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27/05/2011

ALAIN DESTEXHE.

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Alain Destexhe est né à Liège, le 19 juin 1958. Il habite Bruxelles depuis 20 ans. Docteur en médecine, il est aussi diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et détenteur d'un certificat en management.

 

Son parcours est impressionnant. Il a travaillé dans le cadre de Médecins Sans Frontières au Honduras, au Guatémala, en Guinée et au Soudan. En 1991, il sera le premier Secrétaire général de Médecins sans frontières. Il sera très impliqué dans les grandes crises humanitaires des années 90 : guerre du Golfe et de l'ex-Yougoslavie, la famine en Somalie, le génocide de 1994 au Rwanda.

 

En 1995, il est élu Sénateur sur les listes libérales. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres dont certains ont suscité une polémique même au sein de son parti. "Démocratie ou Particratie ? 120 propositions pour refonder le système belge" qui dénonce le poids excessif des partis et la politisation des nominations. "Wallonie : la vérité des chiffres" "Lettre aux progressistes qui flirtent avec l'islam réac" écrit avec Claude Demelenne. (voir billet du 5 novembre 2009).

 

LE MOUVEMENT FLAMAND EXPLIQUE AUX FRANCOPHONES.

 

C'est une réédition remaniée du livre publié en 2008. L'auteur retrace l'histoire de la Belgique, mais rappelle d'abord la séparation linguistique qui apparaît avec les invasions germaniques.

 

L'auteur s'étend longuement sur la bataille des Eperons d'or, tellement importante pour les Flamands qu'ils prendront la victoire du 11 juillet 1302, comme date de leur fête nationale. Furieux de l'alliance de son vassal le comte de Flandre avec les Anglais, le roi de France l'emprisonne et occupe le comté. Les Flamands se révoltent et Philippe le Bel envoie une armée de 50.000 hommes près de Courtrai où les attendent 20 000 bourgeois et artisans soutenus par de troupes namuroises et brabrançonnes. Les Français sont massacrés, les vainqueurs ramassent des dizaines d'éperons d'or sur le lieu de bataille qui trouvera ainsi son nom. Hendrik Conscience retracera le récit de la bataille dans son livre "De Leeuw van Vlaanderen" (1838) qui aura un immense succès et jouera un rôle dans la formation de la conscience flamande.

 

N'importe quel historien étranger trouverait étrange qu'une bataille moyenâgeuse, en période féodale, glorifiée il est vrai par Hendrik Conscience, ait pris une telle importance.

 

La naissance de la Belgique en 1830 naît bien d'une volonté populaire. Flamands et Francophones se battront contre Guillaume d'Orange qui voulait imposer le néerlandais. Alain Destexhe fait bien de rappeler que "Contrairement  une idée reçue, ce n'est pas la Conférence de Londres qui conduit à la formation d'un nouvel Etat, mais ce sont les Belges, indépendants depuis peu, qui amènent les grandes puissances européennes à admettre cet état de fait."

 

La liberté des langues est inscrite dans l'article 23 de la Constitution mais seul le français est reconnu comme langue officielle. Il faudra attendre 1898 pour que le néerlandais devienne la seconde langue du pays. Gand ne deviendra une université néerlandophone qu'en 1930 !

 

Contrairement au titre du livre, Alain Destexhe ne s'intéresse pas uniquement aux mouvements flamands mais aussi aux mouvements wallons. La Belgique à ses débuts vit l'opposition entre catholiques et libéraux puis l'affrontement entre catholiques et libre-penseurs.

 

Plusieurs chocs vont ébranler la Belgique : question royale, grèves contre la loi unique, fixation de la frontière linguistique, le walen buiten, les Fourons.

 

La Belgique fédérale va naître avec difficulté. Les réformes constitutionnelles vont se succéder sans qu'elles ne soient jamais satisfaisantes, une réforme en appellera une autre, des gouvernements tomberont.

 

La scission des partis politiques traditionnelles va élargir le fossé entre le nord et le sud. Le basculement économique nord/sud aura des conséquences dramatiques qui pèsent lourd sur la Belgique actuelle. Sans parler de l'émergence de nouveaux partis radicaux.

 

Alain Destexhe relate les faits, rétablit certaines vérités comme le fameux mythe du soldat flamand tué parce qu'il ne comprenait pas le français, une vérité aussi sur les deux guerres mondiales.

 

Alain Destexhe se dit frappé par les occasions manquées de construire une Belgique bilingue. Pour moi, je ne crois pas que le bilinguisme aurait été une solution. Bilinguisme ? Il y a trois langues officielles en Belgique...

 

Je trouve d'ailleurs qu'il est paradoxal de défendre une langue aussi radicalement que le font les Flamands par crainte de la fameuse tache d'huile et de croire qu'il y aurait moins de problèmes si les wallons parlaient flamand. Tout le monde sait qu'un Flamand ne supporte pas qu'un wallon parle flamand (même s'ils disent le contraire) et que c'est bien pour avoir plus de chances d'avoir un emploi que les Flamands apprennent le français.

 

Le livre est préfacé par Bart De Wever. Choix étrange, Alain Destexhe, dit tout à la fin du livre, que ce choix lui était apparu comme une évidence. Bart De Wever s'y montre très habile. Il rend hommage à l'auteur pour son courage et surtout pour son poste de Secrétaire général de médecins sans frontière. Il affirme avoir une interprétation différente de certains épisodes de l'histoire. Habileté suprême, il encourage à lire le livre qui, selon lui, est une excellente introduction mais ne présente que le volet historique, et il en profite pour donner sa vision des choses. "Actuellement, la Belgique n'est plus une démocratie. C'est un pays à deux courants : la démocratie flamande et la démocratie francophone" Et de développer son programme...

 

J'ai apprécié le livre d'Alain Destexhe, son souci de "jeter le pont entre les deux communautés".

 

Néanmoins, ce survol de la Belgique m'a rendue amère. Je n'ai pu que me dire : "Quel gâchis ! Comment les gouvernants ont-ils pu à ce point ne pas se rendre compte que toutes que de réforme en réforme, ils nous conduisaient dans une impasse. Ils se sont réjouis de la régionalisation des compétences, ils sont prêts à en faire encore plus. Et pourtant ? Le simple exemple de l'enseignement devrait les faire réfléchir. On ne peut pas dire que ce soit une réussite..."

 

L'avenir apparaît bien sombre. Nous méritions mieux.

 

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