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28/11/2011

ACCORD BUDGETAIRE.

 

Je me réjouis qu'un accord soit intervenu sur le budget. Trop tard pour éviter la dégradation de la note mais peut-être suffisamment tôt pour échapper à la sanction européenne. Cet accord n'a pas suscité le même enthousiasme que l'accord constitutionnel. Normal. Trouver autant d'argent, mettre d'accord patrons et syndicats, une vraie gageure. C'est fait. Les critiques vont fuser de toutes parts mais les négociateurs ont fait leur travail.

 

Elio Di Rupo, dans sa conférence de presse,  a fait appel à tous : "La dynamique d'un pays, le bien-être d'un pays  ne se résume pas à l'action d'un gouvernement ou d'un parlement. Citoyens, patrons, syndicats, associations jouent un rôle essentiel. C'est ensemble que nous devons retrousser les manches pour sortir notre pays de la crise. C'est ensemble que nous devons travailler à la prospérité de notre pays et de ses habitants. Je suis persuadé que nous en sommes capables et que nous réussirons."

 

Hélas ! les syndicats ont maintenu leur manifestation du 2 décembre. Je ne puis qu'être critique. Ils font leur boulot, plaire à leurs affiliés, mais ils savent très bien que remettre l'accord en question sous la pression de la rue ne changera rien mais est bien dangereux sur le regard que l'extérieur, marchés et communauté européenne, porte sur notre pays.

 

L'avenir cependant reste bien sombre. Tout n'est pas finalisé, il faut encore former un gouvernement et ce ne sera pas simple.

 

Beaucoup ont insisté sur la nécessité de rétablir la confiance. Hélas ! elle ne se décrète pas. Comment pourrait-on obtenir la confiance des marchés et de la communauté européenne si en Belgique même, certains vont s'acharner à dire tout le mal qu'ils pensent de l'accord. Certes les critiques sont normales, je dirais même démocratiques, mais combien dangereuses dans la situation actuelle.

 

Même les experts ont des vues divergentes sur ce qu'il fallait faire. Une preuve de la complexité des problèmes et des solutions.

 

Se lamenter sur le passé ne sert à rien. La route sera encore suffisamment longue et difficile pour que chacun réfléchisse à ce qu'il fait.

 

Il faut parfois savoir espérer.

17/11/2011

POUVOIR DE L'ECOLOGIE.

Ce matin,, Olivier Deleuze était l'invité de Matin1. Début de l'entretien, sans surprise, une charge contre les libéraux. Suivront une critique de la rente nucléaire, trop basse, c'est possible, je ne suis pas spécialiste, et pour terminer, le couplet habituel des écolos. Haro sur les voitures de société, les maisons qui ne sont pas isolées car trop vieilles. Aïe! me voilà une fois de plus en tort.

 

Pascal Bruckner parle de l'écologie de divagation. Il est vrai, je n'ai pas pu le dire plus clairement dans mon post, que je veux court, ce que certains proposent est vraiment ahurissant.

 

Je voudrais parler de l'écologie tout court. Je constate une véritable prise de pouvoir pour culpabiliser les citoyens. J'entendais quelqu'un dire "Je me suis rendu compte, la nuit, que j'avais laissé ma télévision en veille, je me suis relevé pour l'éteindre. Je ne veux pas faire du mal à la planète." Comme c'est beau !

 

Lors de mon premier ordinateur, on m'expliquait que ma manie de l'éteindre était nocive pour le disque dur. J'ai donc pris l'habitude de le laisser en veille sauf bien sûr quand je sais que je ne l'utiliserai plus ou que je quitte la maison. Me voilà, une fois de plus, très mauvaise citoyenne. Idem pour ma télévision ou autres appareils.

 

On a, arbitrairement, supprimé la vente d'ampoules ordinaires. Vous n'aimez pas les ampoules à basse consommation qui éclairent mal ? Tant pis, votre devoir est de protéger la planète...

 

Olivier Deleuze admet que les voitures de direction sont un complément du salaire, imposé d'ailleurs par l'employeur. Lors de l'embauche, vous trouvez votre salaire trop bas ? L'employeur maintiendra son chiffre mais ajoutera une voiture de direction. (Plus intéressant pour lui). Alors, les critiquer, comme on le fait maintenant, je trouve cela fort de café.

