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31/01/2012

DOMINIQUE FABRE.

 

dominique fabre, moi aussi un jour, j'irai loin, vie d'un chômeur

Dominique Fabre est né à Paris en 1960. Il passe son enfance dans une famille d'accueil puis en internat. Autodidacte, après deux années de khâgne, il obtient une maîtrise de philosophie à l'université de Nanterre. Tout en vivant de petits boulots, il envoie des manuscrits à plusieurs maisons d'édition. A vingt-trois ans, il s'installe quelque temps à la Nouvelle-Orléans. Revenu  en France, il travaille dans le tourisme et sur des chantiers d'appartement. Il y rencontrera sa femme avec qui il aura deux enfants. Devenu correcteur de presse, il rencontre, auprès des habitués d'une cafétaria, un chômeur qui deviendra le personnage de son premier roman "Moi aussi un jour, j'irai loin." paru en 1995 et qui vient d'être réédité aux Editions de l'Olivier.

 

Ses ouvrages suivants "Fantômes" (2001), "Mon quartier" (2002), "La serveuse était nouvelle" (2005), "J'attends l'extinction des feux", (2008), "J'aimerais revoir Callighan" (2010) sont marqués par son enfance : l'absence du père, la famille d'accueil, la banlieue.

 

MOI AUSSI UN JOUR, J'IRAI LOIN.

 

Pierre Lômeur est au chômage depuis trois ans. Il vit seul dans un appartement au rez-de-chaussée. "Quoi qu'il en soit, à mon réveil, le jour est déjà bien entamé, depuis quelques mois j'en suis venu à dépasser les dix heures du matin. 10 heures10, 10 heures 20, à chaque fois je regarde ma montre".

 

Comment occuper son temps lorsqu'on est chômeur et qu'on a rarement l'occasion de trouver du boulot ? Il erre dans les rues, mal à l'aise : "Car il me vient à l'esprit des choses étranges, depuis que je suis dans la mouise, c'est ma claustrophobie, j'ai peur qu'on me découvre d'un seul coup d'oeil , parfois, il suffit d'un regard quand je marche dans la rue pour que je perde contenance, je rougis jusqu'à la racine de mes cheveux, qui sont ternes et que je perds. Mais qu'est-ce qui lui est arrivé ? J'ai l'impression qu'ils se disent. Regardez-moi ce type, il est foutu, rien à faire."

 

Mais Pierre va faire des rencontres. Thérésa, une polonaise, qui travaille dans une cafétaria, avec qui il a une liaison mais qui le quittera brusquement pour retourner en Pologne, voir son père malade. Il mange dans ce bistrot tenu par un marocain, tous les dimanches, d'une escalope milanaise accompagnée de spaghettis ou de poulet-frites. "Par souci d'économie, je ne mange du pain qu'à midi, comme je suis à charge de la société, je me prive, je ne veux pas en abuser."

 

Cette réflexion reflète bien qui est Pierre. Discipliné, il se rase tous les matins, entretient son appartement, essaie de résister à la détresse, au sentiment qu'il pourrait devenir fou. "Depuis que je n'ai plus de travail, c'est comme si je n'avais plus besoin de parler. Il faut que je me méfie, à force, c'est inquiétant."

 

Cherchant du travail, il rencontre un entrepreneur, Roger Lambert, qui va l'engager pour quelques semaines mais lui marque un profond mépris. "Qu'est-ce qui distinguait Lambert et moi ? M'était-il supérieur ? Parfois, je me demande. Qu'est-ce qui fait qu'un homme vaut plus qu'un autre ? Je marche dans la rue, nous marchons dans les rues. Quoi que nous soyons, nous n'aurons jamais fini de nous croiser jusqu'à la mort."

 

Une autre rencontre va amener à Pierre  à se poser des questions sur lui-même. Après avoir longtemps hésité, il entre dans un bus de la Croix-Rouge où Bernard aide les nouveaux arrivants. Il va mentir, prétendre qu'il vient de Rouen, qu'il est serrurier et vit à l'hôtel. "Je devais être fou. Il n'y avait pas d'autre explication. Pourquoi j'aurais fait ça sinon ? Ce soir-là je connus la honte."

 

Pierre fera d'autres rencontres mais ce qui va changer sa vie, c'est un infarctus. Il se retrouve à l'hôpital et réfléchit à sa vie. Son compagnon de chambre a besoin de somnifères pour dormir. Il lui donne les siens. " Je ne voulais pas dormir. Je préférais rester allongé dans la nuit¸à tout me souvenir, tout Lômeur en entier"

 

Sorti de l'hôpital, il apprend que c'est un ami qui lui a sauvé la vie. Et pour la première fois, il se dit : "Moi aussi, un jour, j'irai loin." L'espoir, enfin !

