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25/09/2011

HOMMAGE A LUCIEN JERPHAGNON.

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Dans la revue Le Point de cette semaine, je tombe sur l'hommage que Michel Onfray rend à Lucien Jerphagnon, décédé le 16 septembre. Ma première réaction a été : "Comment est-ce possible ?" Tout les sépare. Michel Onfray est un athée auteur notamment du livre "Traité d'athéologie" qui m'avait choquée vu la violence des propos et les contre-vérités sur les religions. Lucien Jerphagnon se dit agnostique mais de l'avis même de Michel Onfray, il est "mystique, proche de Dieu et des chrétiens".

 

La réponse est toute simple : Michel Onfray a été l'élève de Lucien Jerphagnon et a  gardé de la reconnaissance pour ce professeur exceptionnel :"Il m'a tout appris : ne rien tenir pour vrai qu'on ne l'ait vérifié expressément. Lire, beaucoup lire, encore lire,  toujours lire, travailler sans cesse."

 

Il trace un portrait très vivant de son ancien professeur. Je ne résiste pas à le citer : "Quand il arrivait dans la salle, grand, maigre, la moustache d'un officier de la coloniale toujours impeccablement symétrique, il posait son cartable, sortait son volume de Budé, posait une grosse montre sur le bureau et commençait un spectacle extraordinaire. Seul, il jouait tous les rôles du théâtre antique : il fulminait, susurrait, ricanait, délirait, le tout avec une érudition époustouflante. Drôle, malin, ironique, vachard, intelligent, cultivé... "

 

Et cet autre passage : "Une fois sur le campus, on avait beaucoup appris, tout compris et, surtout, tout retenu".

 

Un très bel hommage que Michel Onfray termine par ces mots émouvants : "Adieu mon vieux maître, adieu – je vous aimais."

 

Michel Onfray : billets du 29 avril 2008 et 25 mars 2009.
Lucien Jerphagnon : billets du 4 janvier 2011 et 6 janvier 2011.

 

16/09/2011

ACCORD SUR LA SCISSION DE BHV.

 

Les négociateurs se sont donc mis d'accord sur la scission de BHV. C'est important car ce dossier nous empoisonne depuis longtemps. Un premier pas est franchi mais la route reste longue.

 

J'ai attendu avant de m'exprimer d'avoir bien compris l'accord et je dois dire que les négociateurs, les journalistes, les spécialistes politiques ont été très clairs. C'est un compromis, donc au nord comme au sud, personne n'a obtenu tout ce q'il voulait. Normal, c'est le sens même d'un compromis.

 

 L'accord a été présenté comme la dernière chance de ne pas voir éclater le pays. Vrai ou faux, il fallait que ce dossier soit enfin ! réglé. Puisque les négociateurs ont prouvé qu'ils arrivaient à s'entendre, on peut espérer que la confiance rétablie, les dossiers restants seront traités dans le même esprit.

 

Olivier Maingain a, c'était prévu, rejeté l'accord. Il s'est acharné à demander l'élargissement de Bruxelles, il ne l'a pas obtenu, donc on peut s'attendre à ce qu'il fasse tout pour démolir l'accord. Je souligne que l'argument de sauvegarde de la Belgique ne me convainc pas. J'avais déjà dit dans un autre billet que ses arguments me semblaient bien être la prémisse d'une scission de la Belgique. Bien sûr, il ne dit pas qu'il la veut mais d'un ton péremptoire il l'annonce comme inévitable si Bruxelles n'est pas élargi. Cela sent le soufre.

 

Je me suis déjà exprimée sur plusieurs points. L'élargissement de Bruxelles m'a toujours semblé comme un préalable qui empêcherait tout compromis. J'ai surtout insisté sur la nécessité que Bruxelles soit reconnue comme région à part entière et refinancée. Cela me semble plus important que ce que revendique Olivier Maingain.

