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24/02/2012

AMIN MAALOUF.

amin maalouf, le dérèglement du monde, quand nos civilisations s'apuisent, union européenne, islam, communautarisme

 

Amin Maalouf est né à Beyrouth en 1949. Il vit à Paris depuis 1946. Après des études de d'économie et de sociologie, il entre dans le journalisme. Grand reporter pendant douze ans, il a effectué des missions dans plus de soixante pays puis s'est consacré uniquement à l'écriture. Léon l'Africain, Samarcande, Le rocher de Tanios, Le Périple de Baldassare, Les Echelles du Levant, Les Jardins de Lumière.

 

En 1998, il publie Les Identités meurtrières dans lequel il s'interroge sur ce qu'est l'identité. Ce livre a souvent été repris comme un essai de référence. (voir billet du 10 septembre 2008)

 

LE DEREGLEMENT DU MONDE.

 

J'ai acheté le livre paru en livre de poche chez Grasset en 2009 ayant beaucoup apprécié Les Identités Meurtrières. Le livre m'a plu, je l'ai lu d'une traite comme un roman et pourtant au moment d'en parler, j'ai été absolument perplexe ne me sentant pas toujours en accord avec l'auteur.

 

L'essai est sous-titré : "Quand nos civilisations s'épuisent". De quoi sursauter ! Et Amin Maalouf, dès le début, annonce la couleur : "Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole. Dès les tous premiers mois, des événements inquiétants se produisent, qui donnent à penser que le monde connaît un dérèglement majeur , et dans plusieurs domaines à la fois – dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique."

 

L'objectif de l'auteur est de prouver ce qu'il affirme dans son avant-propos. Il le fait en trois grands chapitres : Les victoires trompeuses – Les légimitées égarées – Les certitudes imaginaires. Et l'épilogue, au titre surprenant : Une trop longue Préhistoire.

 

Pour l'auteur, le début du dérèglement est la chute du mur de Berlin où, d'après lui, l'Europe n'a pas su profiter de cet événement. Il ne mentionne pas la réussite de la réunification de l'Allemagne, le bonheur des peuples d'être débarrassés de la tutelle soviétique et même pour certains de pouvoir rejoindre la Communauté européenne ou le rêve d'y parvenir.

 

Je ne comprends donc pas pourquoi il prend la chute du mur de Berlin comme le début du dérèglement de la planète. Il affirme pourtant qu'un vent d'espoir avait soufflé sur le monde et que la fin de la confrontation entre l'Occident et l'Union soviétique avait levé la menace d'un cataclysme nucléaire. Je ne crois pas, comme il l'affirme, qu'on ait cru en ce moment que la démocratie allait couvrir toute la planète.

 

Il est très critique sur la Communauté européenne et certaines sont certainement fondées, la construction de l'Europe est difficile, la difficulté d'unir des nations jalouses de leur souveraineté est réelle mais est-ce, comme il le dit, parce que l'Europe a perdu ses repères ?

 

Je touche là une des critiques que je fais à l'auteur, il affirme mais éprouve des difficultés à prouver ce qu'il dit. Pourtant le livre n'est pas sans intérêt. Les pages historiques sont, à mon avis, les meilleures du livre. Ainsi consacre-t-il une longue étude sur l'échec de la construction de l'unité arabe.

 

J'ai retrouvé aussi l'auteur des Identités Meurtrières dans plusieurs affirmations. Un exemple : "La Légitimité, c'est ce qui permet aux peuples et aux individus d'accepter sans contrainte excessive, l'autorité d'une institution, personnifiée par des hommes et considérée comme porteuse de valeurs partagées"

 

Je le rejoins aussi quand il dit  "Ce n'est pas en prônant un retour illusoire aux comportements d'autrefois que l'on pourra faire face aux défis de l'ère nouvelle." Pour lui, sortir du dérèglement qui affecte le monde ne pourra se faire qu'en adoptant une échelle de valeurs basée sur la primauté de la culture. Il explicite en disant : "Nous sommes de plus en plus nombreux à vivre plus longtemps, et mieux; forcément guettés par l'ennui, la peur du vide, forcément tentés d'y échapper par une frénésie consommatrice. Si nous ne souhaitons pas épuiser très vite les ressources de la planète, il nous faudra privilégier autant que possible d'autres formes de satisfaction, d'autres sources de plaisir, notamment l'acquisition du savoir et le développement d'une vie intérieure épanouissante". Un bel idéal mais qui m'apparaît, dans l'état actuel du monde, rongé par la pauvreté, fort utopique.

