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15/11/2011

PASCAL BRUCKNER.

 

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Pascal Bruckner est un romancier et un essayiste français né à Paris le 15 décembre 1948. Il enseigne dans les universités américaines notamment à New York et collabore au Nouvel Observateur  et  au Monde.

 

Parmi ses essais, je citerai "La Tentation de l'innocence" (1995), "L'Euphorie perpétuelle. Essai sur le devoir de bonheur" (2000), "La tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental" (2006), "Le Paradoxe amoureux" (2009), "Le mariage d'amour a-t-il échoué ?" (2010). (voir billets du 27 août 2009 – 20 octobre 2010)

 

J'ai beaucoup aimé son roman, paru en 2007, "Les voleurs de beauté".

 

LE FANATISME DE L'APOCALYPSE. SAUVER LA TERRE, PUNIR L'HOMME.

 

Comme ses autres essais, mais plus encore, ce dernier livre a suscité une énorme polémique. Les écologistes ont réagi violemment. Je pourrais dire que critiquer l'écologie est actuellement aussi grave que critiquer les religions. Le comique, si je puis dire, est que Pascal Bruckner vote pour les Verts depuis plus de vingt ans et ne se situe pas du tout dans la lignée des climato-sceptiques.

 

Le livre est dense, le raisonnement rigoureux, les citations nombreuses. Il est bourré d'anecdotes souvent hilarantes.L'ouvrage est aussi plein d'humour.

 

Le hic pour une blogueuse, c'est que l'ouvrage est impossible à résumer. Je vais essayer de dégager les lignes de force du raisonnement de l'auteur.

 

Première constatation, l'écologie – celle qu'il qualifie de divagation -  est devenue une idéologie dominante, avec les dérives qu'on pouvait constater dans les religions ou le communisme. Le désastre est inévitable, la mort de la planète est annoncée comme inexorable. C'est indémontrable et indémontré, c'est une question de foi. Le seul responsable est l'homme.

 

Ainsi, les cataclysmes naturels, inondations, tsunamis, infection bactérienne, chutes d'astéroides, tout, vraiment tout, est imputable à l'homme. "Notre vie quotidienne provoque chaque jour d'effroyables dégâts. Se soucier de son confort égoïste peut tuer autant qu'un meurtre prémédité. Manger, se loger, voyager fait de nous des assassins en puissance dont les actes les plus anodins ont de répercussions incalculables."

 

Après un tel constat, nous nous attendons à des propositions de vrais remèdes. Or, que nous proposent les écologistes pour réduire nos émissions de CO2  ? "Changer d'ampoules pour des modèles à basse consommation, laisser la voiture au garage, vérifier ses pneus, recycler ses déchets, refuser les emballages encombrants, régler les thermostats, planter un arbre, éteindre les appareils électriques (lecteur DVD, chaîne stéréo, ordinateurs) Tout ça pour ça ! Enormité de diagnostic, dérision des remèdes." 

 

Plus fort encore, la planète martyrisée par l'homme, nous entraîne dans son agonie et en profite pour nous donner une bonne leçon ! "Parce que nous l'avons disciplinée autant que ravagée, nous sommes devenus co-responsables de la nature : son sort se confond avec le nôtre."

 

La nature érigée en dieu ! Et Pascal Bruckner d'ironiser : "Si la planète devient un sujet de droit, il faudra l'assigner en justice chaque fois qu'une avalanche, un glissement de terrain, un typhon détruisent non seulement des communautés humaines mais des espaces naturels protégés."

 

Ce qui est vraiment grave est la remise en cause du progrès. La logique voudrait que face à de tels dangers, on ait recours à la science et surtout que l'on retrouve le goût de l'innovation. Or, il n'en est rien. Au contraire, les fanatiques de l'Apocalypse choisissent l'état de régression. Selon eux, le consommateur est un prédateur et un éternel insatisfait. Il faut qu'il s'amende "en adoptant une conduite d'un grand dépouillement."

 

Ces chevaliers blancs vont plus loin. Loin de s'alarmer de voir l'Afrique encore frappée par la misère, ils nous proposent de prendre les Africains comme modèles. "Afrique, aide notre développement mental. Afrique, aide l'Europe à entrer dans une autre histoire (...) L'Afrique peut enseigner à l'Occident comment s'accommoder de la frugalité". (Hervé Kempf, Le Monde, 28.29 juin 2009)

 

On ne s'étonnera donc plus de voir José Bové, toujours acquitté, ravager les champs d'OGM, sans permettre leur évaluation, rendant impossible le travail scientifique qui pourrait être source d'espoir pour endiguer la faim dans le monde.

 

Pascal Bruckner est bien d'accord que, comme le dit un proverbe indien, "Nous n'héritons pas de la planète, nous l'empruntons à nos enfants." Il ne critique pas l'écologie en tant que telle mais sa dérive cataclysmique. "L'alternative n'est pas entre une nature intacte qui cicatrice lentement de l'effraction humaine et un productivisme ravageur qui forge, perce, défigure mais entre un état de régression et un développement lucidement assumé avec ses risques et ses bénéfices."

 

Pascal Bruckner termine son livre par un appel à la raison : "Une course de vitesse est engagée entre les forces du désespoir et la puissance de l'audace. En d'autres termes le remède est dans le mal, dans cette civilisation industrielle honnie, cette science qui effraie, cette crise qui n'en finit pas, cette mondialisation qui nous dépasse : seul un surcroît de recherches, une explosion de créativité, un saut technologique inédit pourront nous sauver."

 

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