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27/03/2012

ALAIN FINKIELKRAUT.

 

alain finkielkraut, la défaite de la pensée, nation, race, culture, école, jeunesse

 

 

Alain Finkielkraut est né à Paris en 1949. Il s'est fait connaître en 1970 par sa collaboration avec Pascal Bruckner pour "Le nouveau désordre amoureux". Il a publié une dizaine de livres :  "Le Juif imaginaire" "La sagesse de l'amour" "An nom de l'Autre" "Réflexions sur l'antisémitisme qui vient."

 

J'ai beaucoup aimé deux essais littéraires "Un coeur intelligent" (voir billet du 9 décembre 2009) et "Et si l'amour durait". (voir billet du 9 décembre 2011).

 

LA DEFAITE DE LA PENSEE.

 

Paru en 1987, ce livre marque le début de prises de positions critiques sur le monde moderne.

 

L'auteur, dans un long rappel historique, montre comment les notions de "nation, race, culture" ont changé au cours des siècles.

 

C'est au cri de "Vive la nation" que les révolutionnaires ont détruit l'Ancien Régime. C'est la première fois que la notion de nation apparaît dans l'histoire. Les révolutionnaires voulaient transférer à l'homme les pouvoirs "que l'alliance séculaire du trône et de l'autel réservait à Dieu." Joseph de Maistre, pourtant admirateur de la révolution, aura cette formule célèbre : "Il n'y a pas d'homme dans le monde. J'ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes. Je sais même grâce à Montesquieu qu'on peut être persan; mais quant à l'homme, je déclare ne l'avoir jamais rencontré de ma vie; s'il existe, c'est bien à mon insu."

 

Deux conceptions de la nation vont s'affronter après la guerre de 1870 entre la France et l'Allemagne et, plus précisément la conquête de l'Alsace-Lorraine par les Allemands. Pour ceux-ci, l'Alsace est allemande de langue et de race. Mais, répond Renan, "elle ne désire pas faire partie de l'Etat allemand : cela tranche la question. On parle de droit de la France, de droit de l'Allemagne. Ces abstractions nous touchent beaucoup moins que le droit qu'ont les Alsaciens, êtres vivants en chair et en os, de n'obéir qu'à un pouvoir consenti par eux." Les députés d'Alsace-Lorraine de l'Assemblée nationale affirmeront dans une déclaration solennelle leur fidélité à la France. "Nous déclarons encore une fois nul et non avenu le pacte qui dispose de nous sans notre consentement."

 

Renan déclarera encore : "N'abandonnons pas ce principe fondamental que l'homme est un être raisonnable et moral avant d'être parqué dans telle ou telle langue, membre de telle ou telle race, adhérent de telle ou telle culture." Et cette déclaration que je trouve très importante : "Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine."

 

En 1945, les fondateurs de l'Unesco renouent avec l'esprit des lumières en liant progrès moral de l'humanité et progrès intellectuel. L'objectif de l'organisation est "d'assurer à tous le plein et égal accès à l'éducation, la libre poursuite de la vérité objective et le libre échange des idées et des connaissances."

 

L'auteur va démontrer comment on arrivera à rejeter l'universalisme des valeurs prônées par l'Unesco. Obsolète cette déclaration de Montesquieu :"Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fut préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe et au genre humain, je le regarderais comme un crime."

 

Ainsi, la déclaration de Levi Strauss en 1971, que des individus peuvent rejeter certains aspects d'autres cultures, sans être traités de racistes, fit scandale. Je rappelle qu'en 1945, Lévi Strauss avait rejeté le concept de race et la hiérarchisation des civilisations, parlant de "cultures au pluriel". Sa nouvelle déclaration est dans l'esprit de l'Unesco. Serions-nous donc, au nom d'un multiculturalisme mal compris, obligés d'accepter la répudiation de la femme stérile, la peine de mort de la femme adultère, la polygamie, l'excision ? Heureusement, ce n'est pas le cas. Je dois cependant préciser que la loi n'est pas toujours respectée, il y a encore des mariages blancs ou forcés. L'actualité nous a ramenés à une réalité atroce : Patricia Leblanc vitriolée, Mohmed Merah, assassin de victimes innocentes, ayant l'impudence de se vanter de ses crimes.

                

Alain Finkielkraut rappelle, très justement, que c'est aux dépens de sa culture que l'individu européen a conquis une à une, toutes ses libertés, que la critique de la tradition constitue le fondement spirituel de l'Europe.

