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08/08/2011

BERNARD PIVOT.

Mots de ma vie, confidences, humour, réflexions, émissions littéraires

LES MOTS DE MA VIE.

 

J'avoue avoir hésité avant d'acheter le livre. Ecrire ses mémoires en forme de dictionnaire me semblait original mais étrange. De plus, je connaissais l'amour de Bernard Pivot pour les mots inconnus et je craignais de lire une énumération de mots bizarres comme ceux qu'il avait plaisir à placer dans ses dictées.

 

J'ai donc surmonté mon appréhension et j'ai lu le livre. J'ai été, le mot est faible, enthousiasmée. Quel régal ! Je croyais d'abord le feuilleter, picorer mais j'ai décidé, je ne le regrette pas, de le lire de la première à la dernière page comme je le fais d'habitude.

 

Bernard Pivot donne une double explication à son choix. Il a lu le Dictionnaire Larousse" avant de lire les livres. "J'ai vagabondé dans le vocabulaire avant de me promener dans la littérature". La seconde est que la mémoire n'est jamais chronologique. "Elle est vagabonde, capricieuse. Elle ne livre que ce qu'elle veut, quand elle le veut".

 

Son livre nous apprend peu de choses sur sa vie. Il dissimule les événements sous un paragraphe consacré à un mot qui, à priori, n'a rien à voir avec son vécu. Ainsi "Je suis devenu un homme quand j'ai commencé d'admirer". Il confie qu'adolescent, il n'avait rien qui ressemble à de l'ambition. C'est une modestie qu'il conservera toute sa vie. Au sommet de son succès, il refusera la direction d'une chaîne de télévision pour "incompétence". Il est journaliste. Il ajoutera que son impatience cadre mal avec une fonction de direction. Il n'hésitera jamais à refuser de participer à des débats dont le sujet lui était étranger.

 

Le lecteur trouvera pourtant des détails intimes. A quatorze ans, le baiser énigmatique d'une femme dont il admirait la beauté, le rappel ému d'un amour d'adolescent. Il confesse son  amour des femmes alors qu'il se demande s'il n'a pas été un macho, pris entièrement par ses lectures. " "La lecture isole, sépare. Le lecteur fuit, il est toujours ailleurs." Il a  peu de temps à consacrer à sa famille. Cela ne l'empêchera pas de faire l'éloge de sa femme : "Son équilibre fortifiait le mien. Son énergie alimentait la mienne. (...) De nombreuses années se sont succédé, et je suis devenu peu à peu un lecteur plus pressé qu'un mari empressé." Pourtant, il confiera dans un autre chapitre, le poignant d'une séparation. "Je restais, mais je devrais maintenant cohabiter avec une squatteuse : la mauvaise conscience."

 

A-t-il été un bon père ? Pas dans le sens où on l'entend aujourd'hui : "Ca m'arrangeait bien de penser que j'étais plus utile à ma famille dans la culture que dans la puériculture." Mais il a bien légué à ses filles le goût de se cultiver, de s'instruire, d'aimer la vie.

 

Il nous fait d'autres confidences par exemple sur sa manière de lire. "Je ne sais lire qu'assis sur une chaise, dans un fauteuil ou un canapé. (...) Le corps bien calé, sur du dur, de préférence devant un bureau ou une table pour prendre des notes, voilà ma meilleure position pour lire."

 

Plus connu peut-être son amour des chats, du football, de la gastronomie, les demi-lunes... S'il ne parle pas du vin c'est parce qu'il lui a consacré un autre dictionnaire. Il fait un grand éloge de l'amitié et avec humour dit : "Pourquoi analogue à l'expression "faire l'amour", n'existe-t-il pas l'expression "faire l'amitié" ?

 

Autres confidences : le chiffre 5 porte-bonheur et le marron qu'il a toujours dans la poche, son regret  de ne pas avoir étudié le latin et le grec, sa préférence pour les émissions en direct. Plus inattendu, il regrette de ne pas être désinvolte, voire rock' n' rock

 

Pas de confidences sur ses parents, sauf l'épicerie familiale à Lyon. Ses débuts ? Un lointain parent par alliance, le voyant souvent lire des quotidiens ou des revues lui suggère de devenir journaliste. Il réussit le concours d'entrée du Centre de formation des journalistes, devient un étudiant brillant et sort deuxième de sa promotion. Par une chance extraordinaire, il entrera au Figaro Littéraire, à France Culture, Europe 1 puis à la télévision pour une émission littéraire. "Ouvrez les guillemets" "Apostrophes"" Bouillon de Culture" "Double-Je" :  un succès qui ne se démentira jamais. Il parle peu de ses émissions car il a publié en 2001 : "Le Métier de lire, d'Apostrophes à Bouillon de Culture, réponses à Pierre Nora."

 

Je serais incomplète si je ne mentionnais pas les mots, qu'il triture, analyse. Cela nous fera plaisir, à nous Belges, qu'il cite "Carabistouille", qui n'existait pas en France et qu'il a repris dans "100 mots à sauver."

 

Son livre est plein d'humour, truffé d'analyses ou de réflexions sur les écrivains, les livres, la foi, la vieillesse et bien d'autres sujets.

 

De manière irrévencieuse je terminerai par sa réflexion : "Vieillir, c'est chiant" en lui souhaitant de garder longtemps son amour des livres et de la vie.

 

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