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01/12/2011

ALAIN FINKIELKRAUT.

 

alain finkielkraut,et si l'amour durait

 

Alain Finkielkraut est né à Paris en 1949. Il est le fils d'un maroquinier juif polonais déporté à  Auschwitz. Agrégé en Letttres modernes, il enseigne à l'Ecole polytechnique. Il s'est fait connaître en 1970 par sa collaboration avec Pascal Bruckner "Le nouveau désordre amoureux".  La publication en 1987 de "La défaite de la pensée"  marque le début d'une critique de la "barbarie du monde moderne".

 

Philosophe reconnu, ses prises de position suscitent souvent la polémique. Il est notamment très critique sur l'école qu'il accuse de ne pas avoir offert aux enfants défavorisés une chance réelle d'intégration et qu'elle ne fonctionne correctement que pour les fils de bourgeois.

 

Il a publié une dizaine de livres dont "Le Juif imaginaire" "La sagesse de l'amour" "Une voix qui vient de l'autre monde" "Au nom de l'Autre" "Réflexions sur l'antisémitisme qui vient" "Un coeur intelligent" (voir billet du 9 décembre 2009).

 

Il anime chaque semaine l'émission "Répliques" sur France Culture.

 

ET SI L'AMOUR DURAIT.

 

Le titre du livre est assez étonnant. Pourquoi n'y a-t-pas de point d'interrogation? Ce serait logique. Interrogé lors d'une émission littéraire, Alain Finkielkraut a donné des explications assez confuses.

 

Pour parler de l'amour, il s'appuie sur la littérature. Quatre livres : "La Princesse de Clèves" de Madame de la Fayette, "Les meilleures intentions" d'Ingmar Bergman, "Le Professeur de désir" de Philippe Roth et "L'insoutenable légèreté de l'être" de Milan Kundera.

 

Le livre comprend de nombreuses citations et l'appel à des personnages figurant dans d'autres ouvrages que ceux qu'il analyse. C'est brillant mais rend la lecture un peu difficile. Tout le monde ne connaît pas l'oeuvre complète des quatre auteurs.

 

Dans son avant-propos, Alain Finkielkraut nous dit que "L'enfant du bohème est devenu roi".

Nous choisissons nos partenaires, nous sommes maîtres de nos engagements, aucune autorité ne peut nous imposer nos comportements. Mais, dit-il, l'amour durable est-il une chimère ? C'est à cette question qu'il veut répondre. S'il n'y répond pas vraiment., les textes qu'il a choisis parlent plutôt de l'impossibilité de l'amour, de sa fin inéluctable.

 

L'ENIGME DU RENONCEMENT.

 

C'est le premier chapitre du livre consacré à "La Princesse de Clèves" de Madame de la Fayette. Les littérateurs l'ont longtemps considéré comme le premier roman classique. Oublié, il revient à la mode à cause des critiques émises par Nicolas Sarkozy qui, bouillant de colère a déclaré "qu'un sadique ou un imbécile avait mis ce texte au programme du concours d'attaché d'administration" !

 

Madame de la Fayette a vécu au dix-septième siècle. Elle tenait "salon" et y recevait l'élite parisienne. Elle a publié plusieurs livres mais toujours sous des pseudonymes.

 

L'histoire est connue. Très amoureux de Mademoiselle de Chartres, le prince de Clèves  obtient de l'épouser. Mais, la princesse découvre qu'elle n'éprouve pour son mari que de l'estime tandis qu'une violente inclination l'entraîne vers le séduisant duc de Nemours.

 

Un épisode du roman va faire scandale. La princesse avoue à son mari qu'elle est amoureuse d'un autre et lui demande de l'éloigner de la cour. Incompréhensible pour les contemporains habitués aux maris volages ou trompés. Madame de la Fayette fait du prince de Clèves un "un mari transi".  

 

 Le prince de Clèves finit par connaître l'identité de son rival. Se croyant trahi, par la femme qu'il adore, il meurt de chagrin après d'émouvants adieux.

 

Après la mort de son mari, la princesse, toujours amoureuse du duc de Nemours, est libre de l'épouser. Elle refuse et ce refus est aussi incompréhensible pour les contemporains que l'aveu.

 

Alain Finkielkraut analyse l'attitude de la princesse. Elle agit par dignité car elle ne peut admettre tirer bénéfice de la mort de son mari dont elle est la cause. Mais, pour l'auteur, il s'agit surtout de la certitude qu'un jour ou l'autre il cessera de l'aimer. "Je sais que vous êtes libre, que je le suis, et que les choses sont d'une sorte que le public n'aurait peut-être pas sujet de vous blâmer ni moi non plus quand nous nous engagerions ensemble pour jamais. Mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements éternels ?"

 

L'auteur clôt son chapitre par ses mots : "Pour peu qu'ils réfléchissent à la signification du roman et ne se laissent pas enfermer dans la question de la vraisemblance, les modernes sont renvoyés à leur propre renoncement par celui de Madame de Clèves. Son extravagante intransigeance est le miroir inversé de leur démission."

 

Propos un peu obscurs. Alain Finkielkraut précisera dans une interview : "L'amour, pensons-nous, relève tout entier du principe du plaisir. (...) Si la loi de l'époque devient la loi de l'amour, si, au nom de l'intensité ou de la liberté, l'amour renonce à la durée (...)  cela voudra dire que l'amour n'est plus amour, mais avatar sentimental de la consommation."

 

Une opinion bien sévère qui rappelle combien Alain Finkielkraut est peu en accord avec son époque.

 

J'avais beaucoup aimé "Le coeur intelligent". J'ai beaucoup moins apprécié "Et si l'amour durait".  La principale qualité du livre est de nous faire connaître ou de nous rappeler de grandes oeuvres. Mais le cheminement de l'auteur est difficile à suivre malgré les qualités littéraires évidentes. 

 

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