 

Une anecdote. Une jeune amie avait demandé un audit écologique sur sa maison. Intention louable mais quelle surprise ! Elle devait remplacer son toit, isoler sa maison, remplacer sa chaudière et même son frigo, pas assez hermétique. Que je sache, un frigo qui n'est pas en ordre, on s'en aperçoit tout de suite, les surgelés ne tiennent pas et votre frigidaire coule. Rien de cela chez mon amie. Bien entendu, elle est sortie complètement démoralisée. Où trouver autant d'argent ?

 

Je suis d'une génération qui remplaçait ses appareils lorsqu'ils ne marchaient plus. (Encore qu'avant on pouvait les faire réparer.) J'ai donc remplacé ma chaudière par une chaudière à condensation parce qu'elle était fichue mais je trouve abusif de vouloir remplacer des appareils en bon état par des appareils écologiques pour faire des économies. C'est d'ailleurs paradoxal quand on sait que les GSM par exemple, sont remplacés trop souvent pour avoir le dernier modèle.

 

Paradoxal aussi de nous rappeler tous les jours les nombreuses personnes qui n'arrivent pas à boucler leur budget mais insister sur la quasi obligation d'isoler sa maison. Avec quel argent même s'il existe des primes ?

 

Dans le même ordre d'idée, Paul Magnette, depuis plusieurs années, nous promet une baisse de l'électricité, on attend toujours bien qu'il soit prouvé que nous sommes les plus chers d'Europe. Je connais aussi des amis qui ont quitté Electrabel pour un autre serveur moins cher. Quelle mauvaise surprise de constater qu'en fin d'année, des tas de frais sont ajoutés ce qui rend votre facture salée !

 

Je trie mes déchets, c'est la moindre des choses, mais comme les intercommunales imposent des sacs à un prix très élevé, dans certaines communes on trouve des sacs non réglementés déposés n'importe où. Manque de civisme ou d'argent ?

 

D'ailleurs ces mêmes intercommunales ont supprimé (pas partout) la collecte de ce qu'il est courant d'appeler les "encombrants". Or, certaines personnes vivaient de ces déchets. Mettre d'anciens frigos, vélos, ou autres objets, très tôt le matin, il ne restait quasi plus rien lorsque les éboueurs passaient. Que doivent faire ceux qui n'ont pas de voiture ? De plus, les containers, gratuits au début, sont devenus payants. Encore un bénéfice.

 

Dans ma commune, Incovo a tout simplement interdit de donner ses vêtements à Terre ou autre organisme. Ils ont finalement accepté qu'une association caritative qui les recueillait puisse continuer contre une contribution qu'elles sont obligées de leur verser.

 

Bien entendu, les écologistes ne sont pas responsables de tout. Je leur reproche seulement de culpabiliser les citoyens par leur discours impérialiste : faites ceci, faites cela, sinon....

 

Cela m'amuse toujours de voir le plaisir que les écologistes ont à se faire photographier à vélo. De mon temps (encore !) faire du vélo était un plaisir. Jardiner aussi sans se croire obligé de faire du compost. Que ceux qui aiment cela le fassent mais laissent les autres tranquilles.

 

Voilà, je râle. A la réflexion, j'aurais peut-être mieux fait de m'en prendre à d'autres sujets. Il n'en manque pas. Le no/gov, les grèves, les travaux inutiles, la SNCB, les routes, les transports en commun, les abus pratiqués par les hôpitaux, la toute puissance des animateurs TV etc. Ce sera peut-être pour une autre fois...

 

15/11/2011

PASCAL BRUCKNER.

 

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Pascal Bruckner est un romancier et un essayiste français né à Paris le 15 décembre 1948. Il enseigne dans les universités américaines notamment à New York et collabore au Nouvel Observateur  et  au Monde.

 

Parmi ses essais, je citerai "La Tentation de l'innocence" (1995), "L'Euphorie perpétuelle. Essai sur le devoir de bonheur" (2000), "La tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental" (2006), "Le Paradoxe amoureux" (2009), "Le mariage d'amour a-t-il échoué ?" (2010). (voir billets du 27 août 2009 – 20 octobre 2010)

 

J'ai beaucoup aimé son roman, paru en 2007, "Les voleurs de beauté".