 

Autre affirmation très forte, présentée comme un reproche aux puissances européennes : ne pas avoir voulu imposer leurs valeurs au reste du monde : "De ce fait, c'est une faute impardonnable que de transiger sur les principes fondamentaux sous l'éternel prétexte que les autres ne seraient pas prêts à les adopter. Il n'y a pas des droits de l'homme pour l'Europe, et d'autres droits de l'homme pour l'Afrique, l'Asie, ou pour le monde musulman. Aucun peuple sur terre n'est fait pour l'esclavage, pour la tyrannie, pour l'arbitraire, pour l'ignorance, pour l'obscurantisme, ni pour l'asservissement des femmes. Chaque fois que l'on néglige cette vérité de base, on trahit l'humanité, et on se trahit soi-même". Hélas ! l'actualité actuelle montre que ce n'est pas si simple. Il suffit de voir la difficulté qu'à la communauté internationale pour répondre aux demandes des opposants syriens, pour ne citer qu'eux.

 

Il revient, comme il l'avait fait dans les "Identités Meurtrières" sur l'humiliation des Arabes qui n'ont d'autre choix que de se réfugier dans la religion pour y retrouver de la dignité. Mais il appelle l'Europe à combattre le communautarisme : "En notre époque guettée par une dérive communautariste d'ampleur planétaire, "enchaîner" les femmes et les hommes à leur communauté religieuse aggrave les problèmes au lieu de les résoudre. C'est pourtant ce que font de nombreux pays d'Europe lorsqu'ils encouragent les immigrés à s'organiser sur une base religieuse, et qu'ils favorisent l'émergence d'interlocuteurs communautaires."

 

Je l'ai dit, au début, j'ai aimé le livre mais j'ai regretté que les raisonnements ne soient pas plus rigoureux. J'espère cependant ne pas avoir trahi l'auteur même si un résumé est par définition une amputation d'un livre. Que le lecteur lise ce post comme des réflexions obligatoirement subjectives, j'ai retenu ce qui m'a touchée.   

 

19/02/2012

CONTROVERSE.

 

L'émission était consacrée à l'enseignement, plus spécialement au désamour des enseignants pour la profession. Un enseignant sur deux (sur trois ?) quitte l'enseignement et on s'attend à une pénurie, réelle déjà, mais qui va s'accentuer, voire devenir grave dans les années prochaines.

 

Premier argument invoqué par une enseignante qui témoigne anonymement, les enseignants ne sont plus estimés. Ce n'est pas neuf ! De plus cela concerne bien des professions. Le médecin n'a plus le prestige qu'il avait, ni l'avocat, ni le notaire...

 

Antienne pas neuve non plus, le reproche fait aux enseignants d'avoir trop de congés. A contrario, je dirais que cela devrait encourager les jeunes à devenir enseignant, car, c'est vrai c'est un luxe de pouvoir s'occuper de ses enfants le soir et de ne pas avoir la hantise des congés scolaires. Mais, soyons justes, cela concerne surtout les mères de famille et je ne crois pas qu'un jeune ait cette préoccupation.

 

J'ai trouvé le débat très ennuyeux et si j'en parle c'est que je trouve qu'il était hors réalité. La violence qui règne dans les  écoles est, selon moi, la principale cause du rejet du métier. Dire, pudiquement, les enfants ne sont plus les mêmes, c'est un peu court. L'école n'est jamais que le reflet de la société. Celle-ci est de plus en plus violente et personne jusqu'ici n'a trouvé la potion magique qui la rendrait moins violente. Que de débats sur les incivilités ou sur la  délinquance ! Sans aucun résultat.

