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25/06/2012

DEBATS DU 24 JUIN.

MISE AU POINT.

Le débat était consacré à l'enseignement. Rien de très neuf. La carte sur les échecs plus fréquents dans les zones défavorisées n'apprend que ce tout le monde sait depuis longtemps. Idem pour notre enseignement inégalitaire et le taux d'échecs très important.

Un échange de vues qui n'a rien apporté de neuf. La remédiation, tant prônée, n'est pas une réussite. Le décret d'inscription n'a pas été une solution à l'inégalité sociale. Il ne faut pas être spécialiste pour constater cela. J'ai déjà dit le mal que je pensais de ce décret, je n'y reviens pas.

Une idée neuve, la prolongation du tronc commun jusqu'à seize ans. Pas d'unanimité chez les invités et une question de bon sens : ne devrait-on pas revoir ce qui existe déjà ?

Opinions très partagées sur les redoublements. Avec des réponses de normand : bon parfois, pas toujours, cela dépend.

La question du financement a aussi été posée. Injecter plus d'argent, à mon avis, ne changerait rien. On a déjà fait des efforts pour les écoles en difficulté avec un succès mitigé.

Une idée lancée par l'Appel, un nouveau mouvement, ajouter des cours techniques au premier degré, présenté comme un remède à l'enseignement professionnel, je n'y crois pas. Je caricature mais j'entends déjà les gosses dire : je ne viens pas à l'école pour jouer avec des bouts de bois !

Vouloir solutionner des questions aussi multiples par un débat est évidemment utopique. Je ne vais pas non plus avoir la prétention de le faire en un billet sur un blog. Je pourrais simplement dire que j'ai toujours été contre le redoublement, que je ne crois pas, je trouve même cela injurieux, que le regard que la société porte sur les enseignants est une des causes de l'échec de notre enseignement. Il faudrait parler programme y compris et surtout pour l'enseignement professionnel. Admettre que l'inégalité est constitutive de l'humain. Le slogan :"réussite pour tous" restera ce qu'il est : un slogan.

Il y a des gros, des minces, des forts, des faibles, des blonds, des bruns, des peaux fonçées, des peaux claires, des doués et des moins doués. Pour moi, tous les gosses sont intelligents mais de manière différente, avec des aptitudes différentes. Vouloir classer tout le monde dans le même moule, c'est cela, la véritable injustice.

CONTROVERSE.

"Faut-il avoir une carte de parti, la bonne, pour être nommé à une haute fonction". Autrement dit, les nominations sont-elles toujours politiques ? Le constat de départ est que 88 % des hauts fonctionnaires wallons sont PS ou CDH. Ajoutons la polémique faite autour de la désignation d'un socialiste, premier du classement, refusée par le ministre Vincent Van Quickenborne. Entretemps, un compromis à la belge a été trouvé.

Le débat ne pouvait qu'être très animé. et tellement peu clair que j'avoue que je n'ai rien compris aux procédures actuelles pour la nomination des fonctionnaires.

Personne n'a quand même osé dire qu'il n'y avait jamais eu de nominations politique. Il est vrai qu'un ministre qui a son administration contre lui a les mains liées. De là à réserver tous les postes aux mêmes partis, il y a de la marge.

Ce que les médias ont retenu, c'est le clash entre Michel Legrand, président du Gerfa et Jacky Leroy, président du SFP Personnel et Organisation. Jacky Leroy affirmant, pour les téléspectateurs, qu'il ne tenait jamais compte de l'appartenance politique des candidats. Je le crois volontiers. Michel Legrand l'a traité d'homme sandwich du PS ce qui a mis Jacky Leroy vraiment en colère. Les deux se sont affrontés, penchés l'un sur l'autre, le téléspectateur pouvait craindre un vrai pugilat. Dominique Demoulin s'est empressée de mettre fin à la discussion.

J'ai connu Jacky Leroy quand il était chef de cabinet d'Elio Di Rupo. Il est très compétent mais il est de notoriété publique qu'il doit son exceptionnelle carrière au PS.