 

C'est en prolongement de cette réflexion qu'il abordera la défaite de la pensée. Je résumerai en disant que l'auteur souligne qu'au lieu de favoriser l'individu à penser par lui-même, il est emprisonné dans une société où le show-business est roi. D'où le glissement : la dissolution de la culture dans le tout culturel. Le divertissement devient une valeur suprême. Au moment où la technique, par la télévision ou l'ordinateur, rend possible l'accession à tous de la culture, la logique de la consommation la détruit. Un constat sévère mais pas faux.

 

Le tout culturel ? Pour l'auteur, c'est une admiration égale pour une bande-dessinée, un slogan publicitaire, un rythme de rock, un match de football que pour Shakespeare, Duke Ellington, Michel-Ange ou Verdi.

 

Alain Finkielkraut aborde son sujet favori : l'école. "L'école, au sens moderne, est née des Lumières, et meurt aujourd'hui de leur remise en cause". "L'école est moderne, les élèves sont postmodernes." Faut-il comme le disent certains, postmoderniser l'école, c'est-à-dire privilégier le divertissement ? "Certaines écoles américaines vont même jusqu'à empaqueter la grammaire, l'histoire, les mathématiques et toutes les matières fondamentales dans une musique rock que les élèves écoutent, un walkman sur les oreilles."

 

Exagération évidente mais qui demande réflexion. "Ce ne sont pas les adolescents qui, pour échapper au monde, se réfugient dans leur identité collective, c'est le monde qui court après l'adolescence". Le slogan actuel : paraître jeune !

 

Ce renversement constitue, comme le remarque Fellini avec une certaine stupeur, la grande révolution culturelle de l'époque postmoderne : "Je me demande ce qui a pu se passer à un moment donné, quelle espèce de maléfice a pu frapper notre génération pour que soudainement on ait commencé à regarder les jeunes comme les messagers de je ne sais quelle vérité absolue."

 

Je ne partage pas complètement les propos d'Alain Finkielkraut mais je pense sérieusement qu'il serait temps de réfléchir comment réconcilier les jeunes avec l'école, avant qu'il ne soit trop tard.

 

22/03/2012

HOMMAGE AUX FORCES DE POLICE FRANCAISE.

"LE MAL S'EST AVERE PLUS RADICAL QUE PREVU."

                 (Hannah Arendt. Le totalitarisme.)   

Que dire de plus ?

mort de mohamed merah

Mohamed Merah est mort les armes à la main malgré tous les efforts de négociation.

(Photo de la DH) 

PARTAGER LA DOULEUR.

LOMMEL.

Funérailles.

JERUSALEM.

Funérailles.

 

20/03/2012

CAROLE MARTINEZ.

carole martinez, le coeur cousu, espagne, superstitions

 

Carole Martinez est née en 1966. Elle est professeur de Français dans un lycée d'Issy-les-Moulineaux. Elle a profité d'un congé parental, en 2005, pour se lancer dans l'écriture. Son roman "Le coeur cousu" a été un grand succès et a été récompensé notamment par le Prix Renaudot des lycéens  en 2007. Gallimard l'a republié dans la collection Folio.

 

LE COEUR COUSU.

 

L'histoire se passe au fin fond de l'Espagne, à la fin du XIXème siècle. La narratrice, Soledad, est la benjamine de la famille Carasco. Son père José est charron. Sa mère Frasquita est l'héroïne du roman.

 

Dans le village, une procession a lieu deux fois par an, à l'Assomption et durant la Semaine sainte. Six femmes préparent la statue de la Vierge dans le plus grand secret. Une nuit, la petite Frasquita, se laisse enfermer dans l'église pour voir la statue. Elle découvre que la statue n'a pas de corps. "Son buste, son tronc, le bas de son corps n'étaient qu'un vulgaire enchevêtrement de bois et de fer, une pauvre armature creuse." Abattue, Francisca n'accepte pas que la Vierge soit de fer, n'ait rien sous ses habits de couleur et surtout  que la Madone n'ait même pas un coeur pour aimer ses enfants. Elle décide alors de lui en confectionner un qu'elle attache à la statue dans le plus grand secret. Lorsque la statue est découverte, le village crie au miracle. Cet épisode donne le titre au livre "Le coeur cousu".

 

Dans la famille Carasco, depuis des générations, se transmettent des secrets, des prières, des croyances, des superstitions et un mystérieux coffret. Celui de Frasquita contient du matériel de couture et des fils brillants, de toutes les couleurs qu'on ne trouve nulle part et qui fait d'elle une magicienne. Les fleurs qu'elle a cousues sur sa robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises. Un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre.

 

Frasquita rapièce les vêtements avec une telle adresse que les coutures sont invisibles. Ses broderies sont tellement vivantes qu'elles semblent animées. Ce talent la rend suspecte aux yeux des villageois qui la considèrent comme une magicienne voire une sorcière.