 

Autre tarte à la crème, le manque de formation des profs. Et cette proposition que je trouve complètement aberrante faite par la CGSP et le ministre Marcourt de prolonger les études, autrement dit de faire de tous les enseignants des universitaires. Sans rire, le délégué CGSP affirme et, c'est vrai, qu'il faudrait évidemment payer tous les enseignants, de la maternelle au secondaire, au barème des licenciés. Bonne chance pour trouver l'argent !!!

 

Si certains jeunes apprécieraient de pouvoir faire un master après un régendat, je ne crois pas que ce soit dans l'esprit de devenir enseignant. Présenter cette mesure comme un remède à la pénurie est pour le moins paradoxal. Dois-je rappeler que l'enseignement universitaire coûte très cher et que les parents seraient donc les premiers pénalisés par cette mesure ?

 

La sagesse populaire dit : "C'est en forgeant qu'on devient forgeron". Je ne veux pas dire qu'une formation n'est pas nécessaire mais le métier on l'apprend sur le tas. Je ne crois pas à la multiplication des formations. Croit-on sérieusement qu'une brochure énumérant ce qu'il faut faire ou pas en cas de conflits serait efficace ? Par contre, parler de ses problèmes avec un collègue qui s'en sort mieux peut être une véritable aide. Cela se fait déjà, sans qu'il soit besoin de mettre des structures en place. Remplacer quelques heures de cours des séniors pour aider les jeunes ne me semble pas une bonne idée. C'est trop artificiel. Et les séniors en auront-ils vraiment envie ?

 

La ministre a aussi parlé de la réforme des titres. Un chantier qui a toujours échoué et date au moins des années septante. Quant à l'article 20, il a toujours posé problème. Le débat m'a appris qu'on y avait de plus en plus recours. Il est en tous cas indispensable pour certaines formations professionnelles. Et pour certains, cela se passe bien.

 

J'avais déjà, le 21 mai 2008, parlé de la pénurie des profs. Je ne vais pas redire tout ce que je disais à ce moment-là. Je suis seulement attristée que rien n'ait changé.

 

14/02/2012

ELIETTE ABECASSIS.

 

eliette abécassis, sépharade, histoire des juifs marocains, quête d'identité, destin

 

Eliette Abécassis est née le 27 janvier 1969 à Strasbourg. Elle est la fille d'Armand Abécassis spécialiste de la pensée juive. Elle est agrégée de philosophie. Mariée, deux enfants, elle habite Paris. Elle a publié de nombreux romans.

 

"Mon Père" "La répudiée" (voir billet du 22 octobre 2009). "L'or et la cendre" (voir billet du 17 novembre 2010) "Et te voilà permise à tout homme" (voir billet du 13 octobre 2011).

 

SEPHARADE.

 

Le livre a été publié chez "Albin Michel", en livre de poche, en 2009.

 

Eliette Abécassis a décidé d'en faire un roman. Son objectif est pourtant de raconter l'histoire des juifs marocains, de l'inquisition à nos jours. En faire un roman plutôt qu'un livre d'histoire rend l'oeuvre plus attachante mais aussi plus confuse. C'est à travers son personnage, ses rencontres sentimentales ou amicales, ses conversations avec sa famille, qu'elle retrace l'histoire.

 

Esther Vital, la narratrice est une juive marocaine née à Strasbourg. Tout au long du livre, elle se demande qui elle est vraiment et si on peut échapper à son destin.

 

Dans le prologue, Eliette Abécassis, résume la quête qui sera celle de son personnage. "Nous avons tous des identités multiples. Nous venons tous d'un pays, d'une ville, ou d'une rue qui nous définit à jamais. Nous sommes issus d'une culture ancestrale qui nous emprisonne autant qu'elle nous féconde. (...) Nous sommes empruntés et confisqués par notre passé, que nous empruntons et confisquons à notre tour, essayant de savoir qui nous sommes, en cette quête infinie qui commence au premier cri, qui ne s'achève jamais – et qui s'appelle la vie."

