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09/06/2011

LIONEL DUROY.

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Lionel Duroy de Suduirant est né en Tunisie, d'une famille noble mais désargentée, ayant des idées d'extrême-droite. Sa jeunesse le marquera profondément. D'abord livreur, coursier, ouvrier il sera journaliste à Libération et à L'événement du Jeudi. Son premier roman, autobiographique, provoquera la désapprobation de ses frères et soeurs (neuf) et une rupture complète avec sa famille. Il a écrit une dizaine d'ouvrages dont "Le Chagrin", paru en 2010 qui a rencontré un très grand succès et a été récompensé par plusieurs prix. Il a aussi participé à l'autobiographie de célébrités : Sylvie Vartan, Mireille Darc, Jean-Marie Bigard, Nana Mouskouri etc.

 

COLERES.

 

Le narrateur est Marc Manson mais l'auteur ne cache pas qu'il s'agit de lui. Il a eu deux enfants, Claire et David, d'un premier mariage avec Agnès qui l'a quitté pour "un gourou". Il a refait sa vie avec Hélène, elle a vingt-cinq ans, lui quarante. Ils auront deux enfants, Anne et Coline.

 

Il écrit son roman au moment de la parution du "Chagrin". Son fils David, qui a eu une adolescence difficile et ne lui a pas pardonné d'écrire sur sa famille, va lui envoyer un mail dont il ne se remettra pas :

 

"J'ai vidé et rangé l'appartement. Je pars demain à New York pour trois semaines. J'ai gagné largement de quoi payer mes loyers en retard, mais je préfère placer cet argent. Je n'ai aucun compte en banque qui porte le même nom que mon appartement, aucune adresse légale où je suis attaquable tous ces charmants huissiers vont donc se retourner contre toi."

 

C'est le début de ses colères mais aussi de ses interrogations. Pourquoi David agit-il ainsi ? A-t-il été un mauvais père ? Il va replonger dans ses souvenirs non seulement ceux qui concernent David mais aussi les souvenirs de sa jeunesse. Son père, Toto, est omniprésent et les huissiers qui viennent pour lui demander de régler les dettes de David, lui rappellent cruellement les huissiers de sa jeunesse.

 

De plus, David a laissé l'appartement dans un état épouvantable, nouvelle preuve qu'il cherche à lui faire du mal. Il apprendra aussi que David a donné de la drogue à sa soeur Claire, qui essaie vainement de défendre son frère. "Papa tu nous as dit que quoi qu'on fasse dans la vie, tu serais toujours là.- C'est vrai, ma chérie, je vous l'ai toujours dit. Mais j'aurais préféré qu'il braque une banque. Je serais allé le voir en prison, ça n'aurait rien changé entre nous. Tandis que ce qu'il m'a fait là, c'est tellement lâche, tellement dégueulasse..."

 

Marc Manson est très amoureux d'Hélène, un amour qui va finir par la détruire. Il a placardé ses photos près de son bureau, les examine à la loupe (!) et pourtant il n'arrive plus à dormir près d'elle. "Je me couche, mon chéri, tu viendras me rejoindre ? – Non, je vais dormir sur le canapé. – Tu ne dors pas, je t'entends marcher toute la nuit... (...) A l'instant où elle ferme la porte, la douleur est telle, parfois, que je tourne sur moi-même comme une toupie (...) Il essaie de se persuader que tout va bien mais "amenuisant ma vigilance, elle laisse l'angoisse me submerger, jusqu'à ce qu'au bord des sanglots, ou de la folie, je descende les quatre étages de notre maison en courant pour me jeter dans la rue."

 

Hélène, beaucoup plus lucide que Marc, va lui reprocher de la "fétichiser". "Tu aimes en moi une femme que tu as construite dans ta tête, dans tes livres." "Tu sais, Marc, ça commence à m'atteindre – Quoi Hélène ? – Que tu ne puisses plus dormir avec moi."

 

Marc Manson est vraiment un personnage ambigu. Bon père pour ses filles, bricoleur comme son père Toto, faisant de grandes promenades à vélo mais en ayant placé un magnétoscope dans ses chaussettes et ne cessant pas de discuter avec lui-même alors qu'il s'est précipité sur sa bicyclette pour essayer d'échapper à ses obsessions.

 

Le roman m'a laissée perplexe. Si l'auteur affirme qu'il écrit pour survivre je me demande à quel point un écrivain a le droit de se servir à ce point de la vie des autres. Bien sûr, tous les auteurs se servent de leur vécu. Ne dit-on pas que tous les romans sont un peu autobiographiques ? Mais ici, il y a un côté "destructeur" qui m'a beaucoup gênée.

 

Un moment de lucidité quand il se décrit "comme chiant, affreusement nocif, avec sa façon d'écrire sur tout, et puis de sanctifier les livres, comme si une fois finis, ils devenaient plus importants que la vie elle-même".

 

Il dira lors d'un entretien : "Je ne calcule pas du tout en écrivant. J'écris sur ce que je suis en train de vivre, sinon c'est artificiel. Je ne supporte pas l'idée de me voir fabriquer quelque chose."

 

Peut-on tout justifier ?

 

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