 

J'habite la périphérie depuis cinquante ans. Je voudrais rappeler combien le sort des Francophones était bien pire dans les années soixante. Ainsi, je n'ai pas oublié la chasse aux enfants que faisaient les inspecteurs flamands dans les écoles maternelles pour les arracher aux écoles francophones. J'ai très mal vécu cette période car j'étais particulièrement concernée. Je n'aurais jamais pu accepter que mes enfants, moi, qui suis professeur de français, soient obligés de faire leurs études dans une école flamande. Je ne donnerai pas d'autres exemples. Je ne vais tout de même pas leur donner des idées ! Je dirai, qu'à l'époque, à Vilvorde, par exemple, il était impossible de parler français dans les magasins. Ce n'est plus le cas.

 

Comme quoi, tout évolue, les écoles flamandes bruxelloises se plaignent de l'arrivée d'élèves francophones qui ferait baisser le niveau. Il est évident qu'ils visent surtout les élèves étrangers. Ils ne peuvent pas le dire, ils seraient traités de racistes, mais c'est la réalité.

 

J'ai été affiliée au FDF et j'ai claqué la porte quand j'ai vu vers quoi ils se dirigeaient. Cela ne les empêche pas de m'envoyer des bulletins d'affiliation tous les trois mois puisque je suis toujours dans leur banque de donnée. Débaucher des membres des autres partis, même du MR, c'est une obsession chez eux.

 

Je lis régulièrement la revue "Perspectives francophones" qu'ils m'envoient sans que je ne leur aie jamais demandé. Dans le dernier bulletin, ils réattaquent De Lijn qui ne devrait pas entrer à Bruxelles. C'est d'après Olivier Maingain une concurrence à la Stib et "une politique qui vise tout simplement à affirmer la présence flamande à Bruxelles."

 

Je vais être claire. Les bus De Lijn amènent les navetteurs de la région flamande à Bruxelles. Ils sont évidemment pris par les flamands et par les francophones. De Lijn passe devant chez moi, je me demande de quel droit Olivier Maingain veut me supprimer "mon bus". Quant à la concurrence à la Stib, c'est faux. Trois bus seulement de la Stib vont en périphérie. De plus, la Stib arrête le 54, devenu 64, à Haren. Résultat, ces bus sont vides, les gens de Machelen attendent le 64 allant jusqu'à Machelen pendant une heure et plus puisque bondés, il est impossible d'y entrer. Cela n'est pas de la théorie mais du vécu.

 

Je ne vais pas commenter l'accord, d'autres l'ont fait mieux que moi. Je peux simplement affirmer que je ne me sens pas lésée. Je devrai voter flamand ? Pas de problème, je l'ai déjà fait. Et, des listes peuvent comprendre des francophones.

 

Un dernier mot pour rendre hommage à Elio Di Rupo qui s'est battu comme un beau diable et aux négociateurs. Un hommage spécial à Charles Michel qui a "préféré la survie du pays" au FDF. J'espère qu'il tiendra bon. 

 

13/09/2011

ANDREÏ MAKINE.

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Andreï Makine est né en Sibérie le 10 septembre 1957. Il a passé son enfance et adolescence dans un orphelinat sibérien. Brillant élève en philosophie et en français, il a rédigé une thèse de doctorat sur la littérature française contemporaine. Il s'est installé à Paris à l'âge de trente ans.Son premier roman "La fille d'un héros de l'Union soviétique" a été publié en 1990. (voir billet de septembre 2009). Il a reçu le prix Goncourt pour "Le testament français". En 2001 paraissait "La Musique d'une vie". (voir billet de mars 2010).

 

LE LIVRE DES BREVES AMOURS ETERNELLES.

 

Le tout premier chapitre du livre est très intéressant et inaugure ce que sera le livre. Le narrateur raccompagne son ami, Dmitri Ress, jusqu'à son domicile. Ress a passé quinze ans derrière les barbelés. Il ne critiquait pas les tares spécifiques du régime en place, dans la Russie d'alors mais "la servilité avec laquelle tout homme en tout temps renie l'intelligence pour rejoindre le troupeau."

 

Au moment de la rencontre, Ress est âgé de quarante-quatre ans mais en paraît septante. Souffrant d'un cancer, il n'a plus que quelques mois à vivre mais il n'a rien renié de ses convictions. Le narrateur repense à ce que disait un de ces familiers : "Il aimait... comme on ne peut être aimé... qu'ailleurs que sur cette terre."