 

LE FANATISME DE L'APOCALYPSE. SAUVER LA TERRE, PUNIR L'HOMME.

 

Comme ses autres essais, mais plus encore, ce dernier livre a suscité une énorme polémique. Les écologistes ont réagi violemment. Je pourrais dire que critiquer l'écologie est actuellement aussi grave que critiquer les religions. Le comique, si je puis dire, est que Pascal Bruckner vote pour les Verts depuis plus de vingt ans et ne se situe pas du tout dans la lignée des climato-sceptiques.

 

Le livre est dense, le raisonnement rigoureux, les citations nombreuses. Il est bourré d'anecdotes souvent hilarantes.L'ouvrage est aussi plein d'humour.

 

Le hic pour une blogueuse, c'est que l'ouvrage est impossible à résumer. Je vais essayer de dégager les lignes de force du raisonnement de l'auteur.

 

Première constatation, l'écologie – celle qu'il qualifie de divagation -  est devenue une idéologie dominante, avec les dérives qu'on pouvait constater dans les religions ou le communisme. Le désastre est inévitable, la mort de la planète est annoncée comme inexorable. C'est indémontrable et indémontré, c'est une question de foi. Le seul responsable est l'homme.

 

Ainsi, les cataclysmes naturels, inondations, tsunamis, infection bactérienne, chutes d'astéroides, tout, vraiment tout, est imputable à l'homme. "Notre vie quotidienne provoque chaque jour d'effroyables dégâts. Se soucier de son confort égoïste peut tuer autant qu'un meurtre prémédité. Manger, se loger, voyager fait de nous des assassins en puissance dont les actes les plus anodins ont de répercussions incalculables."

 

Après un tel constat, nous nous attendons à des propositions de vrais remèdes. Or, que nous proposent les écologistes pour réduire nos émissions de CO2  ? "Changer d'ampoules pour des modèles à basse consommation, laisser la voiture au garage, vérifier ses pneus, recycler ses déchets, refuser les emballages encombrants, régler les thermostats, planter un arbre, éteindre les appareils électriques (lecteur DVD, chaîne stéréo, ordinateurs) Tout ça pour ça ! Enormité de diagnostic, dérision des remèdes." 

 

Plus fort encore, la planète martyrisée par l'homme, nous entraîne dans son agonie et en profite pour nous donner une bonne leçon ! "Parce que nous l'avons disciplinée autant que ravagée, nous sommes devenus co-responsables de la nature : son sort se confond avec le nôtre."

 

La nature érigée en dieu ! Et Pascal Bruckner d'ironiser : "Si la planète devient un sujet de droit, il faudra l'assigner en justice chaque fois qu'une avalanche, un glissement de terrain, un typhon détruisent non seulement des communautés humaines mais des espaces naturels protégés."

 

Ce qui est vraiment grave est la remise en cause du progrès. La logique voudrait que face à de tels dangers, on ait recours à la science et surtout que l'on retrouve le goût de l'innovation. Or, il n'en est rien. Au contraire, les fanatiques de l'Apocalypse choisissent l'état de régression. Selon eux, le consommateur est un prédateur et un éternel insatisfait. Il faut qu'il s'amende "en adoptant une conduite d'un grand dépouillement."

 

Ces chevaliers blancs vont plus loin. Loin de s'alarmer de voir l'Afrique encore frappée par la misère, ils nous proposent de prendre les Africains comme modèles. "Afrique, aide notre développement mental. Afrique, aide l'Europe à entrer dans une autre histoire (...) L'Afrique peut enseigner à l'Occident comment s'accommoder de la frugalité". (Hervé Kempf, Le Monde, 28.29 juin 2009)

 

On ne s'étonnera donc plus de voir José Bové, toujours acquitté, ravager les champs d'OGM, sans permettre leur évaluation, rendant impossible le travail scientifique qui pourrait être source d'espoir pour endiguer la faim dans le monde.

