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12/06/2012

MARC DUGAIN.

marc dugain, l'insomnie des étoiles, nazisme, eugénisme

Marc Dugain est né en 1957 au Sénégal où son père était coopérant. Il est revenu en France à l'âge de sept ans et, durant son enfance, il accompagnait son grand-père à la "Maison des Gueules cassées" de Moussy-le-Vieux, château qui avait accueilli les soldats blessés de la Première Guerre mondiale.

Diplômé de l'Institut des Sciences politiques de Grenoble, il travaille dans la finance avant de devenir entrepreneur dans l'aéronautique.

A trente-cinq ans, il écrit son premier roman inspiré par la vie de son grand-père "gueule cassée" de la guerre 14-18. C'est "La chambre des Officiers" qui sera un succès de librairie, adapté au cinéma.

Il écrira plusieurs romans : "Campagne anglaise" analyse la solitude d''un homme d'affaires anglais; "La malédiction d'Edgar"est  inspiré par la vie de John Edgar Hoover, chef du FBI pendant 48 ans.; "Une exécution ordinaire" décrit les rouages soviétiques du stalinisme.

L'INSOMNIE DES ETOILES.

En automne 1945, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud de l'Allemagne. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y découvrent une adolescente qui vit seule et le corps calciné d'un homme. Le capitaine Louyre décide d'emmener l'adolescente, Maria.

Maria vit péniblement dans la ferme se nourrissant de pommes de terre et d'oignons. "Chaque fois que Maria se penchait pour faire ses fagots, un filet au goût âcre, un mélange de sang et de salive lui coulait dans la bouche. Elle se relevait brusquement pour cracher."

Un jour d'orage, ses chevaux apeurés fuient en la bousculant. Ses lunettes tombent dans la boue et elle ne parvient pas à les retrouver. Or, ce qui la maintient en vie, ce sont les lettres de son père, parti à la guerre, qu'elle classe dans un secrétaire. Elle ne peut plus les lire.

Deux policiers allemands débarquent dans la ferme, inspectent les lieux, reviennent plus tard  vider la ferme de tout son contenu sauf le secrétaire et un vieux fauteuil. Maria, qui a peur d'être violée, se cache. Un des policiers l'aperçoit mais ne dit rien, il lui sauve la vie. Pourtant, son sauveur abat un des policiers. Maria, n'arrivant pas à l'enterrer, le brûle et entasse les os dans une caisse.

Le capitaine Louyre, insatisfait des réponses de Maria sur le cadavre calciné, décide de mener une enquête. Que faisait-elle là ? Où étaient ses parents ? Comment s'appelait-elle ? Il l'enferme dans une chambre et charge l'adjudant de la nourrir et de la surveiller. Maria parviendra à convaincre son garde d'aller récupérer ses lettres "en échange de ce qu'il voudra".

Louyre mène son enquête auprès du maire mais il s'intéresse surtout à un bâtiment vide qui domine la ville et que le maire affirme avoir été une maison de repos dirigée par le docteur Halfinger.

Le capitaine, qui s'ennuie dans ce coin perdu, va mettre toute son énergie pour comprendre ce qui s'est réellement passé dans ce village. Le docteur finira par lui avouer qu'il s'agissait d'un un hôpital psychiatrique où se pratiquait la stérilisation des malades mentaux.

La conversation est hallucinante. L'objectif de cette odieuse pratique est l'amélioration de la race allemande en empêchant les malades de se reproduire. Il pratiquera même l'euthanasie, ordonnée par le pouvoir, autorisant les médecins "à accorder la mort par faveur aux malades qui, selon le jugement humain, et à la suite d'une évaluation critique de leur maladie, auront été considérés incurables." Il ajoutera : "Il était clair que le programme d'euthanasie par faveur, s'il était mené à terme puisque, à ce moment-là vous vous en doutez nous n'en étions qu'à leur évaluation, ne devait profiter qu'aux Allemands. Les Juifs en étaient exclus (...) le Reich ne voulait pas leur consentir cet honneur et qu'il valait mieux les transférer dans les camps de concentration mieux adaptés aux exigences de leur race."

Comme tous les nazis, le docteur oublie vite ses scrupules, rejette toute culpabilité, est persuadé que ce qu'il fait est bien, même l'extermination des malades."Nous pensons que les familles seront un peu désorientées  au début mais, que, très vite, elles nous rendront grâce de les avoir débarrassés d'un fardeau. Les principes moraux ne résistent pas longtemps au soulagement matériel. En prenant la vie de ces inaptes, nous leur rendons la leur."

J'en reviens à Maria. Louyre va peu à peu s'attacher à elle, qui est toujours persuadée que l'Allemagne sera victorieuse et que son père reviendra. Il ne lui rendra pas ses lettres mais les résumera, citant un passage :"Il dit aussi que tu dois apprendre à ne pas confondre ton pays, ta patrie, avec la bande de criminels qui les dirigent. Il a pris beaucoup de risques pour t'écrire cela. Si la lettre avait été interceptée, il aurait pu être fusillé."

Louyre va s'installer dans une maison avec Maria et après l'armistice il demandera sa démobilisation et partira avec elle.

L'auteur a dans ce roman étudié les ressorts qui avaient poussé les Allemands à adhérer au nazisme. Ainsi, ce passage de la conversation avec Halfinger "Avant 33, nous avions une vie de reptiliens bourgeois d'une consternante médiocrité. Notre expérience, même si elle se termine aujourd'hui, nous devons pas la regretter, peu d'hommes dans l'histoire de l'humanité ont eu ce sentiment de plénitude qui était le nôtre. Le sentiment de vivre une grande ambition collective, vous ne savez pas ce que c'est, se lever le matin transporté par une vision du monde au lieu de faire allégeance à la médiocrité et à la légion de ses promoteurs."

Je rappellerai ce que disait Hannah Arendt : cette incapacité à distinguer le bien du mal, cette banale condition de renoncer au jugement personnel." J'ajouterai : la gloire de la nation mise au-dessus du respect de la vie humaine.

Cet épisode de l'histoire est peu connu. Il éclaire très bien que dès 1933, les germes du nazisme étaient vivants.

Le titre du roman, très joli, est énigmatique. L'esplication est donnée par Louyre, astronome :"Des étoiles par millions, toutes plus mortes les unes que les autres. Comme si elles attendaient que la nôtre les rejoigne dans le grand concert du silence sidéral."

Le talent de Marc Dugain fait qu'il entraîne ses lecteurs dans un roman à suspense, l'oblige à réfléchir sur des sujets graves, qu'au début du livre, il ne s'attendait pas à trouver.

 

Commentaires

Terrible sujet qui donne à réfléchir, en effet. Je sors d'une grande lecture, éprouvante, qui va nourrir mes billets de la semaine prochaine. J'attendrai donc un peu pour retourner à la "banalisation du mal".

Écrit par : Tania | 16/06/2012

Un sujet qui me tracasse depuis longtemps. J'attends avec impatience ce que tu publieras la semaine prochiane.

Écrit par : mado | 16/06/2012

Pour info, quand je clique sur "mado" chez moi (T&P), j'aboutis non à ton blog mais à un site publicitaire (une adresse url à rafraîchir) ?

Écrit par : Tania | 18/06/2012

Chère Tania,

Merci mais je ne vois pas ce que je pourrais faire. L'adresse du blog est correcte et je ne vois nulle part où je peux la vérifier.
J'ai parfois le problème avec certains blogs dont j'ai mis l'adresse, alors je la change, mais pour moi je ne sais que faire.

Écrit par : mado | 18/06/2012

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