 

Tous les deux regardent le défilé du premier mai et surtout les tribunes. Comme le narrateur lui fait remarquer que le peuple se fiche de ces tribunes, il réagit avec violence : "Non ! Le peuple ne s'en fiche pas. Il en a besoin." "Peu lui importe de savoir qui remplit les tribunes, l'essentiel est qu'elles soient remplies. C'est ça qui donne son sens à la vie de notre fourmilière humaine." Ress va ajouter, parlant d'un défilé imaginaire : "Dans le défilé, il y aura de nouveau ces trois catégories : des placides très majoritaires, des ricaneurs et quelques rebelles marginaux."

 

L'essentiel, il le dira un peu plus tard : "Mais il y a ... Il y a aussi ceux qui ont la sagesse de s'arrêter dans une ruelle comme celle-ci et de regarder la neige tomber, de voir un lampe qui est allumée dans une fenêtre, de humer la senteur du bois qui brûle. Cette sagesse, seule une infime minorité parmi nous sait la vivre. Moi, je l'ai trouvée trop tard, je commence à peine à la connaître".

 

C'est la première fois qu'Andreï Makine parle de l'orphelinat. Il croit en la propagande officielle du régime, le communisme sensé apporter le bonheur à tous, être un monde fraternel. Il est fier de défiler avec ses camarades. Il est bien trop jeune pour comprendre ce que signifie vraiment ces défilés à la gloire du parti. Il ressent un "état d'euphorie et même d'extase", il est heureux. Nous sommes en 1960.

 

Perdu dans un labyrinthe, (les restes des tribunes) après un défilé, avec son école, il va apercevoir une femme assise sur un bout de gradin, un livre sur les genoux. "J'arrêtais ma descente, me figeait, conscient que ce qui se passait n'appartenait pas au monde dans lequel je vivais. C'était la toute première fois que le sens de la féminité m'apparaissait avec autant d'évidence."

 

Cette première rencontre prélude à beaucoup d'autres sera une prise de conscience. "L'amour, murmura en moi une voix incrédule. Tout était prévu dans la société idéale : le travail enthousiaste des masses, les progrès fabuleux de la science et de la technique, la conquête spatiale menant l'homme ves des galaxies inconnues, l'abondance matérielle et la consommation raisonnable liée au changement radical des mentalités. Tout, absolument tout ! Sauf...

 

Le narrateur va raconter huit histoires d'amour. On voit ainsi défiler la jeune femme qui pleure dans un parc et dont la douleur marque à jamais le narrateur enfant, l'ancienne secrétaire de Lénine qui vit pauvre et se cache, sa petite fille Maïa qui lui apprendra la vraie histoire de sa grand-mère, Veka qui habite près d'une usine avec sa mère Elsa, une autre jeune fille qui l'entraînera dans une pommeraie...

 

C'est donc par des amours brèves mais dont le souvenir restera toujours vivant que le narrateur va cheminer vers une autre vision de la vie.

 

"Il me fallut aussi beaucoup d'années pour savoir discerner, derrière une brève hisoire de tendresse adolescente, le bonheur lumineux que mon amie et sa mère Elsa m'avaient si discrètement transmis. (...) Avec l'âge je comprendrais de mieux en mieux que la paix qu'elles réussissaient à faire régner dans un endroit aussi désolé, oui, cette sérénité indifférente à la laideur et à la grossièreté du monde, était une forme de résistance, peut-être plus efficace que les chuchotements contestataires que j'allais entendre dans les milieux intellectuels de Leningrad ou de Moscou."

 

Un livre dédié aux femmes et à l'amour.

 

05/09/2011

ZOË BARNES.

 

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Zoë Barnes est née à Liverpool. Après avoir exercé différents métiers, elle publie son premier roman "Jusqu'aux yeux..."  en 2002. Suivront "Mariée à tout prix" "Peinture fraîche" "Ex-appeal". Son dernier roman "Coup de foudre au zoo" a été publié en janvier 2009. Elle est traduite dans plus de dix pays.

 

COUP DE FOUDRE AU ZOO.

