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20/03/2012

CAROLE MARTINEZ.

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Carole Martinez est née en 1966. Elle est professeur de Français dans un lycée d'Issy-les-Moulineaux. Elle a profité d'un congé parental, en 2005, pour se lancer dans l'écriture. Son roman "Le coeur cousu" a été un grand succès et a été récompensé notamment par le Prix Renaudot des lycéens  en 2007. Gallimard l'a republié dans la collection Folio.

 

LE COEUR COUSU.

 

L'histoire se passe au fin fond de l'Espagne, à la fin du XIXème siècle. La narratrice, Soledad, est la benjamine de la famille Carasco. Son père José est charron. Sa mère Frasquita est l'héroïne du roman.

 

Dans le village, une procession a lieu deux fois par an, à l'Assomption et durant la Semaine sainte. Six femmes préparent la statue de la Vierge dans le plus grand secret. Une nuit, la petite Frasquita, se laisse enfermer dans l'église pour voir la statue. Elle découvre que la statue n'a pas de corps. "Son buste, son tronc, le bas de son corps n'étaient qu'un vulgaire enchevêtrement de bois et de fer, une pauvre armature creuse." Abattue, Francisca n'accepte pas que la Vierge soit de fer, n'ait rien sous ses habits de couleur et surtout  que la Madone n'ait même pas un coeur pour aimer ses enfants. Elle décide alors de lui en confectionner un qu'elle attache à la statue dans le plus grand secret. Lorsque la statue est découverte, le village crie au miracle. Cet épisode donne le titre au livre "Le coeur cousu".

 

Dans la famille Carasco, depuis des générations, se transmettent des secrets, des prières, des croyances, des superstitions et un mystérieux coffret. Celui de Frasquita contient du matériel de couture et des fils brillants, de toutes les couleurs qu'on ne trouve nulle part et qui fait d'elle une magicienne. Les fleurs qu'elle a cousues sur sa robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises. Un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre.

 

Frasquita rapièce les vêtements avec une telle adresse que les coutures sont invisibles. Ses broderies sont tellement vivantes qu'elles semblent animées. Ce talent la rend suspecte aux yeux des villageois qui la considèrent comme une magicienne voire une sorcière.

 

Le livre est donc plus proche du conte que du roman. Les épisodes sont parfois cocasses. Son mari reste enfermé un an dans un poulailler où il veut supplanter le coq. Plus tard, un coq rouge naît et il se met en tête de faire fortune en lui apprenant à se battre. Un combat est organisé et tout le village mise sur la victoire du coq rouge. José a passé un contrat avec son adversaire. S'il gagne, il aura la moitié de sa propriété; s'il perd, Heredia recevra tous ses meubles. Le coq rouge perd, Frasquita le répare. C'est la première fois qu'elle coud de la chair humaine. Elle le fera encore lors du second combat perdu aussi par José qui, cette fois, a mis dans le pari, sa maison. Toute la famille doit déménager.

 

Le livre comprend des chapitres courts, dédiés à un événement ou à un personnage sans qu'il y ait vraiment une continuité dans l'histoire. Blanca, la sage-femme met au monde les enfants de Frasquita avec une bonté qui émeut. Les enfants ont tous reçu un don : une voix exceptionnelle, une beauté qui luit dans l'obscurité... Un étranger surnommé l'ogre arrive au village puis disparaît mystérieusement.

 

Un épisode tragique attend Frasquita. Son mari l'a jouée et perdue lors d'un combat de coqs. Elle est donnée à l'homme au parfum d'olives qui l'a gagnée. Condamnée par le village, pour adultère, elle emmène ses enfants pour une vie d'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang.

 

C'est la seconde partie du livre. Je ne l'ai pas aimée car je n'y ai pas retrouvé la magie du début qui m'avait enchantée.

 

Carole Martinez s'est inspirée pour son livre d'histoires racontées par sa grand-mère espagnole. On y retrouve toutes les superstitions. Frasquita a reçu son don lors d'une séance d'initiation. "Il faut maintenant que je nous bande les yeux. Toutes les prières que tu vas entendre, tu devras les retenir. Elles viennent d'avant le premier livre et nous en héritons de mère en fille, de bouche à oreille. (...) Pour chaque petite misère humaine, il y avait une prière."

 

Les règles sont frappées d'interdits : "Ne mange pas de figues, ni de mûres pendant tes règles, cela te marquerait au visage. Pire : "Ce que la jeune fille appréhendait par- dessus  tout, c'était le premier soir des règles. Là, immanquablement, sa mère entrait dans sa chambre au beau milieu de la nuit, lui jetait une couverture sur les épaules et la menait dans un champ de cailloux où quelle que soit la saison, elle la lavait en murmurant d'énigmatiques prières."

 

Frasquita, qui n'a eu que des filles et voudrait un garçon, va interroger les commères du village."On lui conseilla de dormir sur le ventre, en chien de fusil, les jambes en l'air, de veiller une nuit sur trois, de manger salé, sucré, rassis, pourri, de faire dix fois le tour de l'église en pensant au futur prénom de son fils...." Ce garçon, elle l'aura, mais il naîtra avec les cheveux roux ce qui l'exclura du village et lui vaudra le surnom  d'el Rojo" son père refusant de lui donner un nom.

 

J'ai envie de dire que Carole Martinez a aussi hérité d'un don comme son héroïne : elle est une conteuse exceptionnelle. Son livre, surtout la première partie, plaira à ceux qui se laisseront emporter par l'auteur.   

 

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