 

Esther Vital a décidé de se marier avec Charles Tolédano, malgré l'opposition de ses parents. Charles est arrivé à rompre les liens fusionnels qu'il entretenait avec sa mère. Esther, au contraire est sous l'emprise totale de sa mère qui n'hésite d'ailleurs pas à lui faire du chantage. "Tu me feras mourir" est une phrase qui revient plusieurs fois.

 

Le mariage est cependant décidé et Esther veut se marier en Israël. Toute la famille s'y retrouve et des intrigues se nouent. Son père lui a appris que le jour de son mariage, il confierait à son mari un secret transmis de génération en génération. Ce secret va rendre le mariage impossible. Il s'agit d'une amulette qui doit révéler les secrets des sépharades. Au moment de la remettre à Charles, elle disparaît. Moïse, le père d'Esther, soupçonne Charles de l'avoir volée car il refuse de se laisser fouiller. Il ne le peut pas car il a sur lui un document secret remis par son père. Il ne dit rien.

 

 Les parents d'Esther s'en vont après avoir essayé de dissuader Esther de se marier et de les suivre, ce qu'elle refuse. Mais Charles n'admet pas qu'Esther ne lui fasse pas confiance et s'en va, lui aussi. "Comment te faire confiance désormais ? Comment bâtir une vie autour de toi, et comment croire encore en ton amour ? Tu as tué notre amour".

 

Avant cette ultime rencontre avec Charles, Esther, était allée retrouver un ancien amoureux, Noam avec qui elle passe la nuit. Quand elle apprend à sa mère qu'elle hésite entre Noam et Charles, celle-ci lui apprend que Noam est son frère.

 

Esther se retrouve donc seule. Elle essaie de se noyer mais l'amulette la sauve.

 

Je suis bien consciente que, résumer ainsi, le livre apparaît sans intérêt. Il se lit pourtant avec plaisir. Eliette Abécassis ne se contente pas de raconter l'histoire des juifs marocains mais les conversations entre ses tantes, par exemple, nous apprennent beaucoup sur les traditions. Il est vrai que la cuisine occcupe une grande partie, les recettes des plats cuisinés sont aussi transmises de génération en génération. J'avoue avoir des difficultés à comprendre une telle importance mais la cuisine n'est pas ma tasse de thé !

 

Eliette Abécassis parle longuement de la différence entre les Ashkénazes et les Sépharades, de leur rivalité qui va parfois jusqu'au mépris.

 

Esther est déconcertante. Alsacienne, elle admire la culture française mais son ascendance marocaine, par son père, la lie à ses racines. "Alsacienne, elle était ponctuelle, tranchante, au point de paraître insensible. Orientale, elle avait en elle une générosité onctueuse."

 

"Dès son plus jeune âge, on lui avait inculqué les valeurs fondamentales de la religion, du groupe et de la famille." De plus, elle était superstitieuse, comme sa mère. Elle croyait "au mauvais oeil". Même ses études de lettres n'avaient pas réussi à la détacher de ces croyances. Tous ces efforts pour conquérir la liberté engendraient un terrible sentiment de culpabilité.

 

Lorsqu'elle choisit d'épouser Charles, malgré l'opposition de ses parents, elle croit qu'elle a enfin réussi à être libre. Hélas ! ce mariage tourne au désastre. D'où l'interrogation : "Peut-on échapper à son destin ?"

 

Je l'ai dit, j'ai bien aimé le livre. Il faut du talent pour rendre attrayant une oeuvre où se côtoient l'invraisemblable, de longues descriptions, des réflexions philosophiques, l'histoire. Du talent et un style que j'avais déjà apprécié dans les autres oeuvres de l'auteur. 

09/02/2012

ALAIN DUHAMEL.

 

alain duhamel, portraits souvenirs, 50 de vie politique

 

 

Alain Duhamel est né le 31 mai 1940 à Caen. Etudiant à Sciences Po, il a pu faire un stage au Monde. Il est resté vingt ans à Science Po comme maître de conférence, directeur de séminaires, puis professeur.