J'ai lu qu'un journaliste disait qu'il avait "pété les plombs". Pour ma part, je l'ai toujours connu comme cela. Homme de conviction, il n'accepte pas facilement la contradiction.

Ce qui m'a amusée, ce sont les propos d'André Flahaut, repris d'ailleurs ce matin dans un article de la DH. Une série de questions posées à Michel Legrand dont il connaît très bien les réponses. Willy Borsu a parlé "d'un lynchage".

Amusant quand on sait qu'André Flahaut a bien connu les nominations politiques et que le Gerfa est la bête noire des socialistes. L'entendre dire qu'il craignait pour la démocratie parce que le Gerfa faisait état de l'appartenance politique des nominés m'a fait bien rire.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, je précise que le Gerfa a été créé en 1981 par quelques fonctionnaires en réaction à la politisation massive des services publics. Il est devenu organisation syndicale agréée en 1990. Il ne reçoit aucun subside et est fier de son indépendance.

Pour vous faire rire, je vais me permettre de raconter une anecdote personnelle. Lors d'une réunion au cabinet d'Elio Di Rupo, sur je ne sais plus quel sujet, j'avais déclaré ne pas pouvoir me faire une opinion faute de renseignements. Jacky Leroy est parti et est revenu avec une pile de dossiers qu'il a posée sur mes genoux. "Tu veux des renseignements, lis tout cela".  J'étais complètement ahurie. Comme quoi, il y a des souvenirs qui vous restent !

 

21/06/2012

DOUGLAS KENNEDY.

douglas kennedy, rien ne va plus, amérique, cinéma, télévision, réussite, richesse, bonheur

Douglas Kennedy est né à New York en 1955. Dramaturge, il a été régisseur dans des théâtres de Brodway. Il quitte l'Amérique pour Dublin en 1977. En 1991, après un long voyage en Australie, il publie, en Angleterre "The Dead Heart"(Cul-de-sac) qui obtiendra un grand succès et sera porté à l'écran par Stephan Eliot.

Vu le succès du premier livre, les éditeurs anglais et américains se livreront une véritable bataille commerciale pour son deuxième livre "The Big Picture"(L'homme qui voulait vivre sa vie) qui sera traduit dans une quinzaine de langues.

Ses livres sont toujours des succès de librairie. Je citerai : "Les Désarrois de Ned Allen" "La poursuite du bonheur" "Une relation dangereuse"  "Les charmes discrets de la vie conjugale" "La poursuite du bonheur" "Quitter le monde" "Au pays de Dieu". (voir billets du 20 août 2008 et 22 février 2010)

RIEN NE VA PLUS.

David Armitage, aspirant scénariste à Hollywood, n'arrive pas à percer. Il rêve d'être célèbre mais tous ses scénarii sont refusés. "J'ai toujours rêvé d'être riche. Je sais, ça doit avoir l'air idiot de dire ça, mais c'est la vérité et j'admets, j'admets. Mon voeu s'est réalisé il y a près d'une année, après dix ans de poisse continuelle, une accumulation toxique de lettres de refus."

Un coup de fil va changer sa vie. Son agente, Alison Ellroy, lui apprend qu'elle a réussi à vendre le pilote de "Vous êtes à vendre !" la trépidante et complexe vie interne d'une agence de relations publiques à Chicago. Le feuilleton est un succès et la chaîne décide de le prolonger. David Armitage devient riche.

David vit en ce moment avec Lucy rencontrée à Manhattan. Elle a joué dans des feuilletons pour la télévision puis est devenue une star de la télévente. Ils habitent dans un petit deux pièces à Los Angeles. Ils ont une fille Caitlin.