 

Pascal Bruckner est bien d'accord que, comme le dit un proverbe indien, "Nous n'héritons pas de la planète, nous l'empruntons à nos enfants." Il ne critique pas l'écologie en tant que telle mais sa dérive cataclysmique. "L'alternative n'est pas entre une nature intacte qui cicatrice lentement de l'effraction humaine et un productivisme ravageur qui forge, perce, défigure mais entre un état de régression et un développement lucidement assumé avec ses risques et ses bénéfices."

 

Pascal Bruckner termine son livre par un appel à la raison : "Une course de vitesse est engagée entre les forces du désespoir et la puissance de l'audace. En d'autres termes le remède est dans le mal, dans cette civilisation industrielle honnie, cette science qui effraie, cette crise qui n'en finit pas, cette mondialisation qui nous dépasse : seul un surcroît de recherches, une explosion de créativité, un saut technologique inédit pourront nous sauver."

 

09/11/2011

JULIA KRISTEVA.

 

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Pour la première fois, le pape Benoît XVI a invité une incroyante à la Journée de réflexion, de dialogue et de prière  pour la paix et la justice dans le monde, qui s'est tenue à Assise, le 27 octobre. C'est Julia Kristeva qui a représenté les athées. Dans un discours sur l'humanisme, elle a assuré que la fameuse formule de Jean-Paul II : "N'ayez pas peur" ne s'adressait pas seulement aux croyants mais constituait un encouragement "à oser l'humanisme chrétien et celui qui, issu des Lumières, ambitionne d'élucider les voies risquées de la liberté". (Propos repris par Le Point du 3 novembre.)

 

Julia Kristeva est née le 24 juin 1941, à Sliven en Bulgarie. Installée en France en 1964 elle a  participé à la revue Tel Quel fondée par Philippe Sollers. Elle a collaboré notamment avec Michel Foucault, Roland Barthes, Jacques Derrida et Philippe Sollers dont elle deviendra l'épouse.

 

En 1979, après avoir suivi les séminaires de Jacques Lacan, elle devient psychanalyste et progressivement une théoricienne du langage.

 

Elle enseigne la sémiologie à l'Université de l'Etat de New York et à l'Université de Paris 7 Denis Diderot. Membre de l'Institut universitaire de France, elle dirige aussi le Centre Roland Barthes dont les activités sont destinées aux doctorants et aux enseignants chercheurs qui s'intéressent aux textes littéraires dans une perspective interdisciplinaire.

 

Julia Kristeva fait aussi partie depuis plusieurs années du Conseil National du Handicap. En 2008, elle a créé à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, le Prix "Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes." récompensant les hommes et les femmes qui luttent pour la liberté des femmes dans le monde.

 

Romancière, elle a publié "Thérèse mon amour" récit de la vie de Thérèse d'Avila, "Meurtre à Byzance" "Possession" "Le viel homme et les loups" " Les Samouraïs".

 

Ses essais sont nombreux. Je citerai "La haine et le pardon" "Cet incroyable besoin de croire" et en collaboration avec Catherine Clément "Le féminin et le sacré".

 

LE GENIE FEMININ.

 

Le livre est sous-titré "La vie, la folie, les mots" C'est une trilogie consacrée à Hannah Arendt, Mélanie Klein et Colette. Elle justifie son choix : une philosophe, Hannah Arendt, une psychanlyste, Méladie Klein et pour ne pas parler seulement d'horreur, de folie, d'holocauste, de guerre mais aussi de joie et de plaisir de langue, Colette.

 

Dans son introduction, elle donne sa conception du "génie". "Appelons "génies" ceux qui nous obligent à raconter leur histoire parce qu'elle est indissociable de leurs inventions, des innovations versées au développement de la pensée et des êtres, de la floraison de questions, de découvertes et de plaisirs qu'elles ont créée. Leurs apports nous concernent si intimement que nous ne pouvons les recevoir sans les enraciner dans la vie de leurs auteurs."

 

Julia Kristeva tient à rappeler que le génie féminin a longtemps était méconnu. Les femmes étant longtemps considérées comme "une espèce de mammifères qui se destine aux naissances"  Le vingtième siècle mettra fin à cette croyance. L'émancipation des femmes sera,  accessible au plus grand nombre dans les pays dits développés mais aussi en Asie, en Afrique ou en Amérique latine.

