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05/04/2012

MALEK CHEBEL.

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Makek Chebel est né en Algérie en 1953. Il a fait ses études primaires et secondaires en arabe, des études universitaires à Constantine, puis à Paris. Il a étudié la psychanalyse et a exercé un certain temps. En 1984, il obtient son doctorat de sciences politiques à l'Institut d'études politiques de Paris. Il a exercé et donné des conférences dans des universités en Europe, au Maroc, en Tunisie, aux Etats-Unis.

 

Il a publié de nombreux livres. Je citerai : "Psychanalyse des mille et Une Nuits" "Dictionnaire amoureux de l'Islam" Manifeste pour un islam des Lumières" "Le Coran raconté aux enfants" "L'esclavage en  terre d'islam" "L'Islam pour les Nuls" et en 2009, une nouvelle traduction du Coran.

 

Il présente son "Manifeste pour un islam des Lumières" comme ceci.

 

"Associer l'Islam aux Lumières : cette relation est inscrite dans la dynamique amorcée au XIXème siècle et poursuivie par de nombreux réformistes qui ont voulu changer le visage de cette religion en s'appuyant sur la raison. Ces penseurs ont été taxés d'hérésie. Aujourd'hui, le débat est plus que jamais d'actualité : l'islam est-il compatible avec la République ? Quelle est la place et le statut de la parole libre, de la laïcité, de l'égalité des sexes, de la tolérance ou de la démocratie ? Faut-il adapter l'islam à la modernité ou au contraire adapter la modernité à l'islam, ainsi que le prétendent les fondamentalistes ?"

 

Il rappelle volontiers qu'à travers les siècles, il y a eu de grandes périodes de paix, de créativité, de bonheur. "C'est au nom de ces siècles-là que je travaille, au nom d'un grand nombre de savants, de littérateurs, de juristes, de médecins et de califes ou sultans dilettantes que je m'exprime, en étant avec d'autres, le dépositaire de cet héritage."

 

Vu sa notoriété, il était logique que les journalistes l'interrogent après les tueries de Toulouse et de Mautauban. Le Point du jeudi 29 mars y consacre tout un dossier.

 

La chronique de Malek Chebel s'intitule "Les manipulateurs salafistes."  "Si les musulmans sont effarés de voir l'un des leurs les prendre en otages, ils ne se sentent pas concernés comme croyants mais comme citoyens. Ils savent que personne n'a le droit de tuer au nom de l'islam, pas plus d'ailleurs que de toute autre idéologie, à quelque degré de nihilisme où elle se situe. Où sont les fanatiques qui ont manipulé et poussé à bout ce jeune homme, qui aurait dû rester "le jeune sans problèmes" dont parlent ses voisins ? Pourquoi ne viennent-ils pas parader devant les caméras de la télévision,  tous les salafistes qui veulent vivre comme le Prophète sans avoir le courage de quitter leur pavillon de banlieue ou leur appartement avec son mitigeur d'eau chaude et froide (...) les imans manipulateurs qui déforment la parole de paix de leur propre religion pour s'octroyer un bout de reconnaissance dans un cercle étriqué de calculateurs intéressés ? Où sont-ils?"

 

Le Point a interrogé Tahar Ben Jelloun, qui s'est mis dans la tête de Mohamed Merah. "J'ai essayé de faire comme tout le monde, mais je ne suis pas tout le monde. (...) J'aime pas qu'on s'occupe trop de moi, j'aime me sentir libre, courir, épater les filles, être hors normes."

 

Marc Dugain fait le parallèle entre le tueur en série Edmund Kemper, dont il s'est inspiré pour son roman : "Avenue des Géants" et Mohamed Merah. "En quelques jours, Merah est passé sans transition de l'anonymat à la superpuissance, il est convaincu d'avoir gagné au Loto de la notoriété et de la reconnaissance, d'être entré au panthéon des exterminateurs, dans un processus éclair de transgression des règles humaines" Ce qui explique sans doute qu'il parle de l'infini plaisir qu'il a eu à tuer ses victimes, à les filmer pour se repaître du souvenir de leur massacre.

 

Comme toujours, Tariq Ramadan utilise un double langage. Il condamne mais très habilement fait allusion à la situation des Palestiniens et associe la Bible et le Coran qui, dans certains passages, ont trait à des situations de guerre. "Mohamed Merah est l'enfant de deux rencontres : celle d'une compréhension idéologique de la religion qu'il faut condamner, et celle d'une société dans laquelle il n'a jamais trouvé sa place." Son analyse est bien différente de celle des autres chroniqueurs.

 

Un père indécent titre Le Point en citant Mohamed Benalel Merah, âgé de 71 ans qui envisage de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils. Vivant en Algérie depuis 1994, il a quitté ses cinq enfants alors que Mohamed n'avait que cinq ans et qu'il avait été incarcéré quatre ans pour trafic de stupéfiants. On sait qu'une dizaine d'avocats envisagent de défendre sa plainte dont deux seraient très connus. A désespérer !

 

Je voudrais signaler le livre de Mohamed Sifaoui, paru chez Armand Colin, en 2010 : "Pourquoi l'islamisme séduit-il ?" Je l'avais trouvé très intéressant et j'y avais consacré un billet, sur mon blog, le 21 avril 2010.

 

Notre siècle est celui des progrès techniques mais, malheureusement, pas celui des valeurs universelles. Hegel pourrait-il encore dire maintenant ce qu'il affirmait en 1830 : "La raison gouverne le monde et par conséquent gouverne et a gouverné l'histoire universelle."

 

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