Six mois après le début de son succès, il rencontre Sally Birmingham, chef de projet à la Télévision. Il est tout de suite sous le charme : "Grande, un visage fin et lumineux, cheveux noisette coupés court, sourire narquois"

Il a une liaison avec elle et apprend à mentir. "La dissimulation est vraiment un art, comme je m'en suis vite rendu compte, et un art très exigeant. Dès que l'on commence à broder sur le réel, on a créé une fiction dans laquelle on est obligé de rester. (...) Le mensonge appelle le mensonge et la broderie s'étend jusqu'au point où l'on se surprend souvent à se demander si la tromperie n'est pas finalement la vérité"

David quitte Lucy, divorce pour vivre avec Sally. Mais, ce qu'il n'avait pas prévu, il est séparé de sa fille qu'il ne voit plus qu'une fois par mois. "La logique implacable du succès qui me poussait en avant, sans cesse, me permettait d'esquiver momentanément les tête-à-tête avec ma culpabilité, avec ce doute muet et insistant que j'éprouvais devant les moindres aspects de cette nouvelle vie."

David a réussi son rêve, être riche mais il n'est pas heureux. Il a cassé son mariage, regrette que ses rapports avec sa fille ne soient plus les mêmes.

David va vivre une autre expérience. Il est invité par un milliardaire, Philip Fleck, pour un séjour paradisiaque sur une île. Il va y rencontrer brièvement l'ex-femme de Philip, Martha, qui jouera un rôle dans sa seconde "nouvelle vie".

Même dans ce paradis, David est désabusé. "Alors qu'elle est censée simplifier la vie, la réussite ne fait que la compliquer. Parce que nous avons besoin de nouvelles difficultés, de nouveaux défis, de nouvelles aspirations à un plus grand succès encore."

Rentré chez lui, David est victime d'une machination. Un journal l'accuse de plagiat, les médias s'en mêlent, il perd tout, menacé même de devoir rembourser les droits qu'il a perçus pour sa série télévisée.

Très vite, c'est la descente aux enfers et Douglas Kennedy nous y entraîne, nous faisant vivre toutes les catastrophes qui frappent son personnage.

Ce n'est qu'à la fin du livre que le lecteur apprend qui est à l'origine de la manipulation.

Le livre est construit comme un triller mais parsemé de réflexions. Qu'est-ce que la réussite ? Qu'est-ce que le bonheur ? Qu'apporte la richesse ? David est-il responsable de ce qui lui arrive ? A-t-il sacrifié son mariage pour un bonheur illusoire et éphémère ?

Comme toujours, Douglas Kennedy est un maître du suspense. Il décrit minutieusement ses personnages, leur physique mais aussi leurs faiblesses. Comme dans ses autres romans, Douglas Kennedy, l'air de rien, pose les questions essentielles sur la vie.

Plusieurs de ses romans, reprennent le même thème, croire qu'un changement de vie, même s'il apparaît providentiel, n'apporte pas nécessairement le bonheur.

Certains critiques littéraires reprochent à Douglas Kennedy son côté populaire. Mais les lecteurs l'apprécient. Le style est enlevé, les dialogues percutants, les personnages tellement bien décrits qu'ils en deviennent "vivants".

Romans faciles, peut-être, mais passionnants. On ne s'ennuie jamais en lisant Douglas Kennedy. Quelques heures d'évasion n'est-ce pas appréciable ?

18/06/2012

LAURETTE ONKELINX.

Laurette onkelinx, thérapies, antidépressuers, élections communales

L'article de La Libre (mis en ligne le 14/06) m'a fait sursauter. Laurette Onkelinx souhaite que les consultations chez les psychologues soient remboursées. D'après De Morgen elle espère amener davantage de peronnes à s'allonger sur un divan plutôt que d'avaler des pilules. Une attaque en règle contre les antidépresseurs qu'elle confirme d'ailleurs dans un autre entretien donné à La Libre. "Le remboursement d'antidépreseurs coûte 150 millions d'euros et c'est souvent de l'argent jeté par les fenêtres parce que ce sont bien souvent les généralistes qui prescrivent ces médicaments".