 

Il est devenu chroniqueur au Monde et à Libération. Parallèlement à ses activités dans la presse écrite il a animé ou co-animé plusieurs émissions télévisées consacrées à la politique : A armes égales (à partir de 1970) Cartes sur table (à partir de 1978) L'heure de vérité (1982) 100 minutes pour convaincre (à partir de 2002) Question ouverte. Mots croisés (1997/2001) avec Arlette Chabot.

 

Il est également chroniqueur à la radio, sur Europe1, France Culture, RTL.

 

PORTRAITS SOUVENIRS. 50 ANS DE VIE POLITIQUE.

 

Dans son avant-propos, Alain Duhamel explique qu'il a sélectionné une cinquantaine de personnalités en se fondant sur deux critères : une connaissance directe et personnelle suffisante pour me faire une opinion précise et l'intérêt spécifique qu'ils me semblaient présenter pour le lecteur. 

 

Le schéma est toujours le même pour tous les portraits : rappel de la carrière –  échecs et réussites – personnalité : caractère, comportement, évolution – apport à la vie politique.

 

Alain Duhamel rappelle aussi des interviews, les polémiques qu'elles ont parfois suscitées, les réactions des interviewés, de leurs collègues ou amis.

 

Si l'auteur rapporte des entretiens plus personnels, il ne va jamais trop loin dans les confidences. Ce n'est pas son but., il n'est pas un "fouille poubelle". Son objectif, il le rappelle dans le quatrième de couverture :"Les principaux personnages de ces cinquante dernières années figurent cependant pratiquement tous dans cette galerie de portraits. En tous cas, je les ai dépeints avec sincérité, sans mesquinerie je l'espère, mais aussi sans complaisance : tels que je les ai vus et connus."

 

Il serait tentant de reproduire certains extraits, certaines phrases "choc" sur l'un ou l'autre, mais il me semble que ce serait trahir l'auteur. Prises hors contexte, elles donneraient certainement du piment à mon post mais déformeraient les propos d'un auteur qui se veut objectif autant qu'on peut l'être dans ce genre d'exercice.

 

Sans trahir l'auteur, je peux relever les personnalités pour lesquels il n'a pas de sympathie, il s'en explique. Que ce soit pour leurs idées, leurs actions qu'ils n'approuvent pas ou dont ils regrettent les conséquences, les relations plutôt tendues qu'il a eues avec certains. Je peux en espérant  ne pas trop me tromper, car je ne me fie qu'à ma mémoire,  faire la liste des "antipathiques".

 

Certains noms n'étonneront pas, d'autres sont plus inattendus. Jacques Attali, Jean-Pierre Chevènement, Laurent Fabius, Jean-Marie Lustiger, Georges Marchais, Jean-Luc Mélanchon, Ségolène Royal, Dominique de Villepin, Marine Le Pen.

 

Parmi ceux qui ont sa sympathie et qu'il estime parfois avoir été traités injustement ou ne pas avoir eu le destin qu'ils méritaient, je citerai Bernard Kouchner, Michel Rocard, Claude Allègre, Michèle Alliot Marie, François Bayrou, Raymond Aron, Jean Lecanuet, Valéry Giscard d'Estaing...

 

Pour certains, c'est plus mitigé, Jacques Chirac, Martine Aubry, François Hollande, Jacques Lang et beaucoup d'autres.

 

Il consacre une vingtaine de pages à François Mitterand. Il parle bien sûr de sa présidence, mais, ce qui est important pour lui, ce sont les discussions acharnées qu'il a eues en tête à tête.

 

Le livre s'ouvre sur une confidence : J'ai toujours voulu être journaliste politique ou, plus exactement, commentateur politique. Cette vocation m'est venue en janvier 1956. J'avais alors quinze ans, je suivais avec innocence et émerveillement la campagne de Pierre Mendès France à la tête du Front Républicain."

 

Cette vocation, il l'a gardée. Il avoue qu'on lui a parfois demandé d'être un "politique", mais qu'il a toujours refusé.

