Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

02/07/2012

AMIN MAALOUF A L'ACADEMIE.

Amin Maalouf à l'académie, Discours de Jean-Christophe Rufin

 

Amin Maalouf, élu à l'Académie Française, au fauteuil de Claude Lévi-Strauss, le 23 juin 2011, a été reçu le 14 juin 2012.

Contrairement aux usages, c'est Jean-Christophe Rufin, qui a répondu au discours d'Amin Maalouf. Il explique le pourquoi de cette entorse aux usages en commençant son discours.

Ne prenez pas ombrage de ce que l'Académie ait désigné le benjamin de ses membres pour vous souhaiter la bienvenue.(...) Mes confrères m'ont délégué pour vous recevoir parce qu'ils connaissent notre proximité. Ils savent que nos routes se sont croisées bien souvent depuis notre première rencontre. C'était il y a plus de vingt-cinq ans. Vous présentiez alors un de vos plus beaux livres , Léon l'Africain, qui allait connaître un succès mondial. (...)C'est en suivant votre exemple que je suis devenu romancier."

Jean-Christophe Rufin va retracer la longue carrière littéraire d'Amin Maalouf, citant ses livres avec un commentaire très personnel.

Il insistera d'abord sur leur proximité : "Nos sources d'inspiration sont proches, quoique inverses : vous scrutez le parcours des hommes de l'Orient partis à la rencontre du monde et qui découvrent les forces et les faiblesses des civilisations occidentales. J'ai plus souvent mis en scène des personnages, qui comme moi, sont issus d'Europe et qui partent à la découverte des autres et d'eux-mêmes à travers l'expérience bouleversante de l'Orient, de l'Afrique...."

En quelques lignes, Jean-Christophe Rufin résume de manière admirable le fondamental de leurs oeuvres.

Si Amin Maalouf est un écrivain célèbre, Jean-Chritophe Rufin va déclarer que le monde le connaît mal. On ne retient de votre vie que quelques éléments biographiques infatigablement répétés d'un article à un autre. Je résume cette vulgate : né à Beyrouth en 1949, vous êtes un écrivain d'origine libanaise et de confession chrétienne, marié et père de trois enfants. Vous vivez en France depuis 1976, et vous avez d'abord exercé le métier de journaliste."

Jean-Christophe ajoutera qu'après avoir parcouru le monde, Amin Maalouf préfère une vie sédentaire, qu'il s'abstient de toute intrusion dans la politique que ce soit pour soutenir un parti ou pour commenter l'actualité à chaud, qu'il ne révèle rien de lui-même ou de ses sentiments sinon par le truchement de la littérature. "En d'autres termes, pour vous connaître mieux, il faut vous lire. Tout en vous devient alors plus riche, plus complexe et plus contradictoire que votre biographie simplifiée ne le laisse supposer."

Ainsi, en commentant les livres d'Amin Maalouf, il va mettre en lumière ses idées, ses colères, sa vision de l'occident, de l'Orient, son idée de la nécessité absolue de jeter un pont entre les deux mondes.

"Soit nous saurons bâtir en ce siècle une civilisation commune à laquelle chacun puisse s'identifier, soudée par les mêmes valeurs universelles, guidée par une foi puissante en l'aventure humaine, et enrichie de toutes nos diversités culturelles ; soit nous sombrerons ensemble dans une commune barbarie" ( Extrait du livre "Le dérèglement du monde")

Je me suis étendue sur le discours de Jean-Chritophe Rufin parce qu'il éclaire vraiment l'oeuvre d'Amin Maalouf Je dirai, que l'ayant beaucoup lu, j'ai parfois été choquée par certains propos.

 

Amin Maalouf a retracé la carrière de Claude-Lévy Strauss de manière très peronnelle. Il dira d'ailleurs s'être beaucoup documenté.

Je terminerai en citant l'épilogue de son discours.

"Quand on a le privilège d'être reçu au sein d'une famille comme la vôtre, on n'arrive pas les mains vides. Et si on est l'invité levantin que je suis, on arrive les bras chargés. Par gratitude envers la France comme envers le Liban, j'apporterai avec moi tout ce que mes deux patries m'ont donné : mes origines, mes langues, mon accent, mes convictions, mes doutes, et plus que tout peut-être mes rêves d'harmonie, de progrès et de coexistence. Ces rêves sont aujourd'hui malmenés. Un mur s'élève entre en Méditerranée entre les univers culturels dont je me réclame. Ce mur, je n'ai pas l'intention de l'enjamber pour passer d'une rive à l'autre. Ce mur de détestation – entre Européens et Africains, entre Occident et l'Islam, entre Juifs et Arabes – mon ambition est de le saper, et de contribuer à le démolir. Telle a toujours été ma raison de vivre, ma raison d'écrire, et je le poursuivrai au sein de votre Compagnie. Sous l'ombre protectrice de nos aînés. Sous le regard lucide de Lévi-Strauss."

Une parole forte, un constat sévère, un engagement et la fierté de faire partie de l'Académie.

L'épée d'académicien d'Amin Maalouf comporte en médaillons une Marianne et un Cèdre du Liban. Sur la lame sont gravés les prénoms de sa femme Andrée, de ses trois fils, ainsi qu'un poème de son père.

Les broderies de son costume sont relativement discrètes mais il y a aussi une touche libanaise. "Quand on regarde de près les boutons, on y voit, au lieu des rameaux d'olivier, de tout petits cèdres" fait-il remarquer.

Le Liban lui a rendu hommage en gravant une livre libanaise à son effigie.

Par l'élection d'Amin Maalouf, les immortels ont confirmé leur souhait d'accueillir parmi leurs quarante membres des auteurs d'origine étrangère. Ils avaient déjà élu Hector Biancotti, né en Argentine, François Cheng, né en Chine et Assia Djebar, née en Algérie.

Commentaires

Merci d'avoir consacré un billet à cette réception, Mado. Je ne suis pas encore allée lire ces discours sur le site de l'Académie mais j'en ai l'intention. D'Amin Maalouf, "Les identités meurtrières" sont le livre que j'ai le plus souvent offert, si éclairant sur les mentalités contemporaines - une lecture "pour tous".

Écrit par : Tania | 04/07/2012

Chère Tania,

Merci pour ton commentaire. J'ai bien aimé le discours de Jean-Christophe Rufin mais moins celui d'Amin Maalouf. Je crois que Lévy-Strauss, même s'il s'est documenté, ne devait pas l'inspirer.
J'aime aussi beaucoup "Les identités meurtrières".

Écrit par : mado | 04/07/2012

Les commentaires sont fermés.