté, de la Russie d'aujourd'hui. Il mêle dans son roman des personnages réels comme Staline et Poutine et ceux qu'il invente : officiers de marine, nouveaux capitalistes, gens ordinaires aux conditions de vie misérable et incertaine.

Le thème récurrent du livre est la cruauté du régime russe, la toute puissance du pouvoir, la terreur vécue par la population, le mépris total de la vie humaine.

JE NE SUIS QUE STALINE.

C'est la première partie du livre dont Marc Dugain a réalisé un film sorti en 2010.

Le narrateur est le fils de l'héroïne, Olga Ivanovna Atlina, urologue dans un hôpital, dans la banlieue moscovite. Nous sommes en 1952. Un milicien se présente à voix basse et la prie de le suivre. Elle pense qu'elle est arrêtée et va être conduite à la Loubianka.(prison exécutive et de torture) Elle ne trouve aucune raison à cette arrestation mais sait qu'une arrestation ne nécessitait aucun motif. C'était là le principe même de la terreur."

A son grand étonnement, elle est conduite près d'une entrée secondaire du Kremlin. Elle se retrouve face à une dame âgée, assise derrière un bureau et qui ne lui dit pas un mot. Comme elle demande à aller aux toilettes, elle lui répond : "Il y a bien des toilettes par ici, mais elles réservées aux gardes et au personnel de l'étage. A ma connaissance, aucun texte n'autorise les visiteurs à les utiliser."

Une heure plus tard, elle lui annonce qu'elle va la fouiller. Olga espère qu'elle ne trouvera pas la capsule de cyanure qu'elle a cachée dans son sous-vêtement, mais la gardienne la trouve et lui demande ce que c'est. Olga répond que c'est une capsule destinée à éloigner les petites bêtes qui logent dans la fourrure des femmes. La gardienne la confisque pour la remettre aux autorités compétences pour l'analyser.

Deux heures plus tard, elle est conduite dans une autre pièce. La porte s'ouvre et elle se retrouve devant Staline."Le choc de se retrouver ainsi devant le commandeur suprême fut doublé de la stupéfaction de découvrir à quel point cet homme était différent des images qu'on diffusait de lui dans le pays. C'était presque un nain, un vieux nain au visage grêlé par la variole, avec un bras plus court que l'autre. Mais son regard menaçant comme une arme blanche, avait un éclat bien supérieur à n'importe quelle reproduction sur papier."

Staline lui apprend qu'il l'a fait venir pour soulager ses souffrances grâce au pouvoir de magnétiseur qu'elle possède. Olga doit s'exécuter. Elle pose ses deux mains sur sa cuisse douloureuse. Staline s'endort et s'éveille, soulagé. Il lui apprend que nul ne doit être au courant de ce qu'elle a fait, même pas son mari sinon il n'aura d'autre solution que de la faire disparaître. De plus, il lui dit qu'elle doit être à sa disposition le jour comme la nuit et lui conseille de quitter son mari.

Rentrée chez elle, elle trouve son mari, qui a appris son arrestation, inquiet, bouleversé. Elle ne peut rien lui dire. Elle invente qu'elle a un amant haut placé et qu'elle va le quitter.

Olga va être emmenée plusieurs fois chez Staline qui l'emmènera même en Géorgie où, avec cynisme, il lui apprend qu'il va préparer le déplacement des Juifs. "La police politique s'affaire pour le recensement, on mobilise les gardiens d'immeubles, les mêmes moyens que les nazis mais pour des mobiles plus nobles. Nous allons leur créer un deuxième Israël  à l'Est, en Sibérie, au milieu des moustiques et des sangsues."

C'est avec le même cynisme qu'il lui apprendra que son mari a été arrêté et torturé : "S'il avoue que tu as un amant, il s'en sortira."

Marc Dugain écrit un roman, aussi peut-il se permettre de faire parler Staline à une inconnue.

"Je ne suis le maître de personne. Il n'existe qu'un seul maître auquel nous sommes tous asservis, le peuple soviétique."

"Je les méprise (le parti et le Politburo) car aucun n'est capable de me succéder. C'est pour cette raison que je suis condamné au pouvoir..."Ma supériorité c'est d'avoir établi un nouveau rapport entre la vérité et le mensonge."

"Cette sacralisation, ce culte de la personnalité, je ne les ai pas voulus  pour moi-même. Je les ai acceptés pour le bien du peuple."

"Qu'est-ce que la terreur ? C'est la certitude pour tout homme de l'Union soviétique, du plus humble au plus puissant, de l'anonyme à l'ami intime de Staline, que rien ne le protège d'une décision de l'exécuter qui peut tomber chaque instant sans véritable fondement."

"Je n'ai jamais eu de problème à tuer, mais je l'ai toujours fait pour le progrès de l'humanité."

"Les arrestations ont toujours lieu la nuit. Car ces arrestations se transforment ainsi en rumeurs qui empêchent les autres de dormir..."

J'arrête ici ces déclarations effrayantes qui correspondent bien à ce que nous savons de Staline.

Staline mourut d'une hémorragie cérébrale. Le projet de déportation des Juifs fut enterré. Le mari d'Olga fut affecté dans une base de la mer de Barens pour assurer le suivi technique de la flotte nucléaire. Olga l'y rejoindra. Elle ne se servit plus de son pouvoir de magnétiseur sauf, une fois, pour sauver son fils.

Staline est loin mais, dans le monde actuel, c'est intéressant de se rappeler de quoi est capable un dictateur. 

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