 

Le livre est donc plus proche du conte que du roman. Les épisodes sont parfois cocasses. Son mari reste enfermé un an dans un poulailler où il veut supplanter le coq. Plus tard, un coq rouge naît et il se met en tête de faire fortune en lui apprenant à se battre. Un combat est organisé et tout le village mise sur la victoire du coq rouge. José a passé un contrat avec son adversaire. S'il gagne, il aura la moitié de sa propriété; s'il perd, Heredia recevra tous ses meubles. Le coq rouge perd, Frasquita le répare. C'est la première fois qu'elle coud de la chair humaine. Elle le fera encore lors du second combat perdu aussi par José qui, cette fois, a mis dans le pari, sa maison. Toute la famille doit déménager.

 

Le livre comprend des chapitres courts, dédiés à un événement ou à un personnage sans qu'il y ait vraiment une continuité dans l'histoire. Blanca, la sage-femme met au monde les enfants de Frasquita avec une bonté qui émeut. Les enfants ont tous reçu un don : une voix exceptionnelle, une beauté qui luit dans l'obscurité... Un étranger surnommé l'ogre arrive au village puis disparaît mystérieusement.

 

Un épisode tragique attend Frasquita. Son mari l'a jouée et perdue lors d'un combat de coqs. Elle est donnée à l'homme au parfum d'olives qui l'a gagnée. Condamnée par le village, pour adultère, elle emmène ses enfants pour une vie d'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang.

 

C'est la seconde partie du livre. Je ne l'ai pas aimée car je n'y ai pas retrouvé la magie du début qui m'avait enchantée.

 

Carole Martinez s'est inspirée pour son livre d'histoires racontées par sa grand-mère espagnole. On y retrouve toutes les superstitions. Frasquita a reçu son don lors d'une séance d'initiation. "Il faut maintenant que je nous bande les yeux. Toutes les prières que tu vas entendre, tu devras les retenir. Elles viennent d'avant le premier livre et nous en héritons de mère en fille, de bouche à oreille. (...) Pour chaque petite misère humaine, il y avait une prière."

 

Les règles sont frappées d'interdits : "Ne mange pas de figues, ni de mûres pendant tes règles, cela te marquerait au visage. Pire : "Ce que la jeune fille appréhendait par- dessus  tout, c'était le premier soir des règles. Là, immanquablement, sa mère entrait dans sa chambre au beau milieu de la nuit, lui jetait une couverture sur les épaules et la menait dans un champ de cailloux où quelle que soit la saison, elle la lavait en murmurant d'énigmatiques prières."

 

Frasquita, qui n'a eu que des filles et voudrait un garçon, va interroger les commères du village."On lui conseilla de dormir sur le ventre, en chien de fusil, les jambes en l'air, de veiller une nuit sur trois, de manger salé, sucré, rassis, pourri, de faire dix fois le tour de l'église en pensant au futur prénom de son fils...." Ce garçon, elle l'aura, mais il naîtra avec les cheveux roux ce qui l'exclura du village et lui vaudra le surnom  d'el Rojo" son père refusant de lui donner un nom.

 

J'ai envie de dire que Carole Martinez a aussi hérité d'un don comme son héroïne : elle est une conteuse exceptionnelle. Son livre, surtout la première partie, plaira à ceux qui se laisseront emporter par l'auteur.   

 

18/03/2012

COMMENT SUPPORTER CELA ?

 

amina filali, maroc, viol, mariage forcé, suicide,

 

Amina el Filali, 16 ans, s'est suicidée après avoir été contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée. C'est l'artcle 475 du code pénal qui prévoit qu'en cas de mineure le violeur échappe à la prison s'il épouse sa victime. La famille considère que le mariage lui rend son honneur ! Le tribunal a officialisé le mariage, contracté en décembre, mettant fin à toute poursuite. Le père de la jeune fille affirme qu'il était contre ce mariage mais qu'il a cédé sous la pression sociale. Le mari, un jeune homme sans emploi, prétend qu'il n'y avait aucun problème dans son couple !

 

Ce suicide a causé un électrochoc au Maroc. Quelques deux cent femmes ont manifesté samedi après-midi aux cris de "Nous sommes tous des Amina" "Halte aux violences contre les femmes" "Abrogez la loi".

 

Plusieurs associations féminines avaient répondu à l'appel de la Ligue démocratique des droits des femmes. En 2008, le gouvernement avait déposé un projet, qui est resté lettre morte, pour réclamer la refonte du code pénal afin de mettre fin à la discrimination et à la violence.

 

L'association démocratiques des femmes du Maroc demande depuis longtemps l'interdiction du mariage des mineures, quelles que soient les circonstances, mais elle n'a jamais obtenu gain de cause.