 

Après la lutte des suffragettes à la fin du XIX siècle, puis celle des militantes pour l'égalité avec les hommes dans tous les domaines, le mouvement féministe après Mai 68, insistera sur la liberté toute neuve : une autre sexualité, un autre langage, une autre politique.

 

Julia Kristeva considérera que le refus de la tradition a engendré une stigmatisation de la maternité. Mais, dit-elle, la maternité aidée par les progrès de la science s'impose de nouveau comme la plus essentielle des vocations féminines "désirée, acceptée et accomplie désormais avec le maximum de chances pour la mère, le père et l'enfant." Elle va plus loin en affirmant que les mères représentent désormais le seul garde-fou contre l'automisation des humains. Elle ajoute ce qui pour moi semble important : "La réalisation singulière de chaque femme, de sa personnalité irréductible au commun dénominateur d'un groupe ou d'une entité sexuelle, devient non seulement possible, mais fièrement revendiquée. C'est parce que je suis moi, spécifiquemet moi, que je révèle l'apport des femmes à la pluralité du monde."

 

Si le vingtième siècle a été celui des progrès accélérés de la technique, il a aussi révélé l'autodestruction que l'humanité porte en elle-même. L'auteur rejoint d'autres philosophes en affirmant que la vie est le bien ultime. Mais quelle vie ? C'est la question essentielle qu'Hannah Arendt s'est posée, ce qu'elle appelle "le miracle de la natalité" fil conducteur de toute son oeuvre. Au contraire, le mépris de la vie est ce qui rassemble les totalitarismes. "La capacité même de commencement s'enracine dans la naissance et aucunement dans la créativité, non pas dans un don, mais le fait que des êtres humains, de nouveaux hommes viennent au monde, sans cesse, en naissant."

 

France 5 a consacré une de ses émissions "Empreintes" à Julia Kristeva. Elle sera rediffusée le vendredi 11 novembre à 9 heures trente. Je vous la conseille vivement. Vous y découvrirez une femme exceptionnelle.

 

Catherine Clément, comme beaucoup d'autres, s'est intéressée à Hannah Arendt dans un roman "Martin et Hannah" (voir billet du 10 juillet 2009 – Catherine Clément2).

 

03/11/2011

MARIO VARGAS LLOSA.

 

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 Né en 1936 au Pérou, Mario Vargas Llosa passe une partie de son enfance en Bolivie. Dès l'âge de quatorze ans, il est placé à l'Académie Militaire de Lima qui lui laisse un sinistre souvenir. Parallèlement à des études universitaires, il collabore à plusieurs revues littéraires et, lors d'un bref passage au Parti communiste, découvre l'autre visage du Pérou. Il se lance dans le journalisme comme critique de cinéma et chroniqueur. Il obtient une bourse et part poursuivre ses études à Madrid où il passe son doctorat en 1958.

 

L'année suivante, il s'installe à Paris. Il a écrit de nombreux romans couronnés par des prix littéraires prestigieux. Devenu libéral après la révolution cubaine, il fonde un mouvement de droite démocratique et se présente à l'élection présidentielle de 1990. Il est battu au second tour. Romancier, critique, essayiste lucide et polémique, il est considéré comme l'un des chefs de file de la littérature latino-américaine.

 

En 2010;  il a reçoit le Prix Nobel de littérature. Son discours à Stockholm est intitulé "Eloge de la lecture et de la fiction."

 

Le Point du 20 octobre publie un extrait de son discours : "Celui qui cherche dans la fiction ce qu'il n'a pas exprime, sans nul besoin de le dire ni même de le savoir, que la vie telle qu'elle est ne suffit pas." "Combien séditieuses deviennent les fictions quand le lecteur compare la liberté qui les rend possibles et s'y épanouit avec l'obscurantisme et la peur qui le guettent dans le monde réel. Qu'ils le veuillent ou non, qu'ils le sachent ou pas, les fabulateurs, en inventant des histoires, propagent l'insatisfaction en montrant que le monde est mal fait, que la vie de l'imaginaire est plus riche que la routine quotidienne."