 

L'héroïne, Cally Storm, est cadre dans une entreprise qui vient d'être reprise par une firme italienne. Un jour de mars, elle est brutalement licenciée par le nouveau directeur des ressources humaines, un Italien, au costume chic et aux yeux marron clair, qui s'exprime très mal en anglais. Le choc est brutal. Elle ne s'y attendait pas du tout.

 

Rentrée chez elle, elle surprend son mari Rob, tranquillement adossé contre le manteau de la cheminée, en train de téléphoner à sa maîtresse. Malgré ses supplications, ses excuses "C'était juste pour m'amuser un peu" elle le met dehors.

 

Elle va s'installer chez ses parents qui ne comprennent pas qu'elle ait pu quitter Rob. Elle y restera quelques semaines, profondément déprimée. Sa mère Evie essaie de l'aider mais sans succès. Cally refuse obstinément de quitter sa chambre. Même insuccès de la part de son frère Apollon.

 

Son ami Eddie aura plus de chance usant d'un stratagème, retrouver sa "princesse Leïa". Il l'emmène dans un magasin : "Un trésor dans le grenier : livres et curiosités". Elle y retrouve une amie d'enfance, Liddy, propriétaire du magasin, qui, peu à peu, va la sortir de sa déprime.

 

Elle propose à Eddie de partager son appartement, s'installe chez lui et décide qu'il est temps de chercher du travail. Son frère l'aide à rédiger un CV un peu truqué ! Comme elle a reçu des bons de formation lors de son licenciement, son frère l'emmène dans une agence de recrutement qui organise des stages. Après un passage dans une entreprise qui livre des glaces, la responsable Christina Shaw l'envoie dans un zoo pour parfaire ce qu'elle est censée apprendre : la gestion d'entreprise.

 

Ce n'est pas vraiment dans un zoo qu'elle commence son stage. Il y a bien des animaux mais le propriétaire lui apprend que c'est "une expérience, un centre éducatif". Elle est là pour devenir "éducateur-soigneur" appellation des gardiens. Son travail va consister à s'occuper des animaux, les soigner, les éduquer, les nourrir et... nettoyer.

 

Un travail ingrat mais, à sa grande surprise, Cally va s'attacher aux animaux, au point de refuser un autre stage proposé par Christina.

 

 Plus tard, elle va même refuser un emploi proposé par son ancienne entreprise. Elle accepte l'entretien d'embauche. Son bureau est au troisième étage, son rêve antérieur synonyme de promotion, sa voiture de fonction est splendide et pourtant elle sent comme un malaise. "Vers le milieu de l'après-midi, elle en avait par-dessus la tête de ces gens dont il fallait déchiffrer les propos car ils ne disaient jamais ce qu'ils pensaient réellement. (...) Donna, Vernon, même Bob le Feignant : eux ils étaient authentiques. (...) Elle repense à Colin (un putois dont elle s'occupait) et se pose la question : "Allait-elle vraiment abandonner Colin pour ça ? Un bureau, une voiture, et une chance d'attraper un ulcère gastrique perforé avant ses trente-cinq ans ?" Elle refuse le poste et retourne au zoo.

 

Comme le suggère le titre du livre, elle y rencontrera l'amour et mettra définitivement fin à sa relation avec son mari. Celui-ci n'a jamais abandonné l'espoir qu'elle lui revienne, inventant des stratagèmes les plus farfelus : lui faire croire qu'il a une colocataire, (en réalité un cactus), la menacer de vendre la maison etc.

 

C'est donc une histoire toute simple que raconte Zoë Barnes mais elle la ponctue d'anecdotes cocasses ce qui provoque un rire permanent chez le lecteur.

 

Ce n'est certainement pas de la grande littérature mais un livre à conseiller contre la déprime... Et tout de même un message : qu'est-ce qui est important dans la vie ? L'argent, le pouvoir ou l'authenticité, l'affection, les relations vraies ?

 

J'ai beaucoup aimé le livre, je ne me suis jamais ennuyée et, je l'avoue, je l'ai lu d'une traite ne parvenant pas à le refermer même pendant quelques heures !