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07/09/2012

ERIC-EMMAUEL SHMITT.

 

éric-emmanuel schmitt, l'enfant de noé, guerre de 1940, gestapo, enfant juif sauvé

Eric-Emmanuel Schmitt est né le 28 mars 1960 en France. Il a réussi le concours de l'Ecole normale supérieure et est agrégé de philosophie. Il a enseigné la philosophie pendant quelques années.

Sa vocation d'écrivain est venue très tôt. Il dira plus tard : "A seize ans, j'avais compris – ou décidé – que j'étais écrivain et j'ai composé, mis en scène et joué mes premières pièces au lycée."

Durant les années nonante, ses pièces de théâtre lui apportent un succès rapide : "La Nuit de Valognes"  et "Le Visiteur". Il quitte l'enseignement pour se consacrer à l'écriture et rapidement devient célèbre : dramaturge, novelliste, romancier et réalisateur, il est récompensé par des prix prestigieux.

Impossible de citer toutes ses oeuvres. Comme roman j'avais beaucoup aimé "La part de l'autre" où il imagine ce qui serait arrivé si Hitler avait réussi à entrer à l'Ecole des beaux-arts de Vienne. J'ai aussi fort apprécié son roman  "Ulysse from Bagdad" (voir billet du 23 janvier 2009)

Pour le théâtre, je retiendrai  "Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran" "Oscar et la Dame rose" portés à l'écran. "Odette Toulemonde" grand succès cinématographique a été réalisé à partir d'une nouvelle.

Installé à Bruxelles depuis 2002, il a obtenu la naturalisation belge en 2008.

L'ENFANT DE NOE.

En 1942, à Bruxelles, le héros du livre, Joseph, est le fils unique d'une famille juive menacée de déportation. Il est confié à la garde de la comtesse de Sully qui ne peut le garder car elle reçoit la visite de la Gestapo après une dénonciation.

Il est confié au Père Pons qui accueille des enfants juifs dans La Villa Jaune." Mademoiselle Marcelle, pharmacienne, lui procure de faux papiers et lui apprend sa nouvelle biographie. "Je m'appelle Joseph Bertin, j'ai six ans, je suis né à Anvers et mes parents sont morts l'hiver dernier de la grippe."

Il s'intègre facilement à "La Villa jaune" et se lie d'amitié avec Rudy, plus grand que lui, à qui l'a confié le Père Pons.

Pour sa sécurité, il doit assister à la messe avec les autres enfants, ce qui désole le père Pons. "Pourquoi êtes-vous désolé ?- Ca ne te choque pas ? Tu vas te rendre dans une église et pas dans une synagogue."

Joseph est ébloui par l'office religieux, met du zèle à apprendre le catéchisme et au cours des mois, affirme qu'il veut devenir chrétien. "Sans doute sentais-je qu'il y avait un fort bénéfice à devenir catholique : cela me protégerait. Mieux : cela me rendrait normal. Etre juif, pour l'instant, signifiait avoir des parents incapables de m'élever, posséder un nom qu'il fallait mieux remplacer, contrôler en permanence mes émotions et mentir. Alors, quel intérêt ? J'avais très envie de devenir un petit orphelin catholique." Cela contrarie le Père Pons : "Je vais peut-être te choquer mais je ne veux pas que tu t'intéresses trop au catéchisme ni au culte. Contente-toi du minimum, veux-tu ?

Un événement va bouleverser le cours des choses. Joseph, espionnant le Père Pons, va découvrir qu'il a installé une synagogue dans la crypte d'une chapelle désaffectée. En secret, le Père Pons va enseigner la bible et l'hébreu à Joseph. "Tu feras semblant d'être chrétien et moi je ferai semblant d'être juif".

Je passerai sur les visites de la Gestapo, les craintes du Père Pons, ses ruses, tout ce qu'ont connu ceux qui ont sauvé des Juifs.

L'intérêt du roman se situe dans l'échange entre le Père Pons et Joseph sur les différences entre le christianisme et la religion juive. Je citerai volontiers cette parole de sage du Père. "Joseph, tu aimerais savoir laquelle des deux religions est la vraie. Mais aucune des deux ! Une religion n'est ni vraie ni fausse, elle propose une manière de vivre."

Et encore, cette réflexion du Père après une visite de la Gestapo : "Les humains se font du mal entre eux et Dieu ne s'en mêle pas. Il a créé les hommes libres. Donc nous souffrons et nous rions indépendamment de nos qualités ou de nos défauts. Quel rôle horrible veux-tu attribuer à Dieu ? Peux-tu une seconde imaginer que celui qui échappe aux nazis est aimé de Dieu, tandis que celui qui est capturé en est détesté ? Dieu ne se mêle pas de nos affaires."

L'histoire se terminera bien pour Joseph qui retrouvera ses parents à la fin de la guerre et acceptera finalement la religion juive.  Marcelle sera arrêtée par la Gestapo et ne reviendra pas.

Un petit livre attachant surtout par les dialogues entre le Père Pons et Joseph qui pose les bonnes questions avec la naïveté et la fraîcheur de son âge.

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