 

Certaines confidences sont intéressantes. Il est de coutume pour les entretiens importants d'hommes politiques de faire connaître les thèmes du débat. Certains insistent pour avoir les questions. Alain Duhamel ne cède jamais mais les communicants veulent aussi fixer les limites de l'intervieweur. Ainsi rappelle-t-il que d'avoir posé à François Mitterand la question sur l'abolition de la peine de mort lors d'un Cartes sur table lui avait valu des reproches violents de l'entourage de François Mitterand. Celui-ci, au contraire, le remercia de lui avoir posé la question lui donnant l'occasion d'affirmer que, s'il était élu, il mettrait fin à la peine de mort.

 

Ce qui ressort aussi du livre, c'est combien le monde politique peut être cruel. Pour certains ambitieux, tous les coups bas sont permis. D'autres doivent à leur honnêteté de ne pas avoir toujours eu le destin qu'ils méritaient.

 

Ce livre n'est pas seulement un florilège de portraits c'est aussi une description des cinquante dernières années. Et à travers certaines réflexions, les thèmes chers à l'auteur comme l'Europe, l'économie et, bien sûr, la France.

 

Bien écrit, parfois féroce, cet ouvrage se lit facilement. Je l'ai vraiment apprécié et je le recommande à ceux qui s'intéressent à la vie politique.

 

02/02/2012

SCIENCE ET BOUDDHISME.

 

 

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Dans son livre "Le Cosmos et le Lotus" Trinh Xuan Thuan tente d'expliquer pourquoi selon lui, le bouddhisme peut être en accord avec la science moderne.

 

Il part d'un constat : "La science n'a rien à dire sur la manière de conduire notre vie."  Tout le monde sera d'accord avec cette affirmation. Il ajoute que la science ne suffit pas à nous rendre heureux même si elle a allégé notre quotidien. Elle n'est pas non plus propre à développer les qualités humaines indispensables au bonheur car "elle est incapable d'engendrer la sagesse". Etudiant, il a pu constater que de grands scientifiques qu'il admirait étaient parfois de médiocres individus dans la vie courante. "Les scientifiques ne sont ni meilleurs, ni pires que la moyenne des hommes."

 

Il est vrai que l'histoire abonde en exemple de grands esprits dont le comportement n'est pas glorieux. On connaît la manière dont Newton s'est comporté envers Leibniz l'accusant de lui avoir volé l'invention du calcul infinitésimal. Que dire des physiciens allemands Philipp Léonard et Johannes Stark, tous deux Prix Nobel de physique qui ont soutenu le nazisme et sa politique antisémite allant jusqu'à proclamer la supériorité de la science allemande sur la science juive ? Il en profite pour rendre hommage à Einstein qui a eu un sens aigu de la morale et de l'éthique, militant après Hiroshima et Nagasaki, pour l'interdiction des armements nucléaires.

 

L'auteur rappelle que le bouddhisme est la tradition spirituelle de son enfance. Il se souvient des grandes fêtes bouddhiques  qu'il célèbrait avec sa mère. Sa rencontre avec Mathieu Ricard va lui permettre d'approfondir sa connaissance du bouddhisme. Scientifique comme lui, ils ont eu de longues conversations qui déboucheront sur l'admirable livre "L'infini dans la paume de la main" publié chez Fayard  en 2000. Il acquerra la conviction que" la science et le bouddhisme représentent l'un comme l'autre une quête de la vérité, dont les critères sont l'authenticité, la rigueur et la logique, leurs manières d'envisager le réel ne devaient pas déboucher sur une opposition irréductible, mais au contraire sur une harmonieuse complémentarité."

 

Le premier principe bouddhique que l'auteur met en évidence est le concept d'interdépendance. Toute chose ou tout être ne peut exister de façon autonome ni en être sa propre cause. Le monde est comme un vaste flux d'événements reliés les uns aux autres et participant tous les uns des autres. Le bouddhisme ne nie pas les lois physiques ou mathématiques mais affirme qu'il y a une différence entre la façon dont le monde nous apparaît et sa nature ultime.

