Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

02/05/2012

JEAN-LOUIS FOURNIER.

 

jean-louis fournier, le poète et le paysan, vie à la ferme

 

 

Jean-Louis Fournier, écrivain, humoriste et réalisateur de télévision est né à Calais, le 19 décembre 1938. Il a été le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède.

 

En 2008, il a reçu le prix Fémina pour son livre "Où on va, papa" dans lequel il décrit sa relation avec ses deux fils handicapés.

 

Il a publié des essais : "La Grammaire française et impertinente" "Sciences naturelles et impertinentes" "Je vais t'apprendre la politesse, p'tit con""Les mots des riches, les mots des pauvres"  et "A ma dernière cigarette".

 

Comme romans, je citerai : "J'irai pas en enfer" "Le Petit Meaulnes" et un récit "Mon dernier cheveu noir".

 

POETE ET PAYSAN.

 

Le livre a été publié aux Editions Stock en 2010 et, l'année suivante, en Livre de poche.

 

Le narrateur, qui prépare l'entrée à l'Institut des hautes études cinématographiques, à Paris, tombe amoureux d'une étudiante en psychologie. Elle est la fille d'un fermier qui possède une grande exploitation dans le Pas-de-Calais. Celui-ci a trois filles et un fils qui ne désirent pas reprendre la ferme. Sur un coup de tête, le narrateur décide de devenir ouvrier agricole chez son futur beau-père, pour apprendre le métier, en vue de reprendre la ferme.

 

Ne devient pas agriculteur qui veut. Le narrateur se montre très maladroit, accumule les bêtises et s'ennuie profondément. Il avait en tête un tableau idyllique d'une ferme mais la réalité se révèle autre. Il ne supporte pas l'odeur du purin, manie mal le tracteur, découvre que le calme de la campagne est une belle blague. "Entre le bruit des machines agricoles, les piaillements des volailles, les aboiements des chiens et la radio à tue-tête, il n'y a pas de place pour le silence."

 

Une anecdote, parmi d'autres, montre son incompétence. Il a labouré toute la nuit et le matin le fermier l'emmène contempler le désastre : "la colline que j'ai labourée est transformée en un crâne coiffé à l'afro-cubaine avec des raies qui partent dans tous les sens. Tous les sillons sont en zigzag. (...) A cause de moi, lui, l'agriculteur exemplaire, discret et respecté, va devenir la risée du village. Et son champ la grande attraction." On l'appellera "le champ frisé"

 

Malgré cela, il ne se décourage pas. Son amour est intact, il fête ses fiançailles et envisage toujours le mariage. Mais sa fiancée, peu à peu, se détache de lui. Il va quitter la ferme, se réfugier chez sa maman, trouvera une place de scripte du journal télévisé dans une télévision de Lille et finira même par présenter le journal régional.

 

Plus tard, il épousera son ancienne fiançée. " Il paraît que le mariage est le plus beau jour de la vie. Ma femme et moi étions unis pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, j'en garde un bon souvenir, mais le pire a été le pire. Nous sommes mal tombés, tous les deux. Nous avons fait une mauvaise chute. Je crois surtout que nous n'avons pas eu de chance."

 

Le livre est intitulé "Poète et paysan", titre bien choisi. Si j'ai raconté d'abord son inadaptation à la vie d'un laboureur, il a en parallèle, une autre vie à la ferme, empreinte de poésie.

 

Il s'attache aux animaux, en parle avec amour et passe une grande partie de son temps dans l'étable en compagnie des vaches dont il admire la "sérénité" Il s'attache à une génisse qu'il compare à une princesse. "La génisse me regarde avec insistance quand je fais la litière, elle a l'air de compatir. Il y a dans ses yeux, quelque chose de bouleversant et d'humain."

 

Cet extrait : "Le ciel est bleu nuit, il y a plein d'étoiles dedans, la lune se reflète dans la mare. Il fait un peu plus frais, je regarde les étoiles. En ville, on voit rarement les étoiles."

 

Ou encore : "Je me suis allongé dans la paille. Ca sent bon, je me sens bien, l'air est tiède, les vaches me pulsent de l'air chaud par leurs naseaux, j'entends leur souffle régulier, c'est beau, on dirait de l'orgue."

 

"J'adore observer la basse-cour. Il s'y passe plein de choses, comme au théâtre. Le décor laisse un peu à désirer, mais les costumes sont superbes. Les coqs sont habillés de somptueuses couleurs, les poules sont en uni, blanc, gris ou noir. Les personnages ne parlent pas, ils chantent. J'ai l'impression d'être à l'opéra, les coqs sont souvent ténors et les poules sopranos."

 

 Même si le narrateur ne s'habitue pas à être paysan, il ne  critique pas les fermiers, rend hommage à leur patience, à leur courage : "Un cultivateur doit savoir attendre. Attendre la pluie, attendre le soleil, attendre que ça pousse et accepter quelquefois que ça ne pousse pas. Accepter les caprices de la nature, les orages, les tempêtes, les maladies des plantes, lesmaladies des bêtes."

 

Ce petit livre est plein de poésie, d'humour. Le style est simple, les chapitres sont courts et se terminent souvent par une phrase drôle.

 

J'ai beaucoup aimé le livre. Un bouquin sans prétention, distrayant, agréable.

 

Les commentaires sont fermés.