 

Raconter la vie d'un chômeur, sans mièvrerie, sans fausse sentimentalité, n'est pas une tâche facile. Dominique Fabre y parvient. Si son personnage se pose beaucoup de questions, il se réjouit aussi des brefs instants de bonheur comme sa rencontre avec Thérésa ou Annie, son émerveillement devant les arbres : "Vrai, le printemps vient toujours pareil : un jour on lève la tête, les platanes et les marroniers ont des feuilles. Et ça, c'est extraordinaire : les arbres sont verts, verts à tel point qu'on se demande comment ils font."

 

Un très beau livre, attachant, bien écrit, d'une grande sensibilité. 

18/01/2012

BELGACOM.

Belgacom, Voo, Mobistar, Telenet se livrent à une guerre acharnée pour recruter des clients. Publicités alléchantes, offres de promotions ou de cadeaux, ils ne reculent devant rien. Mais, le client peut avoir des mésaventures qui lui causent un réel préjudice. Je vais raconter ce qui est arrivé à plusieurs de mes amis, tous clients de Belgacom.

 

Son décodeur étant en panne, X téléphone au Service clientèle qui lui dit de l’échanger dans une boutique Belgacom. Incroyable mais elle a dû faire plus d’une dizaine de boutiques avant de pouvoir procéder à l’échange !

 

Je me pose une question. Dans beaucoup de magasins, quand l’article souhaité n’est pas de stock, le vendeur consulte son ordinateur et vous indique où vous pouvez le trouver, proposant même de le réserver. Rien de tel chez Belgacom. Même réponse dans toutes les boutiques : ce n’est pas possible !

 

Une autre prend rendez-vous pour une nouvelle installation. Le technicien n’est pas venu. Elle avait pris congé. Tant pis ! Réponse de Belgacom : le rendez-vous a été annulé. Pas un mot d’excuse. Un autre rendez-vous est fixé. Mon amie espère, que cette fois, ce sera le bon.

 

Rentrant chez lui, mon ami constate qu'il n'a plus rien : pas de téléphone, pas d'internet. Réponse du service clientèle : votre installation a été désactivée suite à une demande téléphonique. Inutile de préciser que, non seulement, il n'avait pas téléphoné et qu'il était en règle de paiement. Comment peut-on affirmer que, par un simple coup de fil, votre installation est désactivée quand on pense combien il est souvent difficile de changer d'opérateur ? Plus tard, Belgacom affirmera qu'il s'agissait "d'une erreur humaine" . Sic ! Combien de temps pour réactiver ? 48 heures ! Pire, il devra probablement payer l'activation qui sera remboursée, disent-ils ! par une note de crédit. Et bien sûr, aucun dédommagement pour le préjudice subi.

 

J'ai pris les exemples que je connaissais. Je ne sais pas si cela se produit aussi chez  d'autres opérateurs. En tout cas, tout cela est inadmissible.

 

Je pourrais d'ailleurs ajouter les publicités mensongères : offre d'une télévision qu'on ne verra jamais, des promotions qui, comme par hasard, ne sont plus valables quand vous voulez en profiter même quand la date n'est pas dépassée.

 

Inadmissible, lamentable, scandaleux, je pourrais multiplier les adjectifs.

 

Respect du client ? C'était avant une valeur élémentaire. J'en viens à me dire que c'est bien fini.

 

17/01/2012

MADELEINE BOURDOUXHE.

madeleine bourdouxhe, la femme de gilles, amour, passion, abnégation, tragique

 

Madeleine Bourdouxhe est née à Liège en 1906. Elle a fait des études de philosophie à Bruxelles. Résistante lors de la Seconde Guerre mondiale, elle refusa de publier ses nouvelles chez les éditeurs parisiens contrôlés par les Allemands. Secrétaire perpétuelle d la Libre Académie de Belgique à partir de 1964, elle est décédée en 1996.

 

Actes Sud a publié deux autres de ses livres "A la recherche de Marie"(2009) et "Les jours de la femme Louise". "La femme de Gilles" a été traduit dans le monde entier et adapté au cinéma par Frédéric Fontey. Paru chez Gallimard en 1937, il a été publié par Actes sud en 2004.

 

LA FEMME DE GILLES.

 

Madeleine Bourdouxhe met en scène un couple marié, Elisa et Gilles, leurs deux petites jumelles et un bébé qui naît au cours du récit. Ceux-ci forment une famille très unie. Elisa est très amoureuse de son mari  et ne vit pratiquement que pour lui. Elle est bien, comme l'indique le titre du livre, "La femme de Gilles".

