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09/11/2011

JULIA KRISTEVA.

 

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Pour la première fois, le pape Benoît XVI a invité une incroyante à la Journée de réflexion, de dialogue et de prière  pour la paix et la justice dans le monde, qui s'est tenue à Assise, le 27 octobre. C'est Julia Kristeva qui a représenté les athées. Dans un discours sur l'humanisme, elle a assuré que la fameuse formule de Jean-Paul II : "N'ayez pas peur" ne s'adressait pas seulement aux croyants mais constituait un encouragement "à oser l'humanisme chrétien et celui qui, issu des Lumières, ambitionne d'élucider les voies risquées de la liberté". (Propos repris par Le Point du 3 novembre.)

 

Julia Kristeva est née le 24 juin 1941, à Sliven en Bulgarie. Installée en France en 1964 elle a  participé à la revue Tel Quel fondée par Philippe Sollers. Elle a collaboré notamment avec Michel Foucault, Roland Barthes, Jacques Derrida et Philippe Sollers dont elle deviendra l'épouse.

 

En 1979, après avoir suivi les séminaires de Jacques Lacan, elle devient psychanalyste et progressivement une théoricienne du langage.

 

Elle enseigne la sémiologie à l'Université de l'Etat de New York et à l'Université de Paris 7 Denis Diderot. Membre de l'Institut universitaire de France, elle dirige aussi le Centre Roland Barthes dont les activités sont destinées aux doctorants et aux enseignants chercheurs qui s'intéressent aux textes littéraires dans une perspective interdisciplinaire.

 

Julia Kristeva fait aussi partie depuis plusieurs années du Conseil National du Handicap. En 2008, elle a créé à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, le Prix "Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes." récompensant les hommes et les femmes qui luttent pour la liberté des femmes dans le monde.

 

Romancière, elle a publié "Thérèse mon amour" récit de la vie de Thérèse d'Avila, "Meurtre à Byzance" "Possession" "Le viel homme et les loups" " Les Samouraïs".

 

Ses essais sont nombreux. Je citerai "La haine et le pardon" "Cet incroyable besoin de croire" et en collaboration avec Catherine Clément "Le féminin et le sacré".

 

LE GENIE FEMININ.

 

Le livre est sous-titré "La vie, la folie, les mots" C'est une trilogie consacrée à Hannah Arendt, Mélanie Klein et Colette. Elle justifie son choix : une philosophe, Hannah Arendt, une psychanlyste, Méladie Klein et pour ne pas parler seulement d'horreur, de folie, d'holocauste, de guerre mais aussi de joie et de plaisir de langue, Colette.

 

Dans son introduction, elle donne sa conception du "génie". "Appelons "génies" ceux qui nous obligent à raconter leur histoire parce qu'elle est indissociable de leurs inventions, des innovations versées au développement de la pensée et des êtres, de la floraison de questions, de découvertes et de plaisirs qu'elles ont créée. Leurs apports nous concernent si intimement que nous ne pouvons les recevoir sans les enraciner dans la vie de leurs auteurs."

 

Julia Kristeva tient à rappeler que le génie féminin a longtemps était méconnu. Les femmes étant longtemps considérées comme "une espèce de mammifères qui se destine aux naissances"  Le vingtième siècle mettra fin à cette croyance. L'émancipation des femmes sera,  accessible au plus grand nombre dans les pays dits développés mais aussi en Asie, en Afrique ou en Amérique latine.

 

Après la lutte des suffragettes à la fin du XIX siècle, puis celle des militantes pour l'égalité avec les hommes dans tous les domaines, le mouvement féministe après Mai 68, insistera sur la liberté toute neuve : une autre sexualité, un autre langage, une autre politique.

 

Julia Kristeva considérera que le refus de la tradition a engendré une stigmatisation de la maternité. Mais, dit-elle, la maternité aidée par les progrès de la science s'impose de nouveau comme la plus essentielle des vocations féminines "désirée, acceptée et accomplie désormais avec le maximum de chances pour la mère, le père et l'enfant." Elle va plus loin en affirmant que les mères représentent désormais le seul garde-fou contre l'automisation des humains. Elle ajoute ce qui pour moi semble important : "La réalisation singulière de chaque femme, de sa personnalité irréductible au commun dénominateur d'un groupe ou d'une entité sexuelle, devient non seulement possible, mais fièrement revendiquée. C'est parce que je suis moi, spécifiquemet moi, que je révèle l'apport des femmes à la pluralité du monde."

 

Si le vingtième siècle a été celui des progrès accélérés de la technique, il a aussi révélé l'autodestruction que l'humanité porte en elle-même. L'auteur rejoint d'autres philosophes en affirmant que la vie est le bien ultime. Mais quelle vie ? C'est la question essentielle qu'Hannah Arendt s'est posée, ce qu'elle appelle "le miracle de la natalité" fil conducteur de toute son oeuvre. Au contraire, le mépris de la vie est ce qui rassemble les totalitarismes. "La capacité même de commencement s'enracine dans la naissance et aucunement dans la créativité, non pas dans un don, mais le fait que des êtres humains, de nouveaux hommes viennent au monde, sans cesse, en naissant."

 

France 5 a consacré une de ses émissions "Empreintes" à Julia Kristeva. Elle sera rediffusée le vendredi 11 novembre à 9 heures trente. Je vous la conseille vivement. Vous y découvrirez une femme exceptionnelle.

 

Catherine Clément, comme beaucoup d'autres, s'est intéressée à Hannah Arendt dans un roman "Martin et Hannah" (voir billet du 10 juillet 2009 – Catherine Clément2).

 

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