Je reprends point par point. Laurette Onkelinx confond "une analyse" et une "thérapie". Le divan, c'est pour une analyse. Je rappelle que celle-ci soigne les symptômes et dure souvent très longtemps. Un an ? Bien plus, cela peut aller jusqu'à huit ans ! Faites le calcul ! A partir d'une ou de trois séances par semaine, comme c'est l'usage, avec des prix très élevés puisque le principe de la psychanalyse est que le patient "doit le voir passer" autrement dit, que le prix doit être élevé.

Parlons de thérapie. Pas facile de trouver un bon thérapeute. Trouver celui qui vous convient et en qui vous allez avoir confiance est un vrai parcours de combattant. Je ne parle pas des thérapies de soutien faites auprès des groupes secoués par un accident. Mais, de ce qui devrait remplacer les antidépresseurs, autrement dit, les déprimés.

Il y a déjà un réel progrès dans la perception de la maladie puisque je me souviens d'un certain Rudy Demotte qui affirmait, sans rire : "On ne me fera jamais croire qu'il y a autant de déprimés en Belgique." Après l'étude qui vient d'être publiée, la preuve est là, les déprimés sont nombreux. D'après Le Soir, quatre Francophones sur dix disent avoir besoin d'un accompagnement.  Stress au travail, stress pour trouver un emploi, stress chez soi, solitude mal assumée, les causes de déprime sont nombreuses.

Je ne suis certainement pas contre les thérapies, encore moins contre leur remboursement, mais c'est irréaliste dans la situation budgétaire actuelle, à moins d'établir des critères très stricts. Alors que faire de ceux qu'on laissera dehors ?

Autre problème, qui n'a jamais été réglé, n'importe qui peut se dire thérapeute. Les psychologues universitaires n'ont jamais obtenu leur reconnaissance. Vous vous fiez à la plaque collée sur la maison, vous n'avez aucune garantie que la personne a été formée pour être thérapeute. D'autant plus, qu'il existe des formations au rabais, quelques heures et vous voilà devenu thérapeute !

Les antidépresseurs, dit la ministre, sont souvent prescrits par des généralistes. C'est vrai, pour une raison pratique, tout le monde ne peut pas consulter des thérapeutes pendant des mois. Et qui mieux que le généraliste connaît son patient ?

J'en resterai là. Même si cela n'a rien à voir, c'est dans le même entretien donné à La Libre que Laurette Onkelinx parle de sa candidature à Schaerbeek, après l'annonce d'une alliance regroupant FDF, Ecolo, cdH et certains indépendants du MR.

Je cite : "Je pense que ces formations ont voulu se soutenir les uns les autres, se rassurer pour essayer de participer au pouvoir. Mais connaissant mieux les Schaerbeekois, je pense que ce veulent les citoyens c'est que leurs voix soient prises en considération sans qu'on leur impose un choix"

Elle va donc conduire la liste PS en toute indépendance et anticipant déjà sa victoire, à ce moment là, elle discutera avec les autres !

Je traduis : déposer une liste, c'est imposer un choix sauf si c'est une liste PS. D'autant plus, et Laurette Onkelinx le dit, qu'après les élections il y aura des accords pour former une majorité. En quoi est-ce répréhensible de l'annoncer avant ? Je ne vois pas.

Sans vouloir être méchante, je vais quand même dire qu'être domiciliée officiellement à Schaerbeek et habiter Lasnes me choque. Une maison de campagne ? Qui peut se payer une maison de campagne dans cette riche commune !

J'ai conscience que de parler de tout cela aujourd'hui où l'actualité internationale est très chargée peut paraître saugrenu. Mais je ne m'aventure pas dans des domaines que je ne connais pas bien. D'ailleurs, tout est politique.

Un seul commentaire : quel mépris dans les propos de Laurette Onkelinx. Je le lui renvoie.

12/06/2012

MARC DUGAIN.

marc dugain, l'insomnie des étoiles, nazisme, eugénisme

Marc Dugain est né en 1957 au Sénégal où son père était coopérant. Il est revenu en France à l'âge de sept ans et, durant son enfance, il accompagnait son grand-père à la "Maison des Gueules cassées" de Moussy-le-Vieux, château qui avait accueilli les soldats blessés de la Première Guerre mondiale.