 

Une déclaration qu'il explicite dans l'entretien donné au Point. La littérature donne au lecteur la conviction que le monde n'est pas à la mesure de ses ambitions ou de ses rêves. Et "cette insoumission au monde" fait désirer une autre vie que la vie réelle, forge, des esprits critiques épris d'idéal. "Lire c'est se mettre en état d'alerte permanent contre toute forme de tyrannie, c'est se blinder contre la manipulation de ceux qui veulent nous faire croire que vivre entre les barreaux, c'est vivre en sécurité."

 

"Lire, c'est protester." Une conception déconcertante de la littérature.

 

TOURS ET DETOURS DE LA VILAINE FILLE.

 

La vilaine fille est Lili que Ricardo rencontre à Lima, en 1950. Il en tombe éperdument amoureux. Elle lui fait croire qu'elle est chilienne alors qu'elle habite un quartier très pauvre de la ville. C'est son premier mensonge.

 

Tout le roman est le récit de l'amour fou de Ricardo pour la petite chilienne de son enfance. Il la retrouvera à Paris, devenue la camarade Arlette. Elle a réussi à quitter le Pérou par le biais d'une bourse devant aider sa formation de futur maquis révolutionnaire.

 

Que désire Lily ? Les voyages et la richesse.. Elle deviendra Madame Arnoux en épousant un diplomate qui l'a aidée à sortir de Cuba et à s'installer à Paris. Elle le quittera après avoir vidé son compte... Ricardo la retrouvera à Londres où elle est devenue une aristocrate, épouse de  David Richardson, un homme riche qui ne pense qu'aux chevaux mais avec qui elle voyage. Celui-ci apprendra qu'elle était déjà mariée et elle devra s'enfuir. Elle tombera sous la coupe d'un Japonais pervers, Fukuda, qu'elle parviendra à quitter, complètement démolie, physiquement et psychiquement.

 

Ricardo, traducteur, puis interprète, reste amoureux fou de la "vilaine fille" qui refuse de l'épouser parce qu'elle ne peut se contenter d'être une simple épouse. Il lui pardonne tout et se contente de ses brèves apparitions pendant lesquelles il lui fait l'amour avec tendresse.

 

La fin du roman est assez surprenante. Lily mourra d'un cancer peu après avoir rejoint Ricardo à Madrid. Avant de mourir, elle lui dira : "... Tu as toujours voulu être écrivain sans l'oser jamais. Maintenant tu vas te retrouver tout seul, tu peux en profiter, et ainsi tu me regretteras moins. Avoue, quand même, que je t'ai donné un sujet en or, pour ton roman, hein, mon bon garçon ?"

 

En parallèle, si je puis dire, de cette histoire d'amour, l'auteur plonge dans ses souvenirs. Lima, Paris, Londres, Tokyo, Madrid sont décrits à des époques différentes ainsi la vie à Paris, dans les années soixante, la communauté hippie à Londres dans les années septante.

 

L'histoire du Pérou  revient comme un leitmotif sur le demi-siècle que dure le roman. L'auteur revient aussi sur ses utopies de jeunesse.

 

Lily ne trouvera pas le bonheur dans sa recherche de richesses, dans sa vie mouvementée et mensongère. Elle sera pourtant plus humaine à la fin du livre. Un passage émouvant est celui où elle arrive à faire parler Ylal, un Vietnamien adopté, considéré comme muet. "Ni ses parents, ni moi n'avons jamais entendu sa voix."

 

  Ricardo se contente d'une vie simple, n'a d'autre ambition que de vivre à Paris "J'entrai bientôt dans une routine de travail qui tout en me barbant parfois, ne me déplaisait pas. Etre interprète me semblait une profession anodine, mais aussi celle qui pose le moins de problèmes moraux à celui qui l'exerce. Et elle me permettait de voyager, de gagner assez bien ma vie et de prendre autant de congés que je voulais".  Le bonheur il le trouvera essentiellement dans son amour pour sa petite Péruvienne.

 

Un roman très dense, plus de quatre cents pages, d'une écriture rapide, d'une imagination débordante.