 

Tout bascule lorsque Gilles trompe sa femme avec Victorine, la plus jeune soeur d'Elisa. Celle-ci est une jeune fille très attirante, volage, peu impliquée dans ses actes. Elisa dira d'elle : "Sans doute n'a-t-elle pas de coeur et c'est ainsi que la vie ne la marque pas."

 

Elisa est d'abord soupçonneuse mais finit par admettre que son mari la trompe. Elle ne dit rien, espérant sauver son mariage en se taisant. Mais elle souffre. Ne sachant à qui se confier, elle va se confesser et loin d'avoir la compréhension qu'elle attendait, elle a droit à un discours que je juge ahurissant, même pour l'époque : "En face des épreuves que Dieu nous envoie, gardez-vous de toute révolte contre le Seigneur. (...) Pour votre pénitence, vous direz une dizaine de chapelets" Elle, qui a gardé intact l'amour pour son mari, qui a continué à accueillir sa soeur comme avant, sans lui faire de reproche, qui s'est gardée de mettre sa mère au courant, se sent seule, désemparée. "Oui... supporter encore et sans révolte l'indifférence de Gilles, mais avec l'espoir qu'il reviendra vers elle... Et ne se leurre-t-elle pas en ayant foi en son seul amour ?"

 

Gilles va finir par se confier à Elisa lorsqu'il apprend que Victorine le trompe. "Ce n'est pas une amourette... c'est (...) comme un feu, un grand feu.. (...) ou comme une rage. (...) Le malheur c'est que c'est une drôle de gamine, avec elle on ne sait pas à quoi s'en tenir. (...) Elle est à moi... je veux qu'elle soit à moi... Elle m'appartient nom de Dieu, elle l'a dit au début."

Quelle cruauté dans cet aveu ! Et Elisa pense plus à la peine de Gilles qu'à la sienne. Elle va devenir sa confidente, ira même jusqu'à lui suggérer ce qu'il devrait faire pour garder Victorine.

 

L'attitude d'Elisa a de quoi surprendre le lecteur. De femme de Gilles, je pourrais dire, qu'elle devient sa mère. "Regarde... je te mets un morceau de tarte en plus de tes tartines... Et il la remercia d'un sourire. C'était toujours cela de gagné, et pour Elisa c'était déjà beaucoup."

 

Gilles va apprendre que Victorine a décidé d'épouser Lucien Maréchal qui tient en ville un commerce de tabac et cigares. Il ne le supporte pas. Il lui fait une scène épouvantable, la bat avec rage, menace de la tuer. Elisa entend et se précipite : "Elle poussa la porte, vit Gilles, forme monstrueuse, arc-boutée, et sous lui le corps de Victorine qui paraissait tout petit. Elle saisit Gilles aux épaules, l'écarta brusquement en arrière. Elle aida Victorine à se relever."

 

Elle devra encore subir les reproches de sa mère. "Il l'a bien arrangée, ton mari (...) Je plains les enfants d'avoir un pareil père ! Toi, tu le supportes tant pis pour toi... Mais qu'il ne remette plus les pieds ici." Ainsi, Victorine n'a rien dit de sa liaison. Et avec cynisme, elle ajoute :"Eh bien ma chère, si tu savais ce qui se passait, tu aurais pu garder ton mari chez toi !" Elisa s'en va, sans rien dire et, plus surprenant, c'est encore à Gilles qu'elle pense. "Comme elle va devoir l'aider, le soutenir."

 

La vie semble reprendre comme avant. Elisa espère quelque temps que son mari guéri sera à nouveau amoureux d'elle. Mais Gilles est brisé et désormais incapable d'amour et d'émotion. Elisa perd pied et réalise qu'après tant d'efforts il n'y a plus d'amour. Elle, la courageuse, se suicide.

 

Le récit est conduit tout en nuances, en émotions et fines observations, la langue est limpide, le personnage d'Elisa inoubliable.

 

Ce livre m'a replongé dans ma jeunesse. Gilles est ouvrier, Elisa ne travaille pas mais le couple n'a pas de difficulté financière. La seule distraction est de prendre le train pour passer un jour à la campagne ou le cinéma. Elisa est complètement accaparée par les tâches ménagères. Elle entretient minutieusement une pièce où entrent seulement les visiteurs "la pièce de devant". Les  enfants sont baignés dans une bassine d'eau. Gilles déjeune d'oeufs et de lard, ce qu'on appelait dans ma jeunesse "une fricassée". Elisa accouche à la maison, un accouchement appelé "délivrance" et reste au lit plusieurs jours. Elle allaite le bébé un mouchoir étendu sur son sein parce que les petites sont là. Et puis, dernier souvenir, vous allez rire, la tarte. Non pas servie comme un dessert mais mangée n'importe quand, et qui, pour petits et grands, sert de "réconfort"...