Diplômé de l'Institut des Sciences politiques de Grenoble, il travaille dans la finance avant de devenir entrepreneur dans l'aéronautique.

A trente-cinq ans, il écrit son premier roman inspiré par la vie de son grand-père "gueule cassée" de la guerre 14-18. C'est "La chambre des Officiers" qui sera un succès de librairie, adapté au cinéma.

Il écrira plusieurs romans : "Campagne anglaise" analyse la solitude d''un homme d'affaires anglais; "La malédiction d'Edgar"est  inspiré par la vie de John Edgar Hoover, chef du FBI pendant 48 ans.; "Une exécution ordinaire" décrit les rouages soviétiques du stalinisme.

L'INSOMNIE DES ETOILES.

En automne 1945, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud de l'Allemagne. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y découvrent une adolescente qui vit seule et le corps calciné d'un homme. Le capitaine Louyre décide d'emmener l'adolescente, Maria.

Maria vit péniblement dans la ferme se nourrissant de pommes de terre et d'oignons. "Chaque fois que Maria se penchait pour faire ses fagots, un filet au goût âcre, un mélange de sang et de salive lui coulait dans la bouche. Elle se relevait brusquement pour cracher."

Un jour d'orage, ses chevaux apeurés fuient en la bousculant. Ses lunettes tombent dans la boue et elle ne parvient pas à les retrouver. Or, ce qui la maintient en vie, ce sont les lettres de son père, parti à la guerre, qu'elle classe dans un secrétaire. Elle ne peut plus les lire.

Deux policiers allemands débarquent dans la ferme, inspectent les lieux, reviennent plus tard  vider la ferme de tout son contenu sauf le secrétaire et un vieux fauteuil. Maria, qui a peur d'être violée, se cache. Un des policiers l'aperçoit mais ne dit rien, il lui sauve la vie. Pourtant, son sauveur abat un des policiers. Maria, n'arrivant pas à l'enterrer, le brûle et entasse les os dans une caisse.

Le capitaine Louyre, insatisfait des réponses de Maria sur le cadavre calciné, décide de mener une enquête. Que faisait-elle là ? Où étaient ses parents ? Comment s'appelait-elle ? Il l'enferme dans une chambre et charge l'adjudant de la nourrir et de la surveiller. Maria parviendra à convaincre son garde d'aller récupérer ses lettres "en échange de ce qu'il voudra".

Louyre mène son enquête auprès du maire mais il s'intéresse surtout à un bâtiment vide qui domine la ville et que le maire affirme avoir été une maison de repos dirigée par le docteur Halfinger.

Le capitaine, qui s'ennuie dans ce coin perdu, va mettre toute son énergie pour comprendre ce qui s'est réellement passé dans ce village. Le docteur finira par lui avouer qu'il s'agissait d'un un hôpital psychiatrique où se pratiquait la stérilisation des malades mentaux.

La conversation est hallucinante. L'objectif de cette odieuse pratique est l'amélioration de la race allemande en empêchant les malades de se reproduire. Il pratiquera même l'euthanasie, ordonnée par le pouvoir, autorisant les médecins "à accorder la mort par faveur aux malades qui, selon le jugement humain, et à la suite d'une évaluation critique de leur maladie, auront été considérés incurables." Il ajoutera : "Il était clair que le programme d'euthanasie par faveur, s'il était mené à terme puisque, à ce moment-là vous vous en doutez nous n'en étions qu'à leur évaluation, ne devait profiter qu'aux Allemands. Les Juifs en étaient exclus (...) le Reich ne voulait pas leur consentir cet honneur et qu'il valait mieux les transférer dans les camps de concentration mieux adaptés aux exigences de leur race."

