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16/08/2011

IRENE NEMIROVSKY.

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 Irène Némirovsky est née le 24 février 1903 à Kiev. Elle a commencé à écrire en français à l'âge de 18 ans. Elle a obtenu une licence en lettres à la Sorbonne en 1924. Son premier roman Le Malentendu  a été publié en 1926. "David Golder" la rendra célèbre en 1929. Elle publiera d'autres romans notamment Le Bal (1930)  adapté au cinéma et Jézabel. (1936). Ecrivain francophone reconnue, le gouvernement français lui refusera pourtant sa naturalisation.

 

Elle se convertit au catholicisme le 2 février 1939, sans doute pour se mettre à l'abri des persécutions antisémites. Considérée par la loi comme juive, elle portera l'étoile jaune et sera interdite de publication pendant la guerre. Elle sera déportée à Auschwitz et décédera, gazée, en 1942.

 

Elle recevra à titre posthume le prix Renaudot en 2004 pour son roman "Suite française".

(billet du 3 juin 2010).

 

JEZABEL.

 

Le roman s'ouvre par le procès de Gladys Eysenach accusée d'avoir assassiné son amant Bernard Martin, âgé de vingt ans. Elle a avoué l'avoir tué mais refuse toute explication. Procureur et avocat de la défense s'affrontent. C'est un procès qui passionne l'opinion car Gladys est extrêmement riche, belle, célèbre. Elle est la maîtresse d'Aldo Monti, d'une famille italienne très honorable. Elle a cependant refusé de l'épouser. Le procureur se demande comment elle pu être la maîtresse d'un jeune paumé mais elle refuse de répondre. "Que l'on ne m'interroge plus, je ne dirai plus rien... J'ai tout avoué, tout ce qu'on a voulu". Elle est condamnée à cinq ans de prison.

 

L'auteur va retracer la vie de Gladys. Elle apparaît superficielle, futile, égoïste. Elle veut être aimée mais n'aime pas. Elle cherche constamment à se prouver à elle-même qu'elle exerce une grande emprise sur les hommes. Séduire, être la plus belle, attirer les regards. Mais cette vie futile ne la rend pas heureuse.

 

Sa préoccupation la plus forte est l'obsession de l'âge. Elle a peur de vieillir. Elle ira jusqu'à falsifier son extrait de naissance pour cacher son âge ! Elle dira même à sa fille : "Oh ! Marie-Thérèse, promets-moi que le jour où tu me verras vieille, vraiment vieille, tu me tueras pendant mon sommeil."

 

Marie-Thérèse a dix-huit ans mais elle ne lui en reconnaît que quinze. "Autour d'elle, toutes les femmes faisaient ainsi. Elles retranchaient une, deux, trois années aux enfants qu'elle ne pouvaient cacher, et, peu à peu, elles-mêmes oubliaient l'âge véritable, satisfaisant ainsi une double illusion de femme et de mère..."

 

Le drame survient quand Marie-Thérèse lui apprend qu'elle veut se marier. C'est un choc, elle refuse, lui demande d'attendre, elle ne peut s'imaginer devenir grand-mère, synonyme pour elle de vieillesse. Marie-Thérèse va se révéler très lucide. "Je n'ai pas quinze ans. Et vous n'avez pas trente ans. Je ne suis pas une enfant. Vous le disiez, et moi, je le laissais dire, d'abord parce que cela m'était égal, et surtout, dit-elle en baissant la voix, parce que j'avais honte pour vous, maman, j'avais honte et pitié de vous..."

 

La guerre éclate et le fiancé de Marie-Thérèse est envoyé au front. Il meurt. Sa fille lui apprend qu'elle est enceinte, bien décidée à garder son enfant malgré les demandes de sa mère qui veut qu'elle avorte. "Quand elle comprit que l'enfant allait naître elle songea. Je n'appellerai pas. J'attendrai que l'enfant naisse ou que je meure. Et quand l'enfant sera né, personne au monde n'aura la force de me l'enlever. Je le serrerai si fort, je le tiendrai si serré contre moi, contre mon coeur, que personne ne pourra me le prendre. Et si je meurs, il mourra avec moi."

 

Le roman se terminera dans l'horreur absolue. Marie-Thérèse meurt en mettant son enfant au monde. Gladys ne veut pas le voir, c'est une servante qui l'emportera et Gladys fera croire que sa fille est morte de la poitrine.

 

Même la mort de sa fille ne changera pas Gladys. Elle continuera ses frivolités mais sera rattrapée par la vie. Un autre drame surgira, qui la conduira à commettre un meurtre.

 

Je laisse le lecteur dans le suspense pour ne pas déflorer le roman. Qui est donc ce jeune homme qu'elle a tué ?

 

L'histoire se passe en 1930. L'auteur a centré son roman uniquement sur le personnage de Gladys. L'auteur la décrit sans complaisance mais sans critique. Le talent de l'auteur fait que l'on continue sa lecture malgré l'horreur qu'inspire le personnage.

 

En refermant le livre, j'ai d'abord eu un sentiment de soulagement. Une telle mère ne pourrait pas exister à notre époque. Et pourtant ? Les drames qui surviennent encore de nos jours montrent que l'optimisme n'est pas de mise. L'homme sera toujours capable du pire comme du bien. C'est la condition humaine.

 

Le titre du livre est emprunté aux très beaux vers de Racine "Le songe d'Athalie"

 

"C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.

Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage
Pour réparer des ans l'irréparable outrage."

 

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