 

J'ai aimé, à travers le livre, retrouver le temps de ma jeunesse. Même si je n'ai pas vécu tout cela personnellement, j'en ai été témoin.

 

05/01/2012

ELIE WIESEL.

 

élie wiesel, coeur ouvert, vie et mort, Dieu

 

Elie Wiesel est né à Sighet, en Roumanie, le 30 septembre1928. A quinze ans, il a été déporté avec toute sa famille à Auschwitz-Birkenau, puis à Buchenwald. Il y perdra ses parents et sa soeur. Libéré par les Américains, il passe une dizaine d'années en France durant lesquelles il fait des études de philosophie à la Sorbonne. Il relate son expérience de la shoah dans sa première oeuvre "La Nuit". En 1963, il devient citoyen américain et enseigne à l'université de Boston. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1986. Avec son épouse Marion, il a fondé "La Fondation Elie Wiesel pour l'Humanité".

 

Son oeuvre est très nombreuse : romans, essais, commentaires de la Bible. (voir billet du 7 novembre 2008 et du 11 novembre 2010.)

 

COEUR OUVERT.

 

L'auteur raconte son opération d'urgence, à coeur ouvert, à New York. Il a quatre-vingt-deux ans. Le livre pourrait être banal, simple récit d'une intervention bien maîtrisée actuellement par les chirurgiens. Mais Elie Wiesel revoit toute sa vie et se pose des questions sur ce qu'il en a fait et sur Dieu.

 

La shoah, d'abord. Il a voulu en parler pour que rien ne soit oublié. Il se pose une question essentielle : "Ai-je accompli mon devoir de rescapé ? Ai-je tout transmis ? Trop peut-être ?"

 

Son combat contre la haine, qu'il a voulu inlassable et dont il doit bien avouer qu'il a été une défaite. "Une fois les camps libérés, je m'en souviens, nous étions convaincus qu'après Auschwitz, il n'y aurait plus de guerre, plus de racisme, plus d'antisémitisme. Nous nous sommes trompés. D'où un sentiment proche du désespoir. (...) Comment comprendre les atrocités au Rwanda, au Cambodge, en Bosnie...?"

 

Sa réflexion l'amènera à se poser des questions sur la nature humaine. "Est-ce hier – ou autrefois – que nous avons appris combien l'être humain peut atteindre la perfection dans la cruauté plus que dans la générosité ?" Pourtant, son credo est de croire en l'homme, en l'amitié, en l'amour, en la possibilité qu'a chacun de s'opposer à la haine, de choisir la compréhension plutôt que le mépris.

 

Dieu. La question qui l'a taraudé toute sa vie est "pourquoi ?""Pour moi, c'est un fait indéniable : il est impossible d'accepter Auschwitz avec Dieu, ni sans Dieu. Mais, alors, son silence, comment le comprendre ?"

 

Elie Wiesel ne répond pas à la question, comme on le fait souvent, en évoquant le libre arbitre que Dieu a laissé aux hommes. Il justifie sa foi par le refus "d'être le dernier d'une chaîne remontant très loin dans ma mémoire et dans celle de mon peuple." Il ajoute que les vraies questions, celles qui concernent le Créateur et sa Création ne peuvent obtenir de réponse. "Seules les questions sont éternelles, les réponses ne le sont jamais." Cet aveu : "J'avoue m'être élevé contre le Seigneur, mais je ne l'ai jamais renié."

 

La mort, enfin. Quand il apprend qu'il doit être opéré, il a peur de mourir. Sentiment bien humain. Il l'accepte pourtant difficilement : "Ai-je peur de mourir ? Dans le passé, en y songeant, je pensais que la mort ne m'effrayait pas." Bien sûr, il se raccroche à tout ce qu'il désirait encore faire, à ses étudiants qui lui ont apporté beaucoup de choses, à sa femme, son fils, ses petits-enfants à qui il avait encore tant de choses à raconter.

 

Il ne se sent pas prêt à mourir tout en ajoutant : "Est-on jamais prêt ?" Il rappelle que la religion juive plutôt que de conseiller de passer sa vie à se préparer à mourir comme le font certaines philosophies "sanctifie la vie et non la mort."

 

L'ultime question sera : "ai-je changé ?" J'attendais cette réponse : non, je demeure le même. Et il ajoute : "Je sais combien chaque moment est un recommencement, chaque poignée de main une promesse et un signe de paix intérieure."

 

J'ai beaucoup aimé le livre. Elie Wiesel dit, comme toujours, les choses simplement et avec un réel accent de vérité sans tomber dans l'émotion facile que le sujet du livre aurait pu faire naître.