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11/05/2011

ANNIE ERNAUX.

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Annie Ernaux est née à Lillebonne le 1er septembre 1940. Elle a été institutrice, professeur de littérature et, depuis 1974, écrivain. (voir billet du 10 août 2009).

 

UNE FEMME.

 

"Ma mère est morte le lundi 7 avril à la maison de retraite de l'hôpital de Pontoise, où je l'avais placée il y a deux ans. L'infirmier a dit au téléphone : "Votre mère s'est éteinte ce matin, après son petit déjeuner." Il était environ dix heures."

 

Dans la semaine qui a suivi, il m'arrivait de pleurer n'importe où. En me réveillant, je savais que ma mère était morte. Je sortais de rêves lourds dont je ne me rappelais rien, sauf qu'elle y était, morte. Je ne faisais rien en dehors des tâches nécessaires pour vivre, les courses, les repas, le linge dans la machine à laver. Souvent j'oubliais dans quel ordre il fallait les faire, je m'arrêtais après avoir épluché les légumes, n'enchaînant sur le geste  suivant, de les laver, qu'après un effort de réflexion. Lire était impossible."

 

Annie Ernaux va cependant décider d'écrire un livre sur sa mère, un livre d'hommage. Sa mère était une ouvrière, aspirant à une autre vie. Elle sera heureuse quand elle sera patronne d'un café-alimentation. Elle est hantée par sa condition sociale et rêve d'une autre vie pour sa fille. Elle a vécu la guerre. Elle la racontera comme un roman, la grande aventure de sa vie

 

"La femme de ces années-là était belle, teinte en rousse. Elle avait une grande voix large, criait souvent sur un ton terrible. Elle riait aussi beaucoup, d'un rire de gorge qui découvrait ses dents et ses gencives. Elle chantait en repassant, Le temps des cerises, Riquita jolie fleur de java..."

 

L'auteur va puiser dans ses souvenirs. Elle se rappelle qu'enfant sa mère lui faisait des cadeaux, à la moindre occasion. Son obsession : "Je ne voudrais pas qu'on dise que tu es moins  bien que les autres."

 

Commerçante, elle appartenait à ses clients, qui les "faisaient vivre". Toujours souriante dans son magasin, son sourire s'effaçait le soir, quand elle était épuisée par son travail. Et pourtant, elle poursuivait son désir d'apprendre à travers sa fille, la faisait parler de son école, de ce qu'on enseignait, des professeurs.

 

Adolescente, l'auteur s'est détachée de sa mère, leurs disputes portent autour de l'interdiction de sortir, sur les vêtements... "Nous savions toutes les deux à quoi nous en tenir : elle, sur mon désir de plaire aux garçons, moi, sur sa hantise "qu'il m'arrive un malheur", c'est-à-dire coucher avec n'importe qui et tomber enceinte."

 

Plus tard, sa mère va accepter de la laisser partir, au lycée de Rouen, plus tard à Londres, prête à tous les sacrifices pour qu'elle ait une vie meilleure que la sienne.

 

Quand Annie Ernaux épouse quelqu'un d'un milieu supérieur au sien, elle a cette réflexion étrange : "Tâche de bien tenir ton ménage, il ne faudrait pas qu'il te renvoie."

 

Quand l'auteur recueille sa mère chez elle, celle-ci se comporte comme si elle était une employée, se charge de toutes les tâches ménagères, elle est heureuse.

 

Quand Annie et son mari déménagent en région parisienne et habitent un pavillon dans un lotissement neuf, où écoles et commerces sont à deux kilomètres, sa mère ne le supporte pas. "Dépendre de moi et de ma voiture pour le moindre de ses besoins, une paire de bas, la messe ou le coiffeur, lui pesait. Elle devenait irritable..."

 

Sa mère habitera un moment un studio mais elle sera rattrapée par la maladie d'Alzeimer. L'auteur décrit la lente progression de la maladie et comment elle a dû se résigner à placer sa mère dans un home où elle mourra.

 

Un tout petit livre d'une centaine de pages publié chez Folio. Un livre d'amour. Un livre émouvant qui nous apprend beaucoup sur la génération de sa mère mais aussi sur l'auteur.

 

"Ceci n'est pas une biographie, ni un roman naturellement, peut-être quelque chose entre la littérature, la sociologie et l'histoire. Il fallait que ma mère, née dans un milieu dominé, dont elle a voulu sortir, devienne histoire, pour que je me sente moins seule et factice dans le monde dominant des mots et des idée où, selon son désir, je suis passée."    

 

 

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