 

Pour illustrer ce principe d'interdépendance l'auteur donne l'exemple d'une pomme. Nous en connaissons, par nos sens, la forme, la couleur, la taille mais si nous élargissons notre réflexion, nous devrons penser au pommier, à la lumière du soleil, à la pluie, la terre et nous serons incapables d'isoler une identité autonome de la pomme. La désignation "pomme" apparaîtra bien comme une construction de l'esprit. Ainsi le bouddhisme affirme que l'existence de la pomme n'est pas autonome mais interdépendante.

 

Poursuivant son raisonnement, l'auteur se retournera vers la science disant : "La physique moderne a non seulement démontré l'interdépendance du monde des particules et de l'univers, mais elle a aussi mis en évidence l'intime connexion de l'homme avec le cosmos. (...) Nous sommes tous faits de poussières d'étoiles. Frères des bêtes sauvages et cousins des fleurs des champs, nous portons tous en nous l'histoire cosmique. Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe."(...) Quand un organisme vivant meurt et se décompose, ses atomes sont libérés dans l'environnement, puis intégrés dans d'autres organismes."

 

Autre interconnexion découverte par la science, nous sommes tous liés les uns aux autres génétiquement, nous descendons de l'Homo habilis. Nous savons maintenant que, par exemple, nous partageons 99,5 % de nos gènes avec les chimpanzés. Nous nous rappelons combien les découvertes de Darwin avaient fait scandale à son époque.

 

Autre principe du bouddhisme, la vacuité c'est-à-dire l'absence d'existence propre. "Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l'univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes."

 

L'auteur, comme Einstein avant lui, s'émerveille du réglage minutieux de l'univers, un équilibre extrêmement délicat "d'une précision comparable à celle dont devrait faire preuve un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d'un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l'univers."

 

Il existe une question à propos de laquelle le bouddhisme peut entrer en conflit avec la cosmologie moderne, les origines de l'univers. Mais il souligne que la science elle-même n'a pas de réelle réponse, des hypothèses existent que je pourrais résumer ainsi -  ceux qui croient en une multitude d'univers -  ceux pour qui notre univers est unique. La science n'a pas les moyens de trancher entre ces deux hypothèses.

 

L'auteur lui fait le pari d'un univers unique qui ne serait pas le fruit du hasard. Il justifie sa position par la beauté, l'harmonie du monde, la merveilleuse organisation du cosmos. A mesure que la physique a progressé, les cosmologues ont pu constater qu'il existe une profonde unité dans l'univers et que les phénomènes qu'on croyait distincts ont pu être unifiés.

 

L'auteur va plus loin en affirmant que la vie et la conscience n'ont pas émergé par hasard. "Parce que l'observateur et le phénomène observé sont interdépendants, il était inévitable qu'un être conscient émerge dans l'univers pour l'observer et lui donner un sens." Pour lui l'existence de l'être humain est inscrite dans les propriétés de chaque atome, étoile ou galaxie et dans chaque loi physique qui régit l'univers.

 

L'auteur soulève un autre problème : la créativité scientifique doit-elle être contrôlée ? Il ne le pense pas : "Si, à cause des dangers potentiels de certaines recherches scientifiques, nous interdisons de chercher, nous risquons de passer à côté d'innombrables bienfaits qu'elles sont susceptibles de nous apporter."

 

Il rappelle ce qu'il a toujours affirmé, la vulgarisation scientifique est nécessaire pour alerter le public sur des applications potentiellement dangereuses. Un autre de son crédo est que le scientifique a le devoir de ne pas oublier son humanité. Il rejoint ainsi son adhésion au bouddhisme : "Pour un bouddhiste, le bien et le mal n'existent pas en soi. Il n'y a de bien et de mal qu'en termes de bonheur et de souffrance causés à soi-même ou à autrui. Si je réussis à faire naître en moi une attitude altruiste telle que je sois viscéralement concerné par le bien des autres, cet altruisme devient le plus sûr guide de mon jugement."