Comme tous les nazis, le docteur oublie vite ses scrupules, rejette toute culpabilité, est persuadé que ce qu'il fait est bien, même l'extermination des malades."Nous pensons que les familles seront un peu désorientées  au début mais, que, très vite, elles nous rendront grâce de les avoir débarrassés d'un fardeau. Les principes moraux ne résistent pas longtemps au soulagement matériel. En prenant la vie de ces inaptes, nous leur rendons la leur."

J'en reviens à Maria. Louyre va peu à peu s'attacher à elle, qui est toujours persuadée que l'Allemagne sera victorieuse et que son père reviendra. Il ne lui rendra pas ses lettres mais les résumera, citant un passage :"Il dit aussi que tu dois apprendre à ne pas confondre ton pays, ta patrie, avec la bande de criminels qui les dirigent. Il a pris beaucoup de risques pour t'écrire cela. Si la lettre avait été interceptée, il aurait pu être fusillé."

Louyre va s'installer dans une maison avec Maria et après l'armistice il demandera sa démobilisation et partira avec elle.

L'auteur a dans ce roman étudié les ressorts qui avaient poussé les Allemands à adhérer au nazisme. Ainsi, ce passage de la conversation avec Halfinger "Avant 33, nous avions une vie de reptiliens bourgeois d'une consternante médiocrité. Notre expérience, même si elle se termine aujourd'hui, nous devons pas la regretter, peu d'hommes dans l'histoire de l'humanité ont eu ce sentiment de plénitude qui était le nôtre. Le sentiment de vivre une grande ambition collective, vous ne savez pas ce que c'est, se lever le matin transporté par une vision du monde au lieu de faire allégeance à la médiocrité et à la légion de ses promoteurs."

Je rappellerai ce que disait Hannah Arendt : cette incapacité à distinguer le bien du mal, cette banale condition de renoncer au jugement personnel." J'ajouterai : la gloire de la nation mise au-dessus du respect de la vie humaine.

Cet épisode de l'histoire est peu connu. Il éclaire très bien que dès 1933, les germes du nazisme étaient vivants.

Le titre du roman, très joli, est énigmatique. L'esplication est donnée par Louyre, astronome :"Des étoiles par millions, toutes plus mortes les unes que les autres. Comme si elles attendaient que la nôtre les rejoigne dans le grand concert du silence sidéral."

Le talent de Marc Dugain fait qu'il entraîne ses lecteurs dans un roman à suspense, l'oblige à réfléchir sur des sujets graves, qu'au début du livre, il ne s'attendait pas à trouver.

 

07/06/2012

GENEVIEVE LHERMITTE.

geneviève lhermitte, devoir d'enquête, procès 2008

Après la sortie du film "A perdre la raison", la RTBF a eu la bonne idée de faire un reportage sur Geneviève Lhermitte dans "Devoir d'enquête" de ce mercredi 6 juin.

Tout le monde se souvient du choc provoqué par l'assassinat de ses cinq enfants. Elle a été condamnée lourdement. Récemment, son avocat Me Xavier Magnée, dans l'émission "On refait le monde"disait regretter que les jurés n'aient pas tenu compte des avis des psychiatres. La pression médiatique était très forte, les crimes jugés particulièrement horribles. J'avais été choquée, à l'époque, que le jury ne se soit pas posé la question : Pourquoi ? Comment en est-elle arrivée là ?

L'émission donne un tout autre éclairage sur ce qui s'est passé. Dépressive avant son mariage désapprouvé par sa famille, elle est vraiment amoureuse de Bouchaïb Moqadem. Celui-ci est sous l'emprise du docteur Schaar, présenté à l'époque comme un "bienfaiteur". Bouchaïb ne travaille pas, sauf pour le docteur Schaar (?) et il est donc complètement dépendant de lui.

Je suppose que tout le monde aura remarqué la manière méprisante dont il parle de Geneviève. Il l'appelle "Lhermitte" et nie les propos tenus par Geneviève dans les lettres montrées à l'antenne. Gênant d'être qualifié de "salopard" !

Son mari aurait dû m'émouvoir lors de la visite des tombes. Pour ma part, j'admets volontiers qu'il doit souffrir de la perte de ses enfants mais je remarque qu'il n'a exprimé aucun regret sur l'enfermement qu'il a fait subir à Geneviève. Aucun sentiment de culpabilité.

Geneviève avait prononcé une phrase terrible." Il revient demain après un séjour d'un mois au Maroc, je ne pourrai plus le supporter".

Je me souviens, qu'à l'époque on avait insisté sur l'amour de Geneviève pour ses enfants, elle ne vivait que pour eux. Au procès, cet amour a rendu son acte encore plus monstrueux et, c'est cela le plus horrible, sans qu'on cherche vraiment à savoir ce qui pouvait pousser une mère aimante à décider "Je vais m'en aller avec mes enfants".

L'émission a le grand mérite d'avoir rappelé les faits sans porter de jugement. Rien n'a été omis, ni les meurtres, ni le suicide raté de Geneviève. Une bonne émission.

J'étais indignée après le procès. Je recopie ici ce que j'en disais.

BILLET DU 23 DECEMBRE 2008.

Madame Lhermitte a été condamnée, par un jury populaire, à la réclusion à perpétuité. Une peine plus lourde que celle réclamée par l'avocat général Pierre Rans, mais conforme à son rejet de circonstances atténuantes ou de ce que plaidait la défense, l'état de déséquilibre grave dans lequel elle se trouvait au moment des faits

Le procès n'a pas répondu aux questions essentielles que tout le monde se posait : "Pourquoi ? Comment en est-elle arrivée là ?"

L'avocat général n'a pas dû se poser la question et ce qu'il a déclaré dans sa plaidoirie est particulièrement odieux : elle représenterait un danger social ! "La carapace risque de sauter sous la pression de ses affect. Elle a encore du mal à ne pas focaliser sur certains faits, certaines personnes."

Justement, cette phrase donne un début d'explication à l'inexplicable. Geneviève Lhermitte a dit clairement qu'elle voulait emporter ses enfants avec elle, autrement dit, ne pas les laisser à son mari, ni au docteur Schaar. L'a-t-on entendue ?

Les paroles de Bouchaïb Moqadem et du docteur Schaar, après le verdict sont particulièrement choquantes. En clair, "bien fait, elle a eu ce qu'elle méritait". Pas l'ombre d'un sentiment de culpabilité sur le rôle qu'ils ont tous les deux certainement joué dans la dépression grave de Geneviève Lhermitte. Pire, ils le nient. Comme les maris des femmes battues !  Et le cynisme est atteint quand le docteur Schaar, interrogé par un journaliste, sur la non-intervention du psychiatre, après l'appel au secours, déclare : C'est moi qui ai envoyé madame Lhermitte chez lui, c'est à moi qu'il devait parler".

Son mari lui défend de voir sa famille, l'éloigne de tout, la laisse s'enfoncer dans la dépression, s'en va se promener au Maroc; le docteur Schaar trouve normal d'être en contact avec son psychiatre, insiste sur sa générosité "gratuite". Vraiment ? Hallucinant 

Pourquoi la justice ne s'est-elle pas posé plus de questions sur les 17 ans qui ont peut-être amené Geneviève Lhermitte à commettre ces crimes horribles? Comment a-t-on pu croire ce qu'affirmaient Schaar et Moqadem ?

Et cette phrase cynique de Motte de Raedt : "Il fallait remettre les pendules à l'heure et c'est ce qu'ont fait les jurés avec sérénité". Vous avez bien entendu "sérénité".

Je laisserai le dernier mot à Me Xavier Magnée : "On inflige la peine la plus forte à une femme qui a commis l'irréparable pendant deux heures et on ne connaît pas le mobile."

Si j'avais le coeur à rire, je dirais : Même dans les séries policières, la première questin posée est : "Quel est le mobile ?"

"Il est impossible de faire croire à un homme naturellement aveugle qu'il ne voit pas". (Montaigne).